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février 2019

A l'encontre

La Brèche

L’Occident prolonge l’existence du régime de Kadhafi

Publié par Alencontre le 5 - juin - 2011

Par Muammar Atwi

Cet article est ma traduction depuis l’original l’arabe publié le 2 juin 2011 dans le journal de Beyrouth Al-Akhbar, le seul quotidien de gauche arabe. Cet article donne une idée de comment réfléchissent les rebelles libyens, très différente de ce que quelques personnalités de l’opposition libyenne, parlant l’anglais, peuvent raconter aux journalistes occidentaux, sans parler de ces Occidentaux qui prétendent parler au nom de la rébellion libyenne.- Gilbert Achcar

On ne peut pas comprendre la situation actuelle en Libye en se fondant sur l’idée que le Colonel Muammar Kadhafi n’est resté au pouvoir jusqu’à maintenant uniquement grâce à ses capacités militaires et sécuritaires. Le facteur tribal lui-même n’est plus une carte gagnante dans les mains du régime, comme elle l’était au début de la révolution du 17 février 2011. D’après Abou-Bakr al-Farjani, le porte-parole du conseil local de la ville de Syrte, qui fait partie au Conseil National Transitoire (CNT) de l’opposition, la lenteur des progrès des opérations militaires de l’OTAN contre les brigades de Kadhafi est destinée à le maintenir plus longtemps au pouvoir, et donc d’augmenter le prix que les puissances mondiales et les plus grandes entreprises qui les soutiennent pourront exiger de l’opposition.

L’opposant libyen, qui a récemment quitté Syrte (le bastion de la tribu de Kadhafi), déclare que «les régions qui sont actuellement sous le contrôle presque total des brigades du régime sont Tripoli, Syrte et Sabha, mais cette domination ne signifie pas que les tribus vivant dans ces régions donnent un appui total au régime». Les trois tribus les plus importantes en Libye sont celles de Warfalla, d’al-Magariha et d’al-Farjan, mais ce que nous pouvons affirmer maintenant c’est que, pour ce qui est des tribus, Kadhafi n’est soutenu que par celle d’al-Qadhafa, et en particulier par le clan al-Quhus. Le soutien d’al-Magariha au régime a diminué après que Kadhafi ait fait tuer Said Rashid al-Megrahi, l’ancien Ministre des télécommunications, qui était un membre influent des Comités Révolutionnaires [ce qui passe pour le parti régnant dans le régime Kadhafi]. [Selon les sources de l’opposition, Megrahi a été tué le 21 février, lorsqu’il a pris d’assaut le quartier général de Tripoli avec d’autres membres de sa tribu pour protester contre la répression sanglante des manifestations qui avaient commencé quelques jours auparavant; les cheiks de la tribu de al-Magariha avaient réagi en déclarant leur soutien à la révolution.]…

Outre la lenteur dont fait preuve l’OTAN pour mettre un terme à la situation, il y a des facteurs subjectifs qui peuvent être pris en compte comme faisant partie des raisons pour lesquelles Kadhafi est encore au pouvoir, notamment sa force militaire et celle des forces sécuritaires, ses armes et ses mercenaires. Concernant ces facteurs, al-Farjani a expliqué au journaliste de al-Akhbar qu’Hannibal Muammar Kadhafi [le fils de Kadhafi], le commandant de le 32e division, qui est à la tête aussi bien de la Garde Révolutionnaire que de la Garde Républicaine, est actuellement le personnage militaire le plus puissant du régime, surtout après les problèmes qui sont intervenus entre ses frères Khamis et Saif-ul-Islam, et il jouit en conséquence d’un fort soutien de la part de son père et des hommes du régime. …

En ce qui concerne les mercenaires, al-Farjani a expliqué que le régime avait introduit un grand nombre de Mauritaniens au cours de la dernière période, et il leur a donné la citoyenneté libyenne de manière à pouvoir les enrôler pour combattre dans les rangs de l’armée libyenne.

Néanmoins, d’après ce que décrit al-Farjani, le régime semble se trouver dans une situation très difficile ces jours. Dans la capitale, qui est sous le contrôle du régime, l’opposition fait flotter, de temps de temps, des ballons sur lesquels sont inscrits les slogans de la révolution, ce qui reflète des changements sur le terrain. En même temps, le Colonel est en train d’offrir des concessions, en déclarant, par exemple, qu’il serait prêt à accepter un cessez-le-feu, de peur d’une intervention des hélicoptères de l’OTAN…

Malgré ses critiques à l’égard des résultats de l’OTAN, le militant libyen reconnaît que ses forces avancent, même si c’est lentement. Au début il s’agissait d’éviter le vol d’avions du régime puisse, actuellement on a passé de l’utilisation de drones à celui d’hélicoptères “Apache” ces derniers jours, la situation tourne peu à peu à l’avantage de l’opposition et de la protection des populations civiles.

Mais la situation ne se modifiera pas rapidement si les rebelles ne sont pas armés. De même, la mauvaise communication entre les rebelles des provinces occidentales et le bastion des rebelles à l’est du pays … n’avantage pas l’opposition. Al-Farjani affirme que les rebelles sont maintenant organisés en une armée nationale à laquelle obéissent toutes les autres forces. Quant à la crainte que les rapports avec l’Occident puissent entraîner une dépendance, les opposants libyens insistent que «La cause palestinienne est la cause numéro un pour les rebelles» et que leurs rapports avec les Etats-Unis ou avec la France ou avec la Grande-Bretagne ne signifient pas qu’ils vont abandonner cette cause, mais que «cette relation n’est que l’un de leurs intérêts, de nature économique» en ce sens que les compagnies de ces pays auront droit à la priorité pour les investissements dans les secteurs pétrolier et gazier en Libye. …

Il semble que la position des rebelles libyens soit en train de traverser une étape difficile ces jours-ci, déchirés qu’ils sont entre leur désir de préserver leur indépendance et le fait de payer la facture de l’intervention occidentale sans devenir trop dépendants. (Traduction de A l’Encontre, de l’anglais)

 

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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