samedi
25
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

bombardement_gaza_israelPar Radjaa Abou Dagga

Depuis ladite «évacuation de Gaza» en 2005 par les colons et l’armée coloniale de l’Etat israélien, se sont succédé des «actions punitives collectives». Elles sont baptisées, selon le registre caractéristique des puissances occupantes au cours de l’histoire, par des appellations telles que: «Pluies d’été» en 2006, «Plomb durci» en 2008-2009, «Pilier de défense» en 2012, «Bordure de protection». Les médias dominants électroniques nous racontent une histoire d’affrontements entre «une bande de Gaza évacuée» par Israël et une armée de l’Etat hébreu qui «défend la population d’Israël» face à des «attaques terroristes» provenant de Gaza. Au-delà des appréciations différentes que l’on peut avoir sur la politique du Hamas, il faut simplement rétablir un fait élémentaire, car il justifie la volonté du Peuple palestinien de résister, sous diverses formes: Gaza reste occupée.

C’est ce qu’établit, dans Le Monde du 16 juillet 2014 (page 2), Benjamin Barthe: «L’occupation de la bande de Gaza, contrairement à ce qu’affirme Israël, n’a pas pris fin avec le départ du dernier de ses soldats, le 11 septembre 2005. Comme le rappelle opportunément l’ONG israélienne Gisha sur son site Internet, l’Etat hébreu continue de contrôler des pans entiers de la vie des Gazaouis: le registre d’état civil, les eaux territoriales, l’espace aérien et l’unique terminal commercial. L’armée israélienne interdit à la quasi-totalité des habitants de se rendre en Cisjordanie, en violation des accords d’Oslo, qui faisaient des deux territoires palestiniens une seule et même entité juridique. Les habitants de l’enclave sablonneuse n’ont pas non plus le droit de pénétrer dans la “zone tampon”, bande de 500 m à 1 km de large le long de la frontière avec Israël, où ils possèdent souvent des terres agricoles. Ceux qui s’y risquent se font systématiquement tirer dessus. L’anthropologue Jeff Halper, figure du camp de la paix israélien, use d’une métaphore carcérale pour résumer l’effet paradoxal du désengagement de 2005: «Dans une prison aussi, les détenus contrôlent l’essentiel de l’espace, aime-t-il à dire. Ils ne sont pas libres pour autant.» De cet état de fait, la plupart des experts en droit international ont conclu que la bande Gaza est toujours sous occupation.»

Le récit de Radjaa Abou Dagga – qui a travaillé pour Libération de décembre 2002 à février 2006 et qui réside dans la bande de Gaza – explicite tous les aspects de cette occupation et la guerre présente menée par les occupants colonialistes israéliens. La trame de son témoignage: le bombardement du samedi 12 juillet. Nous publions ce récit ci-dessous. Il peut être lu dans Libération de ce jeudi 17 juillet 2014 (p. 11). (Rédaction A l’Encontre)

*****

Abasan al-Kabira, à l’est de Khan Younès, un bourg de quelques milliers d’habitants. Là, une dizaine de maisons ont été bombardées au cours de l’opération “Bordure protectrice”. A chaque fois selon le même mode opératoire. La famille Aboutir – au sens large, comme souvent chez les Palestiniens – y demeure, occupant un immeuble de trois étages divisé en six appartements. L’un est occupé par Ahmed, 31 ans, policier, sa femme, Rahma, et leurs trois enfants. Parmi les autres membres de la famille occupant l’immeuble, Ramadan, 34 ans, commerçant, a quatre enfants. Mohamed, 50 ans, en a huit. Safwat, 48 ans, onze. Adel, 47 ans, six. La mère des cinq frères et sœurs, Oum Ahmed, 73 ans, vit là également. Quarante-trois personnes au total.

Samedi, vers 1h30 du matin, le portable de Rahma sonne. C’est un officier israélien. «Vous avez dix minutes pour évacuer votre maison», lui dit-il. Rahma, à ce moment-là, n’est pas chez elle, mais chez des parents, à près de 500 mètres de l’immeuble. Elle demande à l’officier de lui donner un peu de temps. «Non, insiste-t-il, vous devez d’abord transmettre mon message.»

Technique courante pour dire aux populations de fuir afin qu’elles ne soient pas les victimes collatérales de frappes ciblées. Parfois, ce sont des drones qui font pleuvoir des tracts en arabe; d’autres fois, des militaires israéliens qui appellent directement les Palestiniens. Souvent, ce sont des druzes qui parlent l’arabe palestinien comme des Gazaouis. Dans le cas de Rahma, comme dans nombre d’autres, l’officier s’est adressé à elle en arabe classique, trahissant un accent israélien. Rahma se précipite en criant en direction de l’immeuble familial. Tout le monde comprend : il va y avoir une frappe. Dix minutes plus tard, l’officier rappelle Rahma pour vérifier qu’elle a bien transmis son ordre. Rahma lui demande un délai de quelques minutes. «Cinq minutes, pas plus!» consent l’Israélien.

«Poupée»

Devant l’immeuble, toute la famille s’est regroupée. Sans savoir où se réfugier. Tout près, leurs cousins Abouloay Aboutir et Fatah Aboutir font entrer chez eux femmes – en chemise de nuit pour certaines – et enfants afin de les protéger du bombardement. «Nous étions paniqués, raconte Aboulay Aboutir, car nous pensions qu’ils ne bombarderaient pas cet immeuble avec ses six familles.» Cinq minutes plus tard, un missile tiré d’un drone cible une chambre de l’immeuble. Deux minutes plus tard, une déflagration retentit. L’immeuble est entièrement détruit.

Ramadan Aboutir se montre surpris par cette attaque: «J’étais endormi avec mes enfants. Cette fois, nous ne pensions pas qu’ils attaqueraient. Disons qu’on le croyait à 40%… Parce que, pendant l’opération “Plomb durci”, mes deux frères, Ziad et Yasser, combattants du Jihad islamique, avaient été ciblés par un drone, le 29 décembre 2008. Or, à ce moment-là, ils n’avaient pas détruit notre maison, ni même en 2012 pendant “Pilier de défense”. Alors, pour cette fois, on s’est dit qu’ils ne nous viseraient pas.» Farah, sa fille, s’en mêle: «Je cherche ma poupée et mes habits dans les décombres, mais je ne trouve plus rien. Les juifs ont tout pris et ont détruit notre maison.»

«50’000 dollars»

Ramadan affirme ne pas être démoralisé, «même s’ils ont détruit notre maison, le fruit de trente-cinq ans de travail, même si nous n’avons pas eu le temps de prendre notre argent, et nos femmes leurs bijoux». Il précise toutefois: «Mon frère Adel, qui est avocat, avait dans son bureau du rez-de-chaussée les dossiers de ses clients et 50’000 dollars dans son coffre. Allez retrouver ça maintenant!» Pendant trois jours, la famille a creusé les ruines, sans récupérer la somme. «Cela devient trop dangereux, on n’y arrive pas, soupire Ramadan. De toute façon, il faut qu’on trouve un autre refuge, on va se débrouiller avec la famille. Mais pour louer un appartement, nous n’avons plus les moyens.» La solidarité entre familles s’organise. Cousines et tantes, cousins et oncles affluent. «L’argent, ça vient et ça repart, dit-on pour se consoler. L’essentiel, c’est d’être avec les siens.» Voisins et parents se partagent les invitations pour le repas de l’iftar, qui rompt chaque jour le jeûne du ramadan. Les hommes de la famille se relaient autour des décombres pour surveiller leurs biens ensevelis.

Comme souvent à Gaza après une destruction de maison, une association islamique est arrivée, le lendemain, pour distribuer des matelas, des ustensiles de cuisine, des bonbonnes de gaz, de la nourriture et un peu d’argent. Malgré les dégâts et les victimes, difficile de trouver des voix pour s’opposer au Hamas. «Non, nous ne sommes pas contre le Hamas ou le Jihad islamique, parce que, cette fois, leurs missiles ont réussi à frapper au cœur d’Israël, et je ne demande qu’une chose: qu’ils continuent», affirme Nabil Abounasser, le voisin des Aboutir, dont la maison a été endommagée par les débris de l’immeuble bombardé. «Mais, ajoute-t-il, je demande aussi que les ONG nous remboursent les dégâts. Parce que, moi, je n’ai pas de travail.»

Non loin, contemplant les ruines, Jebril, 27 ans, conducteur de bus sans bus à conduire, fulmine : «L’Egypte joue un sale rôle. Elle étrangle Gaza en fermant le passage de Rafah et ne laisse passer les blessés qu’au goutte-à-goutte. L’Egypte a participé à cette opération. Même si c’est de façon indirecte.»

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