lundi
25
septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Rédaction*

Manifestation à Charleville-Mézières, le 12 octobre 2010

Les enquêtes d’opinion du CSA (Conseils-Sondages-Analyses) – un des principaux instituts en France, contrôlé depuis 2008 par Bolloré, parmi les plus grands capitalistes de France, proche de Sarkozy qui a d’ailleurs utilisé son yacht pour sa «lune de miel» avec Carla Bruni – sont révélatrices de l’audience populaire du mouvement contre l’attaque au système des retraites en France.

Une attaque qui – si victorieuse – doit ouvrir un premier espace pour un système qui aboutirait à donner une place de choix aux assureurs privés pour les «retraites complémentaires» (une sorte de IIe pilier à la Suisse).

Relevons l’évolution les résultats des sondages de CSA à la question: «Quelle est votre attitude à l’égard de ce mouvement ?». Le 7 septembre 62% manifestait soutien et sympathie: le 23 septembre: 68%: le 2 octobre 71%: le 12 octobre 69%: avant la journée de mobilisation: le 71%.

Le directeur adjoint du CSA, Jérôme Sainte-Marie, réponds, dans un entretien à Aujourd’hui en France (18 octobre 2010): «Le gouvernement peut l’emporter au gré des menaces de violences dans les rues, des pénuries ou tout simplement part un vote du Parlement. Mais ces 71% traduisent le coût politique d’une telle victoire: il sera très élevé pour le gouvernement.»

On comprend pourquoi les médias télévisés et les agences de presse mettent l’accent, avec insistance, sur les «incidents» entre police et lycéens, qui se font agresser part les «forces de l’ordre», comme des dizaines de témoignages le démontrent. Ou sur quelques casseurs. Au même titre est cultivée la crainte du «manque de carburant pour aller travailler». La campagne est lancée, car la grève et la mobilisation sociale – avec la sympathie, le soutien de la population – a pris une autre dimension depuis plus de 15 jours. Des secteurs s’agrègent et le contrôle du mouvement n’est plus possible en se cantonnant à des négociations au sommet avec Chérèque (CFDT) et Thibault (CGT). La carte d’une division, hypermédiatisée, de l’Intersyndicale reste à jouer pour un gouvernement qui veut passer en force.

Aux dernières nouvelles, ce 19 octobre à 11 heures, le syndicat des lycéens et lycéennes annonce des actions dans 1200 lycées, le ministère de l’éducation dans 379. (Rédaction).

*****

Les Ardennes

Nous reproduisons [Le Militant] quelques informations de cette journée. Sous le rideau de fumée médiatique consistant à énumérer en désordre toutes sortes d’ «actions», une réalité: la grève générale se cherche, elle monte.

Il circule beaucoup d’infos, nous en avons sélectionné deux, parce qu’elles montrent des syndicats qui jouent leur rôle de syndicats au lieu de dire «aux travailleurs de décider chacun dans leur coin» ou «chacun dans son AG».

Le rôle des AG, des vraies AG, est d’unir, coordonner, fédérer, centraliser. C’est ce qui s’est passé dans les Ardennes.

Et c’est nécessaire. Aujourd’hui, dans tout le pays, affrontements, provocations, violences, arrestations, agressions policières et délinquantes, se sont multipliés contre les lycéens, dont le mouvement est pourtant toujours ascendant.

Ce dont les jeunes ont besoin, c’est du «facteur d’ordre» et de la protection que constituerait la grève générale effective, que constituera la grève générale qui se construit.

Tout irait dix fois plus vite si les organisations prenaient cette responsabilité au niveau central, au niveau national !

1. Quelques informations concernant la situation dans les Ardennes:

Dès le mercredi 13 octobre, certains secteurs reconduisaient la grève (SNCF, Communaux de la ville de Charleville-Mézières).

Lors de la réunion intersyndicale du mercredi 13 octobre en fin de journée qui devait organiser l’action du samedi 16 octobre, départementale (UD) CGT a proposé aux autres organisations syndicales d’organiser une AG interprofessionnelle et intersyndicale le vendredi 15 octobre à 16h30 pour décider de la reconduction de la interprofessionnelle public/privé à partir du lundi 18 octobre.

L’ensemble des organisations syndicales présentes à la réunion (CFDT, FO, UNSA, SOLIDAIRES et FSU) ont donné un avis favorable à cette proposition.

L’AG s’est donc réunie hier à 16h30 dans la cour de la Bourse du travail (150 personnes, un certain nombre d’entreprises n’avait envoyé que leur délégué) et a décidé à l’unanimité d’appeler à la grève reconductible à partir du lundi 18 octobre.

Aujourd’hui samedi 16 octobre, la CFE CGC du département a décidé de rejoindre cet appel. Dès lundi matin dans les services, les entreprises, les administrations des AG vont se dérouler.

Il semblerait que la «mayonnaise» commence à prendre dans le secteur privé. La Fonderie PSA (Peugeot) près de Charleville (le plus gros employeur privé du département) pourrait décider de partir en grève reconductible lors de l’AG prévue lundi matin.

Plusieurs autres entreprises devraient suivre d’après la CGT. À la centrale de Chooz, de nombreux agents sont déjà en grève. Il semble qu’une dynamique soit en marche.

L’unique quotidien du département, L’Ardennais-l’Union, titrait en une aujourd’hui 18 octobre: «Les Ardennes votent la grève générale.»

2. Ardennes, dépêche de l’AFP (Agence France Presse)

«Pour l’instant il s’agit d’une initiative unique en France», expliquait vendredi Patrick Lattuada, secrétaire général de l’Union départementale (UD) CGT des Ardennes, soulignant que la dernière manifestation du 12 octobre avait atteint selon lui 10.000 personnes (7.000 selon la police),:«Des chiffres qu’on n’avait pas atteints depuis 1968». «La base, les salariés ardennais réclamaient ça», a-t-il ajouté, évoquant «un vrai ras-le-bol» et une «saturation» du fait que «le gouvernement ne prenne pas en compte les revendications et les attentes de la population». «Pour nous, c’était une démarche naturelle», a déclaré Sylvie Cochard, secrétaire générale de la CFDT des Ardennes. «Certaines personnes ont fait grève depuis la dernière manifestation, (…) ne veulent pas s’arrêter là et ne veulent pas rester seules», a-t-elle ajouté.

3. Dans le journal L’Ardennais-L’Union

«Un moment historique… en tout cas peu ordinaire, hier, à la Bourse du travail. Les Ardennes en première ligne dans la mobilisation contre la réforme des retraites: hier, l’assemblée générale intersyndicale et interprofessionnelle a voté «la grève reconductible tous secteurs (privé et public) à compter de lundi»…

C’est l’un des tout premiers départements en France à prendre cette initiative. Sur le balcon qui surplombe la cour de la Bourse du travail de Charleville, sur les coups de 17 heures, les dirigeants de la CGT, de la CFDT, de FO, de la FSU, de l’UNSA et de Solidaires avaient quelque mal à masquer leur émotion.

Un pas important a donc été franchi au terme d’une journée où les cheminots, les communaux et les agents EDF avaient une nouvelle fois été les plus «visibles», avec, outre des blocages et des feux de palettes bienvenus pour se réchauffer, et un déjeuner en commun, une intervention impromptue lors de l’installation de l’antenne ardennaise de la Halde [Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité] et moult distributions de tracts.

Mais chacun attendait donc le point d’orgue, à savoir l’AG de 16 h 30 à la Bourse du travail. Dans la cour, tandis que les drapeaux flottaient au vent, les visages étaient ou graves, ou jubilatoires: comme si les délégués et élus représentant les personnels des principaux services publics et entreprises privées du département avaient confusément conscience de vivre un moment historique. En tout cas peu ordinaire, loin s’en faut.»

4. Un défi dans les PME…

«Il faut que toutes les Ardennes soient impactées à partir de lundi» a lancé le premier Patrick Lattuada (CGT). Et d’annoncer déjà: «Demain, à l’issue de la manifestation, on ira voir le préfet: on dira à Jean-François Savy qui représente l’Etat et le gouvernement que si on n’a pas de raffineries dans le département, cela ne nous empêchera pas de le bloquer.»

Voilà qui avait le mérite d’être clair. Sylvie Cochard (CFDT) annonçait ensuite que les routiers [où la CFDT est influente] avaient rejoint le mouvement.

Daniel Blondeau (FO) y allait lui aussi de son appel avant que Pascal Louis (UNSA) ne franchisse le pas à son tour: «Jusqu’à présent, nous étions encore partisans de la négociation. Mais face au mépris du gouvernement, au moins ici, nous demandons également le retrait pur et simple de ce projet de loi néfaste.»

Didier Janin (FSU) et Nordine Kadri (Solidaires) se disant sur la même ligne, et partisans de la grève. Le micro circulait ensuite dans l’assemblée.

Les cheminots disaient leur satisfaction de voir «de nouveaux wagons annoncer qu’ils allaient accrocher la loco», puis différents secteurs annonçaient leur ralliement.

Des assemblées intersyndicales qui auront vocation à relayer l’appel au débrayage sont donc prévues d’ores et déjà lundi 18 octobre à l’hôpital du chef-lieu (10 heures), et dans des entreprises privées (comme PSA Charleville, Tarkett Sedan et Faurecia Mouzon).

«Dans les PME, les choses seront sans doute plus difficiles. Mais on va tenter le coup. Au moins lancer les discussions», glissait à voix basse un métallo de la Vallée.

Par ailleurs, les enseignants sont appelés à débrayer dès lundi 18 octobre, alors que la sécurité sociale se mettra en grève mardi 19 octobre. Côté transports routiers, le représentant de la CFDT a indiqué que des blocages seraient initiés.

Au moment du vote, c’était l’unanimité qui sanctionnait les débats. Un tract intersyndical devant être édité dans la foulée pour appeler à des assemblées et à la grève dans tous les services et entreprises dès lundi 18 octobre.

Programme chargé

«S’il faudra attendre lundi, donc, pour mesurer le degré de mobilisation en terme de débrayages, le calendrier est désormais particulièrement chargé.

• Samedi 16 octobre: manifestation départementale à Charleville; rassemblement à 10 heures place Ducale. puis défilé jusqu’à la préfecture.

• Lundi 18 octobre, 16 heures: assemblée générale interprofessionnelle et intersyndicale «pour faire le bilan de la première journée et voter la reconduction».

• Mardi 19 octobre, 12 h 30: manifestation départementale à Charleville. Rendez-vous au Pont des Deux Villes puis départ du cortège à 14 heures. Trajet: avenue De Gaulle, voie rapide (sens Charleville-Sedan), sortie à Manchester, avenue Saint-Julien, rue Monge, préfecture.

«Cette fois, les dés sont jetés. Sans jeu de mots, c’est un peu la lutte finale. On va maintenant mesurer réellement la volonté de l’ensemble des salariés et fonctionnaires. Le mouvement était et demeure populaire. Et massif au moment des défilés. Ça n’a pas suffi. Alors la grève, à présent, est nécessaire. Pour durcir le ton. Mais on sait que c’est un pas qui n’est pas évident à franchir pour tous…» commentait, en quittant la Bourse du travail, un militant. On ne saurait mieux résumer l’enjeu des jours qui viennent». Philippe Mellet pour L’Ardennais.

* Ces informations sont tirées du Bulletin Le Militant, animé par Vincent Présumey, dont nous avons, plus d’une fois, cité les articles et informations.

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