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La Brèche

Grèce. Des diktats qui dictent un NON

Publié par Alencontre le 24 - juin - 2015
Christine Lagarde et Jeroen Dijsselbloem

Christine Lagarde et Jeroen Dijsselbloem

Par Mouvement pour le socialisme/
Bewegung für Sozialismus

Tous les jours, depuis des semaines, les grands médias «informent»: «Le gouvernement grec d’Alexis Tsipras est intransigeant, à tel point que l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ne peuvent débloquer une aide de 7,2 milliards d’euros à la date limite du 30 juin.» Une «information» qui met la réalité cul par-dessus tête. De la propagande. Les trois institutions qui représentent le pouvoir des classes dominantes en Europe – et au-delà (FMI) – veulent infliger une défaite au gouvernement de Syriza. Un gouvernement élu le 25 janvier 2015 et qui, dès lors, exprime un choix démocratique selon les normes «traditionnelles» utilisées sans cesse par les médias.

A l’échelle européenne, les dominants – que ce soit leurs représentants de droite ou dits de gauche (François Hollande ou Matteo Renzi) et les institutions financières et patronales – veulent faire la preuve pratique qu’une politique anti-austérité, en faveur d’une majorité populaire, est impossible. Pour administrer cette preuve, ils ne reculent devant aucune manœuvre et petitesse. Ainsi, à Bruxelles, les représentants techniques des créanciers, le dimanche 14 juin, reçoivent durant 45 minutes (!)les négociateurs du gouvernement grec. Le message est simple: ou vous acceptez tout, ou il n’y aura aucun accord.

Ces derniers jours, ce sont les images de Grecs devant des guichets de banque qui sont devenues l’emblème d’une panique bancaire, du retrait de tous les dépôts des coffres des quatre banques grecques dites systémiques. Or, les retraits massifs ont commencé avant 2010 (date du premier plan d’austérité). Ils ont été effectués par les grandes fortunes qui ont placé leur argent dans des paradis fiscaux, comme la Suisse. Et dans la dernière période, ce sont avant tout des petites et moyennes entreprises qui sont contraintes de transférer des euros pour payer cash toute commande.

Le discours officiel (plan Juncker sur des quotas de répartition des demandeurs d’asile) fait grand cas de la situation italienne. Par contre, le silence est quasi total sur les besoins de la Grèce pour répondre socialement à l’arrivée de réfugiés. Alors que des dizaines de milliers de jeunes Grecs, qualifiés, sont contraints d’émigrer pour travailler dans des hôpitaux de Suisse ou d’Allemagne, etc. Des centaines de millions dépensés par l’Etat grec (et ses contribuables) pour leur formation qui ne sont pas considérés comme une dette envers ce dernier.

L’ombre chinoise des 35 milliards

Le bourrage de crâne politique prend la forme suivante. Le gouvernement de Tsipras serait devenu l’otage de la gauche de Syriza et non pas l’otage des créanciers et de leurs institutions. Un exemple tout récent d’arrogance de classe: dans ses propositions de compromis, le gouvernement grec voulait faire passer de 26 à 29% le taux d’imposition des bénéfices des grandes entreprises. Le 24 juin, le FMI rejette cette hausse et propose 28%! Se mélangent ici une insolence frôlant le ridicule et le choix d’étrangler le gouvernement grec. En effet, le FMI s’oppose à certaines augmentations d’impôts – pas à la TVA injuste socialement – pour mettre l’accent sur les coupes budgétaires touchant le système de santé, de retraites et les salaires du secteur public. Autrement dit, enfoncer plus dans la misère une majorité de citoyens et citoyennes grecs, tout en testant leur résistance sociale et celle des forces politiques, associatives et syndicales qui les représentent. Avec la complicité de la bourgeoisie grecque – représentée par la Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras, le Pasok déliquescent d’Evangelos Venizelos (président sortant) et de Fofi Gennimata, To Potami (La Rivière) de Stavros Theodorakis – les «institutions» (la troïka) veulent en quelque sorte imposer, par étapes, un programme complet de contre-réformes. C’est-à-dire un signal donné à l’ensemble des salarié·e·s d’Europe.

Dans ce but, ils utilisent vrai bâton et fausse carotte. Depuis trois jours, l’annonce par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, d’un plan de 35 milliards pour la Grèce fait soudainement la Une. Une pure tromperie pour trois raisons: 1° ces 35 milliards étaient déjà inclus dans les fonds européens pour la période 2014-2020 ; 2° 20 milliards sont des fonds structurels et 15 milliards doivent servir à l’agriculture, une grande partie sont des prêts dont le taux d’intérêt n’est pas connu ; 3° alors que légalement rien ne conditionne l’attribution de ces 35 milliards, la Commission européenne les lie à un «accord», c’est-à-dire à l’acceptation de ses diktats.

Les seules «actions unilatérales» interdites sont celles du gouvernement grec. Par contre, les «institutions» et leur représentant en Grèce, Yannis Stournaras, président de la Banque centrale de Grèce, multiplient leurs actions unilatérales sous couvert de négociations.

Remboursement éternel

Unanime, la presse assène: le gouvernement grec a besoin que soient débloqués 7,2 (ou 7,5) milliards d’euros de prétendue aide pour rembourser les prêts arrivant à échéance dans les deux mois et demi qui viennent. Un simple constat révèle l’illusion: sur les 7,2 milliards «d’aide», 5,5 milliards retourneront fin juillet aux créanciers et 3,2 fin août.

Au centre de la politique des «institutions» se trouve la dette que le Comité sur la vérité de la dette grecque a qualifiée avec force arguments d’illégale, illégitime et odieuse (voir sur le site alencontre.org le résumé du rapport en date du 17 juin). Les «institutions» exigent l’austérité et se refusent à discuter même d’une restructuration de la dette (allongement de sa maturité, modification des taux d’intérêt, effacement partiel) avant d’avoir imposé un profond recul au gouvernement Tsipras.

Or, y compris du point de vue d’économistes et de gouvernants «éclairés», des mesures d’austérité sans une profonde restructuration de la dette n’aboutissent qu’à un résultat: un remboursement éternel des créanciers. Le gouvernement peut couper dans les dépenses sociales, les services publics, privatiser des secteurs importants, augmenter les impôts pour dégager un excédent primaire (solde positif du budget avant les intérêts de la dette), la récession continuera (chômage, consommation et investissement bloqués), d’autant plus que le secteur exportateur grec est faible.

C’est une condamnation de la majorité de la population à une misère durable. Cela relève de décisions politiques et non pas économiques au sens étroit. Le but : renverser le gouvernement ou le contraindre à un gouvernement d’unité nationale avec To Potami ou d’autres partenaires.

Face au pouvoir des créanciers et de leurs représentants (qui ont sauvé les banques privées françaises et allemandes en transférant leurs dettes sur l’Etat grec), un très large secteur de la population dit «non». Tous les sondages de la troisième semaine de juin confirment que la coalition de la gauche radicale Syriza obtient 11% de plus qu’en janvier 2015. En outre, le sondage paru le 24 juin (tvxs.gr) montre que le premier souci des personnes sondées entre 22 et 45 ans est le chômage : 8 sur 10. Et, à la question «Avez-vous peur du Grexit (sortie de l’euro)?», 63% disent «non», 29% «oui», 8% ne répondent pas. Enfin, 69% de l’échantillon affirment que les «institutions» sont responsables de «l’impasse actuelle». Un changement sur le Grexit qui éclaire le refus de voir bafouée sa «dignité collective».

Par où passe la défense de Syriza?

C’est en tenant compte de cette réalité qui mûrit que la gauche de Syriza (Red Network, Courant de gauche, etc.) affirme son opposition aux dernières propositions faites le 21 juin par le gouvernement Tsipras au gang des créanciers. Dans l’éditorial du bimensuel de la Gauche ouvrière internationaliste (DEA), en date du 24 juin, Antonis Ntavanellos met l’accent sur divers points:

• Le «contrat avec le peuple» passé lors des élections n’est pas respecté dans les propositions faites aux créanciers. Que ce soit par rapport au salaire minimum, aux droits du travail, à la TVA, à l’augmentation du prix du fioul de chauffage ou aux dépenses de santé, aux retraites, etc.

• Ayant renoncé à la décision du congrès de fondation de Syriza de refuser de payer l’essentiel de la dette, le gouvernement Tsipras s’engage sur la voie d’un retour à la logique des «mémorandums». Ce faisant, Syriza pourrait-il résister à moyen terme à une perte d’enracinement et de crédibilité avec une telle orientation?

• Dès lors, l’opposition de la gauche de Syriza à l’accord que le gouvernement Tsipras cherche à  passer avec les créanciers est une lutte pour la défense de Syriza et de son gouvernement.

• Il est fondamental que le parti-coalition Syriza discute démocratiquement à tous les échelons et prenne des décisions qui ont une dimension historique. Pour ce faire, est aussi capitale une unité d’action avec tous les secteurs sociaux et politiques qui expriment la volonté de faire obstacle aux diktats des «institutions» et d’ouvrir une alternative.

La coalition Syriza démontre pour l’heure sa capacité de débats sans exclusive. C’est pour cette raison que les actions et propositions de la «plateforme de gauche» de Syriza et de ses diverses composantes doivent être le plus largement diffusées et discutées internationalement. C’est une facette des diverses solidarités avec la population de Grèce. (Mouvement pour le socialisme, 24 juin 2015, feuille diffusée lors de la manifestation de solidarité avec le peuple grec le 25 juin à Genève)

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