mardi
22
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Londres. Pourquoi ici? Pourquoi maintenant?

Publié par Alencontre le 10 - août - 2011

Par Tariq Ali

Pourquoi donc est-ce que ce sont toujours les mêmes zones qui s’enflamment, quelles qu’en soient les causes? Est-ce purement accidentel? Ou y aurait-il un rapport avec la race, la classe sociale, la pauvreté institutionnalisée et le caractère sinistre de la vie quotidienne? Pris dans leurs idéologies pétrifiées, les politiciens de la coalition (y compris ceux du nouveau parti travailliste, qui pourrait tout aussi bien participer à un gouvernement d’unité nationale si la récession se poursuit) ne peuvent pas le dire, car les trois partis [Conservateur, Libéral-démocrate et Nouveau Travailliste] sont chacun responsables de la crise. C’est eux qui ont créé le gâchis.

Ils privilégient les riches. Ils font savoir que les juges et les magistrats devraient donner l’exemple en infligeant de lourdes peines de prison aux protestataires armés de sarbacanes. Ils ne remettent jamais sérieusement en cause le fait qu’aucun policier n’ait jamais été puni alors que plus de mille personnes sont mortes depuis 1990 alors qu’elles étaient en détention. Quel que soit le parti ou la couleur de la peau du parlementaire, il débite les mêmes clichés. Oui, nous savons que la violence dans les rues de Londres est déplorable. Oui, nous savons qu’il n’est pas bien de piller les magasins. Mais pourquoi ces choses arrivent-elle maintenant? Pourquoi ne sont-elles pas arrivées l’année passée? Parce que des griefs s’accumulent avec le temps, parce que lorsqu’un jeune citoyen noir d’un quartier défavorisé meurt par la volonté du système [samedi, 6 août 2011, Mark Duggan, âgé de 29 ans, a été tué par la police, dans le quartier paupérisé de Tottenham, dans le nord de Londres], cela donne le signal pour le déclenchement d’une contre-offensive.

Et cela pourrait encore s’aggraver si les politiciens et l’élite du monde des affaires, soutenus par une télévision d’Etat soumise et par les réseaux (journaux et TV) de Rupert Murdoch, échouent à s’occuper de l’économie et punissent les secteurs pauvres et défavorisés pour des politiques gouvernementales qu’ils ont eux-mêmes promues depuis plus de trois décennies. Ils ne peuvent pas éternellement déshumaniser l’«ennemi» chez eux ou à l’étranger, semer la peur et procéder à des détentions sans procès.

S’il y avait dans ce pays un réel parti d’opposition, il serait en train de revendiquer le démantèlement de l’échafaudage fragile du système néo-libéral avant qu’il ne s’écroule et lèse encore plus de gens. Partout en Europe les traits distinctifs qui séparaient jadis le centre gauche du centre droit, les conservateurs des sociaux-démocrates, ont disparu. L’uniformité des politiques officielles dépossède les secteurs les moins privilégiés – autrement dit la majorité – de l’électorat.

Les jeunes Noirs chômeurs ou sous-employés à Tottenham, à Hackney, à Ensfield et à Brixton savent très bien que le système est contre eux. Les beuglements des politiciens n’ont pas d’impact sur la plupart des gens, et encore moins sur ceux qui sont en train d’allumer des feux dans les rues. Les incendies seront éteints. Il y aura probablement quelques enquêtes pathétiques pour découvrir pourquoi Mark Duggan a été abattu, des regrets seront exprimés, des fleurs seront envoyées par la police pour ses funérailles. Les protestataires arrêtés seront punis, et tout le monde lancera un soupir de soulagement et passera à autre chose jusqu’à ce qu’une nouvelle explosion se produise. (Traduction A l’Encontre)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire





FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org