mercredi
19
juin 2019

A l'encontre

La Brèche

Edouard Philippe, un «dialogue sous surveillance policière» avec les «gilets jaunes» de Saint-Yriiex (Haute-Vienne)

Par Mathilde Siraud

«On les aura pas, les 100 euros! Tant qu’on nous donnera des miettes, on sera dans la rue.» Devant la mairie de Saint-Yrieix (Haute-Vienne), où Édouard Philippe (premier ministre) s’entretient ce vendredi (21 décembre) à huis clos avec des élus et quelques «gilets jaunes», triés sur le volet, les manifestants ne sont pas nombreux mais donnent de la voix, tenus à l’écart par les forces de l’ordre.

Un garagiste évoque ses trois enfants, payés au smic, qui «galèrent». Il manifestera ce samedi et passera «Noël sur un rond-point». Les mesures sociales annoncées par le chef de l’État n’ont pas calmé la colère. Les doutes sur la hausse des 100 euros pour les salarié·e·s au smic, qui passe par une augmentation de la prime d’activité, semblent même avoir ravivé la défiance. «Ils racontent des bobards, ils savent même pas où ils en sont! Un jour c’est bleu et l’autre jour c’est rouge!», hurle une intérimaire «gilet jaune». Même les maires s’interrogent à l’issue de la réunion. «La question est complexe et la réponse a été… tout aussi complexe», critique le maire socialiste de Saint-Yrieix, Daniel Boisserie, qui a offert à Édouard Philippe une Marianne en porcelaine avec un… gilet jaune.

Ce vendredi, le premier ministre se déplace pour la première fois depuis le début de la crise en dehors de la région parisienne, dans ce département où des maires avaient pris l’initiative de recevoir des «gilets jaunes». Il en profite pour rencontrer également les employés de Lim­dor, une coopérative agricole qui commercialise des pommes.

Eux aussi sont sceptiques. «Sur le pouvoir d’achat, ils n’ont pas bien répondu, regrette Josette, une salariée. Toutes les personnes au smic ne toucheront pas les 100 euros!» Florence, sa collègue, explique au chef du gouvernement qu’elle ne bénéficiera pas de la hausse de la prime d’activité, calculée à partir du revenu fiscal du foyer, car son fils est en contrat d’apprentissage. «Et pourtant, mon pouvoir d’achat n’augmente pas grâce à son salaire!», s’indigne-t-elle. «On a décidé d’élargir le nombre de personnes qui bénéficient de la prime d’activité», tente de justifier Édouard Philippe, qui cite les revenus jusqu’à «1,2 ou 1,3 fois le smic» et invite les salarié·e·s à solliciter leur caisse d’allocations familiales. «C’est, je le reconnais, pas hyper pratique, pas hyper connu», concède-t-il, soucieux de se montrer conciliant. Interrogé sur le bien-fondé de la suppression de l’impôt sur la fortune, Édouard Philippe a dit qu’il «comprenait» que cette réforme puisse être « impopulaire ».

Un premier ministre «à l’écoute», en quête d’un «dialogue». «Il continuera, il fera des déplacements à la rentrée», annonce déjà Matignon. Pendant qu’il multiplie les visites en catimini, le chef de l’État envoie son premier ministre au front assurer le service après-vente de ses annonces. Pourtant, devant la mairie de Saint-Yrieix, les slogans «Macron démission» accompagnent le cortège du premier ministre.

À Limoges, les «gilets jaunes» attendent Édouard Philippe mais chantent «joyeux anniversaire» à Emmanuel Macron, qui soufflait vendredi sa 41e  bougie. Le chef du gouvernement, entré par un accès discret dans la mairie pour éviter les manifestants, souhaite qu’une «centaine de citoyens» par région soient «tirés au sort» pour participer au grand débat national. «L’idée, c’est de faire en sorte que des Français qui ne sont pas forcément les plus impliqués puissent donner leur avis», propose Édouard Philippe, qui appelle à ce que le gouvernement soit dans une «logique d’écoute plus que dans une logique de prise de parole».

«Pour quoi faire? réagit Michel, un «gilet jaune» de Dordogne. Ils choisissent les sujets en discussion et ont dit dès le début qu’ils ne rétabliraient pas l’ISF.» Francis, qui sort de la réunion avec le premier ministre, renchérit : «Il m’a fait penser à un certain Alain Juppé, droit dans ses bottes. Alors qu’il s’achète des bottes neuves, parce que nous on est bien avec nos gilets jaunes!» (Reportage publié dans Le Figaro, daté du 22 décembre 2018 ; titre de la rédaction de A l’Encontre)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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