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août 2017

A l'encontre

La Brèche

Après le 23 septembre: l’heure est à l’action politique

Publié par Alencontre le 28 - septembre - 2010

Groupe « Militant »

Nous publions ci-dessous une première contribution propre à l’analyse de la situation française et aux orentations qui s’expriment par diverses forces de la «gauche radicale», qui vise à aller à la racine «du mal» (Réd.)

*****

Le 23 septembre, ce sont à nouveau près de 3 millions de travailleurs, et travailleuses, actifs, retraités, chômeurs et chômeuses, jeunes, qui ont manifesté. Le fait d’avoir délibérément [les forces syndicales, dont les appareils de la CFDT et de la CGT, entre autres] laissé passer la date du vote de la loi contre les retraites à l’assemblée, le 15 septembre 2003, n’a pas démobilisé un mouvement. Il est, au moment présent, ascendant, bien que, pour cette raison et parce qu’ils ménagent leurs forces, certains secteurs clefs (comme dans l’enseignement et les transports) ont moins fait grève que le 7 septembre.

Ce sont d’ailleurs souvent de nouvelles couches importantes de la classe ouvrière, des ouvriers et ouvrières et employé·e·s de petites et moyennes entreprises, des femmes, et, de plus en plus, des jeunes, qui sont venus dans les manifestations, grossissant notamment les cortèges de la CGT et de FO.

A 11 heures du matin, c’est l’Elysée, Nicolas Sarkozy, qui faisait un communiqué prétendant qu’il y avait moins de monde que le 7 septembre ! Ce mensonge piteux ne fait que souligner la bi-polarisation réelle qui marque notre pays, entre un exécutif discrédité et dangereux, et l’immense majorité. Dans les décomptes officiels, les nombreuses petites manifestations (mais grosses localement), dans de petites villes, sont toujours «oubliées». Ainsi dans l’Aisne: 10% environ de plus de manifestants que le 7 septembre, alors que des personnes en grève le 7 n’étaient pas là: 4500 à St-Quentin, 3000 à Soissons, 2000 à Laon, 1600 à Château-Thierry, 750 à Hirson, 350 à Chauny, 150 à Villers-Cotterets.

Dans toute la France, outre les grèves et les manifs, se sont déroulées des assemblées générales de petite taille par rapport aux manifestations, mais nullement en contradiction avec ce que disent les manifestants, réunissant des secteurs qui souhaitent mettre en œuvre la grève générale pour battre Sarkozy et se heurtent au refus évident des directions syndicales nationales de le faire. Les cantines à Marseille, le centre d’appel de France Télécom à Montpellier suite à un vote de tout le personnel organisé par la CGT et SUD, des lycées, écoles et collèges en banlieue parisienne, ont soit reconduit la grève, soit décidé de s’y engager le lundi 27.

Certaines de ces assemblées générales (AG), même avec peu de participants, étaient une amorce de réunions de délégués d’assemblées tenues sur les lieux de travail. Il est en effet important de ne pas confondre une réunion de fin de manifestation avec une assemblée du personnel dans une entreprises, un chantier, une administration ou un établissement scolaire, ou un bureau.

Mais celles-ci, elles-mêmes encore peu nombreuses, ont besoin d’air, d’information, d’échanges, de coordination, de centralisation, donc de désigner des délégués pour se rencontrer.

C’est ainsi qu’à Chambéry, l’Union Locale CGT et Solidaires ont permis la réunion, le 24 septembre 2010, d’une assemblée de 80 personnes parmi lesquelles des représentants de 19 syndicats, ayant organisé les manifestations qui ont rassemblé 17’000 personnes sur Chambéry, Albertville et St-Jean de Maurienne. Constatant, selon leurs termes, la non-poursuite du mouvement, ils ont décidé d’engager, dés le 27 septembre, des actions ciblées de blocage de l’économie conçues comme préparant le tous ensemble dans la grève générale.

A Marseille, la grève en préparation dans les ports et dans la pétrochimie, contre la réforme portuaire du gouvernement, entre bien sûr en relation avec le mouvement d’ensemble contre la réforme anti-retraites, et la question est discutée parmi les travailleurs des ports et des raffineries, comme à Dunkerque, Le Havre, Rouen, Nantes-St-Nazaire, La Rochelle et Bordeaux.

L’élément peut-être le plus significatif est la multiplication de décisions locales de reconduction de grève ou d’entrée en grève la semaine prochaine dans le Sud de la France: Pau, Albi, Montpellier, Béziers, Rodez, Mende, Le Puy, Aurillac …

Mais il est évident que pour ces secteurs, l’annonce par l’intersyndicale nationale (CGT, CFDT, FSU, UNSA, CGC et CFTC, FO et Solidaires ne signant pas le communiqué, mais appelant au même plan d’action) d’un calendrier marqué par des rassemblements sans grève, le samedi 2 octobre, puis par une nouvelle journée le mardi 12 octobre 2010, les laisse délibérément tout seuls.

La poussée de certains secteurs vers la reconduction de la grève, en l’absence de mots d’ordre nationaux indispensables à cette étape pour gagner, n’est pas un mouvement isolé, c’est la pointe avancée d’une recherche de la part de toute la classe ouvrière, partout.

Dans la manifestation parisienne, une dame maghrébine d’une quarantaine d’années, badgée CGT, dit à un camarade qui diffuse le tract de Militant avançant le mot d’ordre «Dehors Sarkozy ! Élections immédiates !»: «Moi la retraite je m’en fous, je sais que je n’aurais jamais de retraite complète: je suis là pour foutre en l’air Sarkozy.»

Ou encore: «Les gens se rendent compte qu’aller tous les quinze jours dans la rue ne suffit pas», déclare un enseignant syndicaliste marseillais à Mediapart.

Alors que Thibault (CGT), Chérèque (CFDT), Mailly (FO) ou B. Groison (FSU) disent qu’on va pouvoir faire reculer Sarkozy sur les retraites, les manifestants comme les sondé·e·s expriment leur scepticisme à ce sujet.

Et pourtant ils manifestent, et pourtant ils sont là et seront là à nouveau. Pourquoi ? Parce qu’eux savent que la question, c’est d’en découdre avec Sarkozy.

Sarkozy

Face à la majorité, Nicolas Sarkozy, son gouvernement, son assemblée UMP sont, aujourd’hui, minoritaires, rejetés, vautrés dans les scandales, dangereux.

«Ce pouvoir est prêt à tout pour durer, y compris à exploiter la menace terroriste.», écrit Edwy Plenel, qui fut traité d’ «hitléro-trotskyste» par l’UMP pour avoir contribué à révéler l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy. Sarkozy persiste et signe dans une ambiance de ragots, de coups bas et de petits meurtres entre amis, à l’ombre d’un remaniement où il laisse filtrer que tout, absolument tout, ou même rien, est possible … jusqu’à Hortefeux (ministre de l’Intérieur) ou Woerth premier ministre !

Ce n’est plus le régime recourant au coup d’Etat permanent [allusion à la formule de Mitterrand pour caractériser les institutions de la Ve République, bien avant qu’il les préside], c’est le coup d’Etat permanent devenu le régime lui-même.

Un pouvoir qui pose problème à des secteurs de la bourgeoisie elle-même, qui compte bien qu’il fasse passer la contre-réforme des retraites, puis celle, sans doute revue et corrigée par le Sénat, des collectivités territoriales, sans oublier au passage la destruction de la Médecine du Travail … qui compte bien, donc, que le mouvement actuel reste dans le cadre de ce que toute la presse appelle le «jeu de rôle» entre Sarkozy et l’axe «intersyndical» Thibault-Chérèque, qui ne demandent pas, comme ils le rappellent eux-mêmes à qui en douterait, le retrait de la loi anti-retraite …

Et Sarkozy tape sur les Roms, pond des circulaires racistes, tente de dresser «l’opinion» contre les eurocrates [commission de l’UE, Bruxelles et divers gouvernements] qui s’inquiètent de sa politique, conséquence pourtant de l’extension de l’Union Européenne: les Roms sont devenus la minorité sans droit de l’Union. Sarkozy laisse entendre, provoquant, qu’on pourrait faire du Luxembourg un camp d’internement pour Roms en Europe et laisse ensuite Fillon (premier ministre) présenter des excuses au Grand-Duché.

Cette fuite en avant verbale exprime la déstabilisation de l’exécutif: il se voulait tout-puissant, il n’est qu’éructant. Fort de quoi ? Faut-il le laisser sévir jusqu’en 2012 ?

«2012 se joue maintenant»

«2012 se joue maintenant», disent les dirigeants du PS et, même s’ils le disent moins, pensent ceux des autres partis de gauche et d’extrême-gauche qui préparent les présidentielles en poussant des candidats et en cherchant déjà des signatures de maires.

«2012 se joue maintenant»: cette phrase qui sourd partout signifie en vérité que la question du pouvoir est posée maintenant, ici et maintenant. Par conséquent, il ne faudrait pas que nous soyons, maintenant, joués par «2012» !

Ce dimanche 19 septembre 2010, suite aux décisions prises en commun lors de la rencontre du 10 juin dernier qu’avait décidé le collectif formé de différents groupes et militants le 20 février, des représentants de Militant, d’Être de Gauche 95 et de l’association CIVIC d’Argenteuil se sont réunis et ont adopté un tract [1], qui fut diffusé le 23 dans les manifestations à Paris, Alençon, Caen, Moulins, et par mails à tous nos amis, lecteurs et sympathisants.

Cette orientation politique, et les moyens de sa mise en œuvre, seront discutés lors de notre assemblée générale annuelle, samedi 2 octobre salles AGECA, 177 rue Charonne Paris. Lors de la réunion tenue à Moulins sur la base de ce tract le 24 septembre, une participante a proposé que l’on écrive à la fin: «que tous les partis de gauche et d’extrême-gauche s’unissent pour cet objectif».

Dans les partis de gauche

Martine Aubry et Ségolène Royal affirment qu’en cas de retour au pouvoir «en 2012», le PS rétablirait le droit au départ en retraite à 60 ans. Tant mieux, toutefois les gens s’interrogent: d’abord, cela sous-entend que Sarkozy va forcément faire passer sa loi, ensuite il faut aussi que le nombre d’annuités nécessaires pour avoir sa retraite cesse d’augmenter indéfiniment, comme le permet la loi Fillon de 2003. La loi anti-retraite de Woerth-Sarkozy doit être retirée, les lois qui l’ont préparée depuis les décrets Balladur de 1993 (portant pour les salariés du privé le nombre d’annuités nécessaires pour avoir sa retraite de 37,5 à 40 et faisant passer la base de calcul des 10 aux 25 meilleures années) doivent être abrogées. Et pour tout cela, et même rien que pour le droit à partir à 60 ans, pas question que le candidat du PS et encore moins celui de toute la gauche soit Strauss-Kahn, l’homme du FMI, l’homme de la soupe à la grimace pour les peuples grec, portugais, espagnol, irlandais.

Au Boucau, à l’occasion des rencontres du courant Un Monde d’Avance du PS, animé notamment par Benoit Hamon, Olivier Besancenot pour le NPA, Pierre Laurent pour le PCF, sont venus pour représenter une sorte d’unité de la gauche. Tant mieux là encore. Unissons-nous, en effet, pour ne pas attendre 2012, mais pour bloquer Sarkozy tout de suite, c’est ainsi et seulement ainsi que l’on peut gagner -tout de suite, ce qui serait le mieux, ou en 2012. Que Benoit Hamon appelle, comme certaines de ses déclarations le laissent entendre, au retrait du projet de loi contre les retraites, qu’il affirme qu’il ne soutiendra pas Strauss-Kahn du FMI, déjà, contribuerait à faire avancer les choses un peu plus.

Jean-Luc Mélenchon, dirigeant du Parti de Gauche, s’est rendu quant à lui à l’invitation de Ségolène Royal: tant mieux là encore qu’il y ait rencontre et début d’union. Mais lui aussi, et peut-être plus encore vu qu’il est un candidat possible, attend 2012; aussi explique-t-il que «les syndicats» ont raison de faire durer et de ne pas appeler à la grève dans la production, prise de position qui ne relève pas du respect de l’indépendance syndicale contrairement à ce qu’on entend toujours, mais qui constitue un soutien politique à l’orientation politique de certains dirigeants syndicaux. Dans la même logique, il appelle avec d’autres groupes et l’hebdomadaire Politis, à un référendum sur les retraites. Mais qui détient les clefs du référendum ? Sarkozy. Donc il faudrait demander à Sarkozy de bien vouloir faire un référendum sur la loi que l’assemblée UMP et le Sénat UMP sont en train de voter article par article; la question n’est-elle pas plutôt la mobilisation sociale contre ce vote, l’unité d’action dans la grève, et le combat pour que la gauche s’unisse pour des élections générales immédiates ? Au lieu de demander au président d’utiliser ses prérogatives de petit dictateur ?

Fort différente est en réalité l’exigence de dissolution de l’assemblée UMP, que nous avons abordée depuis juin et que, y compris, le dirigeant PS Julien Dray a évoqué cet été. Depuis l’événement important qu’a été le vote de la loi anti-retraites à l’assemblée le 15 septembre, dans les conditions scandaleuses, typiquement bonapartistes, que l’on sait, mais sous la protection du refus de l’intersyndicale d’appeler à la grève partout et à une manifestation centrale ce jour-là, alors que c’était nécessaire et possible après le succès du 7 septembre, cette question est mise en avant par le groupe Gauche unitaire, composante du Front de Gauche.

* Nous avons déjà publié plusieures fois ce site des documents du groupe Militant, animé, entre autres, par V. Présumey. Voir «Retrait du projet anti-retraites !» (4 septembre 2010) et «Le pouvoir vacille». (24 juillet 2010)

1. Texte du tract:
Gagner sur les retraites, c’est commencer à les battre:
Dehors Sarkozy, dehors l’Assemblée l’UMP, élections générales avant 2012 !

15 septembre 2010: l’assemblée UMP vote la loi anti-retraites, reportant le droit à la retraite à 62 ans et le départ à taux plein à 67 ans.
En avait-elle la légitimité ? En avait-elle le droit ?
Non !
Les 2, 7 millions de manifestants du 7 septembre représentent la majorité. Ce n’est pas une «réforme» des retraites qui est nécessaire: c’est la rupture avec le capitalisme, qui ne supporte plus la productivité du travail et l’allongement de l’espérance de vie.
Et l’assemblée UMP continue: elle veut maintenant voter la «réforme territoriale», grave menace pour les services publics et pour l’égalité devant la loi et devant l’impôt.
Au sommet de l’Etat, Sarkozy, discrédité et minoritaire, poursuit sa fuite en avant dans le racisme d’Etat. En pourchassant les Roms en tant que groupe ethnique, il a franchit les bornes de la honte.
Peut-on continuer à les laisser tout casser d’ici 2012 ?
DEHORS SARKOZY ! DEHORS L’ASSEMBLEE UMP !
Il faut se regrouper:
– pour réaliser l’unité d’action dans les luttes, c’est-à-dire l’unité d’action pour le retrait de la loi sur les retraites
– pour un front commun pour une issue politique à gauche: élections immédiates !

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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