lundi
20
août 2017

A l'encontre

La Brèche

863663-manifestation-pour-le-retrait-de-la-loi-el-khomri-le-24-mars-2016-a-parisPar Christian Mahieux

Le projet de loi Travail contient une multitude de dispositions visant à renforcer les profits des patrons, actionnaires et autres banquiers, en aggravant l’exploitation des salariés. En cela, nous avons raison de nous y opposer. Dans Le Progrès social ou d’autres journaux, mais avant tout à travers les publications d’organisations syndicales, son contenu a été décortiqué ; ce n’est pas l’objet du présent texte, mais le travail explicatif doit bien entendu se poursuivre. Si la démocratie se caractérise par la possibilité de participer aux prises de décisions, elle ne prend son sens véritable que lorsque les enjeux sont connus, expliqués, maîtrisés et débattus.

Le contenu du projet de loi justifie notre opposition résolue ; mais le mouvement qui se construit depuis maintenant un mois cristallise bien d’autres refus. Les jeunes expriment leur rejet d’un avenir fait de précarité, de pauvreté et d’exclusion ; les chômeurs et chômeuses réclament le respect de leurs droits et de leur dignité ; les retraités manifestent une solidarité intergénérationnelle qui s’oppose à la propagande du « chacun pour soi » ; les salariés en ont marre de bosser plus pour gagner moins, mais aussi des conditions de travail exécrables, des pressions et des sanctions, du chantage à l’emploi, de la hiérarchie qui impose ses décisions souvent sans connaître le travail réel, etc. Tous, dénoncent l’inanité des promesses politiciennes et l’auto-reconduction de celles et ceux qui se prennent pour une élite ; autant d’éléments qui ont d’ailleurs grandement contribué à la banalisation de l’extrême-droite.

Articuler ces deux aspects, le refus de ce projet et les revendications plus larges, est une des responsabilités du mouvement syndical ; du moins du (fort) courant syndical qui ne se satisfait pas d’organiser des actions pour témoigner de désaccords, mais qui entend construire des luttes gagnantes, et par là favoriser la rupture avec les systèmes économique et politique en place.

Un exemple issu de l’actuel projet de loi pourrait d’ailleurs synthétiser cette situation. Répondant aux revendications patronales, le gouvernement entend instituer des référendums pour contourner les refus d’une majorité syndicale d’accepter des accords antisociaux. Il faut combattre cette orientation ; mais comment ? En brandissant, certes à juste titre, le respect du fait syndical ? Au risque de ne pas être compris par nombre de salariés qui ne verront pas pourquoi il serait dangereux de les consulter ? Non. Au contraire, soyons offensifs et inventifs ! Nous pourrions organiser une vaste campagne syndicale unitaire pour exiger la généralisation de ces référendums dans les entreprises et les services : pour ou contre les licenciements ? Pour des augmentations en sommes uniformes ou en pourcentage ? Pour augmenter les salaires ou les profits des actionnaires ? Pour ou contre des embauches ? Ainsi, tout à la fois, nous combattrons la disposition pro-patronale du projet de loi, nous montrerons que le syndicalisme ne craint pas l’avis des travailleurs et des travailleuses, nous créerons les conditions de débats sur les lieux de travail posant la question de la démocratie en entreprise. A nous syndicalistes de montrer que la démocratie ne peut être questionnée sans s’interroger sur comment le droit de propriété règle la question du pouvoir en entreprise, comment le rôle de l’Etat pèse sur le champ démocratique dans le secteur public… Au-delà, une telle démarche peut se décliner autour de bien d’autres sujets : l’organisation et le temps de travail, la formation, etc.

Partir des revendications concrètes, faire le lien avec les sujets plus généraux, en dégager des perspectives d’ensemble, c’est permettre que de très nombreuses personnes se posent la question d’un changement de société ; plus utilement qu’à travers les programmes élaborés en circuit fermé par des organisations politiques. Encore faut-il se donner les moyens du débat avec la masse des travailleurs et des travailleuses. La grève reconductible permet cela à travers les débats en A.G. de grévistes, mais aussi les nombreuses discussions informelles sur le lieu de travail alors réapproprié, ou les échanges avec d’autres secteurs en lutte, avec les jeunes qui occupent universités et lycées, avec les chômeurs et chômeuses, etc. Nos aspirations démocratiques ne peuvent être déconnectées de la manière dont nous construisons et animons les A.G. Celles-ci doivent correspondre aux collectifs de travail habituels des collègues pour qu’ils et elles s’y expriment naturellement, il ne s’agit pas de les transformer en meetings syndicaux (qui peuvent correspondre à d’autres temps du mouvement). (31 mars 2015)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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