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août 2017

A l'encontre

La Brèche

«Adresse à tous les travailleurs et travailleuses»

Publié par Alencontre le 11 - octobre - 2010

Rédaction

Grève à Fos-sur-Mer, port pétrolier proche de Marseille, qui a démarré le 7 octobre 2010

En cette veille de mobilisation générale du 12 octobre, ce 11 octobre plusieurs ports (Marseille, le terminal pétrolier de Fos-sur-Mer où l’engorgement des navires s’accroît, Le Havre, Bordeaux, Dunkerke, Rouen, Nantes, Saint-Nazaire) sont en grève et donc bloqués par l’action des dockers, qui font face à une réorganisation brutale de leur secteur, semblable à celle qui se développe dans des services comme les transports, la poste, les hôpitaux ; tout cela selon un «modèle» européen qui ne doit plus laisser place à «l’exception française».

La mondialisation du capital a ses exigences liées à la concurrence exacerbée entre capitaux privés (ou en voie d’être privatisés formellement) et aux ordres conjoints des firmes voulant limiter leur taux d’endettement et pour cela visant à l’augmentation de leur profit opérationnel. Ce qui implique un durcissement des conditions d’exploitation, une contrainte sur la masse salariale et donc sur l’emploi.

Le 12 octobre est, probablement, le point de départ d’un mouvement qui, par son ampleur et son épaisseur, fait ressortir des traits particuliers de la situation socio-politique française. Les dockers sont aussi mobilisés contre la contre-réforme du régime des retraites. Ainsi, leur mouvement converge avec celui des autres secteurs sociaux. Dans divers ports, les dockers ont voté pour une grève reconductible (assemblée générale et vote sur la poursuite ou non de la grève) dès le mardi 12 octobre.

Les appels à la grève reconductible se multiplient dans différents secteurs, les transports, la chimie par exemple. La RATP (transports de la région parisienne) prévoit ce qu’il convient journalistiquement de qualifier de «perturbations importantes». L’un des enjeux de la mobilisation du 12 octobre et du samedi 16 octobre sera la mobilisation des jeunes. Nous avons déjà souligné cet aspect sur ce site dans notre article intitulé «Changement de climat avant le 12 octobre 2010» (en date du 8 octobre). Du côté du gouvernement, la carte de l’adoption de la loi de réforme des retraites le 15 septembre par l’Assemblée et par le Sénat dans les délais les plus brefs et le joker des négociations au sommet entre Raymond Soubie (conseiller spécial de Sarkozy sur les questions sociales) et B. Thibault de la CGT et F. Chérèque de la CFDT – au-delà de la volonté affirmée de fermeté – semblent quelque peu écornés. D’en bas, la pression augmente sur les appareils centraux, syndicaux d’abord. Sans mentionner les déclarations du «socialiste» Dominique Strauss-Kahn sur les nécessités de la réforme. Ou encore, la volonté de décentrement du débat, de la part de la CFDT, sur la pénibilité, question extraite aussi bien de l’organisation du travail, du chômage de longue durée, de la précarisation que de l’ensemble des questions sociales.

Le climat social se traduit parfois dans les titres de Une. Ainsi, Le Parisien (Aujourd’hui en France en dehors de la région parisienne) titre: «Réformes des retraites. Les Français favorables à une grève durable». En sous-titre: «69 % soutiennent la journée d’action de demain», soit celle du 12 octobre. Et «les lycéens toujours plus mobilisés». Le Figaro titre en première: «Retraites: la semaine où tout se joue». Puis: «Alors que le débat se poursuit au Sénat, les syndicats organisent deux nouvelles journées de protestation demain et samedi. Le mouvement social se durcit alors que l’examen du texte gouvernemental… aborde sa dernière ligne au Sénat.» Dans l’enquête d’opinion menée par le CSA pour Le Parisien, le plus caractéristique n’est pas le chiffre de 69 % favorables à l’appel à une journée de manifestations le mardi 12 octobre. Seuls 16 % affirment leur opposition. Le plus significatif est le chiffre de 61 % des personnes interrogées qui affirment être «favorables ou plutôt favorables… à ce que les syndicats appellent les salariés du public et du privé à une grève durable et continue contre le projet de réforme des retraites». Voilà le vrai signe de ce qui se passe dans les tréfonds de la société. Voilà aussi l’indicateur selon lequel des initiatives, apparemment minoritaires, peuvent acquérir une audience et faire basculer, du moins partiellement, la situation. Ne pas comprendre cela, c’est s’inscrire soit dans l’imprécation politique, soit rester soumis aux agendas politico-institutionnels, soit une combinaison des deux. Ce qui semble être le cas pour, y compris, la gauche radicale. Il est entendu ici qu’il ne s’agit pas de prédire une victoire ou pas. Il s’agit simplement, en termes socio-politiques, de se poser une question: que faire demain et après-demain pour modifier la configuration sociale et poser des questions socio-politiques de fond, questions qui entreraient en syntonie avec l’expérience et la réflexion de très larges secteurs de salarié·e·s. Nous publions, ci-dessous, un appel révélateur du type «d’adresse» qui peut trouver l’oreille et la compréhension de larges secteurs de travailleuses et de travailleurs. – Charles-André Udry

*****

A l’initiative de cheminots de la Gare de l’Est et d’enseignants du 18e arrondissement, nous avons été une centaine de salariés (du rail, de l’éducation, de la poste, de pme de l’agroalimentaire, de l’informatique…), de retraités, chômeurs, étudiants, travailleurs avec ou sans papiers, syndiqués ou non, à nous réunir le 28 septembre et le 5 octobre 2010 pour discuter des retraites et plus largement des attaques que nous subissons et des perspectives pour faire reculer ce gouvernement.

Nous avons été des millions à manifester et faire grève lors des dernières journées d’action. Le gouvernement ne recule toujours pas. Seul un mouvement de masse sera en mesure de le faire. Cette idée fait son chemin au travers des discussions autour de la grève illimitée, générale, reconductible et du blocage de l’économie…

La forme que le mouvement prendra est notre affaire. C’est à nous tous de le construire sur nos lieux de travail avec des comités de grève, dans nos quartiers au travers d’Assemblées Générales souveraines. Ils doivent réunir le plus largement possible la population travailleuse, coordonnés à l’échelon nationale avec des délégués élus et révocables. C’est à nous de décider des moyens d’actions, des revendications… Et à personne d’autre.

Laisser les Chérèque (CFDT), Thibault (CGT) et Cie décider à notre place, c’est se préparer à de nouvelles défaites. Chérèque est pour les 42 annuités. On ne peut pas non plus avoir confiance en Thibault qui ne revendique pas le retrait de la loi, comme nous n’oublions pas qu’en 2009 il buvait le Champagne avec Sarkozy alors que des milliers d’entre nous étaient licenciés, nous laissant nous faire battre séparément. Nous n’avons pas plus confiance dans les prétendus «radicaux». La radicalité de Mailly (FO) c’est de serrer la main d’Aubry en manif alors que le PS vote les 42 annuités. Quant à Sud-Solidaires, à la CNT ou l’extrême gauche (LO, NPA), ils ne nous offrent d’autres perspectives que l’unité syndicale. C’est-à-dire l’unité derrière ceux qui veulent négocier des reculs.

Si aujourd’hui, ils enfourchent le cheval de la grève reconductible, c’est surtout pour éviter de se faire déborder. Le contrôle de nos luttes sert de monnaie d’échange pour être admis à la table des négociations… pourquoi ? Pour, comme il est écrit dans la lettre signée par sept organisations syndicales de la CFTC à Solidaire, «faire entendre le point de vue des organisations syndicales dans la perspective de définir un ensemble de mesures justes et efficaces pour assurer la pérennité du système de retraites par répartition.» Peut-on croire un instant qu’il peut y avoir une entente possible avec les casseurs de nos retraites depuis 1993, avec ceux qui ont entrepris la démolition méthodique de nos conditions de vie et de travail ?

La seule unité capable de faire reculer ce gouvernement et les classes dirigeantes, c’est de s’unir public et privé, salariés et chômeurs, retraités et jeunes, travailleurs avec ou sans papiers, syndiqués ou non, à la base dans des AG communes et en contrôlant nous-mêmes nos luttes.

Nous pensons que le retrait de la loi sur les retraites est l’exigence minimale. Cela ne saurait suffire. Des centaines de milliers de vieux travailleurs survivent déjà avec moins de 700 euros par mois, pendant que des centaines de milliers de jeunes vivotent avec le RSA, quand ils l’ont, faute de travail. Pour des millions d’entre nous, le problème crucial c’est déjà de pouvoir manger, se loger et se soigner. De cela nous ne voulons pas.

Oui, les attaques contre les retraites sont l’arbre qui cache la forêt. Depuis le début de la crise, les classes dirigeantes avec l’aide de l’Etat jettent à la rue des centaines de milliers de travailleurs, suppriment des milliers de postes dans les services publics. Et nous n’en sommes qu’au début. La crise continue et les attaques contre nous vont devenir de plus en plus violentes.

Pour faire face, nous ne devons surtout pas avoir confiance dans les partis de la gauche (PS, PCF, PG…). Ils ont toujours géré loyalement les affaires de la bourgeoisie en ne remettant jamais en cause la propriété privée industrielle et financière ainsi que la grande propriété foncière. D’ailleurs en Espagne comme en Grèce, c’est la gauche au pouvoir qui organise l’offensive du capital contre les travailleurs. Pour nos retraites, la santé, l’éducation, les transports et pour ne pas crever de faim, les travailleurs devront accaparer les richesses produites pour subvenir à leur besoin.

Dans cette lutte, nous ne devons pas apparaître comme défendant des intérêts catégoriels mais ceux de toute la population travailleuse, y compris les petits paysans, marins-pêcheurs, petits artisans, petits boutiquiers, qui est jetée dans la misère avec la crise du capitalisme. Nous devons les entraîner et nous mettre à la tête de toutes les luttes pour mieux nous en prendre au Capital.

Que nous soyons salariés, chômeurs, précaires, travailleurs sans papiers, et cela quelle que soit notre nationalité, c’est toute la population travailleuse qui est dans le même bateau.

Rendez-vous pour en discuter en AG interpro
Mardi 12 octobre à 18h et Mercredi 13 octobre à 17h
Bourse du travail, métro République

Des travailleurs et précaires de l’AG interpro de la Gare de l’Est
lecole_duraille_trenteseptcinq@yahoogroupes.fr
Le 8 octobre 2010

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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