samedi
19
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Syrie. Le témoignage d’un capitaine déserteur

Publié par Alencontre1 le 3 - décembre - 2013
Mohammed'Arar

Mohammed’Arar

Le témoignage reproduit ci-dessous l’est avec l’acquiescement de son auteur : Mohammed ‘Arar. Il estime nécessaire de dire ce qu’il a vu et ce qu’il sait des manipulations du régime de Bachar el-Assad et de «l’inconstance des Etats démocratiques, dont la faiblesse du soutien a contribué à renforcer la présence et la légitimité d’organisations islamistes, comme… le Front de Soutien» comme l’écrit Ignace Leverrier.

*****

«Je m’appelle Mohammed ‘Arar.

J’étais capitaine dans la Garde républicaine. C’était un très beau poste. Nous avions de nombreux privilèges. J’avais trois voitures à ma disposition…

Pourquoi ai-je déserté ?

Au début de la révolution, nous avons été mobilisés pour surveiller une manifestation à Douma, dans la banlieue de Damas. Nous n’étions armés que de matraques: il ne devait pas y avoir plus d’un fusil pour une centaine d’entre nous. Ce jour-là, nous nous sommes fait tirer dessus, tout comme les manifestants, depuis le toit d’un bâtiment, par des types habillés en civil.

Le vendredi suivant, nous sommes revenus armés. Cette fois-ci, il y a eu un échange violent avec les mêmes tireurs. Huit d’entre eux qui s’étaient retranchés dans un bâtiment ont été tués. Ils étaient toujours en civil. A notre grande surprise, nous avons découvert qu’il s’agissait d’hommes du colonel Hafez Makhlouf, de la sécurité d’Etat. Leur mission était de toute évidence de tirer à la fois sur les manifestants et sur les forces de l’ordre. C’est ce jour-là que j’ai compris ce que faisait exactement le régime.

Jabhat al-Nusra ?

Que veux-tu entendre? Des mensonges ou bien la réalité?

Il est faux de dire qu’ils sont sectaires: dans le sud, il y a notamment des Druzes qui combattent avec eux. Et puis, ce sont les seuls chez qui aucune exécution ou aucune sanction n’est possible sans qu’il y ait eu un procès! Tu ne trouveras de tels scrupules nulle part ailleurs dans quelque camp que ce soit! Ils sont particulièrement motivés. On sait qu’ils ont des combattants suicides, des istichhâdiyîn, des hommes qui cherchent à mourir en martyrs. Mais ils ont également ceux qu’ils nomment des inghimâsiyîn, des combattants qui portent des ceintures d’explosif. Ils ne les utilisent que s’ils y sont contraints, lorsqu’ils constatent qu’ils ne pourront pas s’en sortir.

Le problème des financements

Surtout, leurs financiers sont plus fidèles et plus constants que les nôtres. L’Amérique et l’Europe nous aident… de temps en temps. Une fois, nous sommes restés quatre mois sans voir venir le moindre soutien.

Notre principal problème, c’est que les armes, les munitions et les moyens financiers sont distribués à un rythme qui n’est pas suffisant et aussi un peu à n’importe qui. Nos interlocuteurs étrangers, ceux qui décident, ce sont les gens des services et le plus souvent, ils n’y connaissent pas grand-chose. Or on n’appelle pas un ophtalmologue pour soigner des douleurs d’estomac. Et bien pour une guerre c’est la même chose. Ceux qui nous soutiennent ne prennent pas suffisamment appui sur les militaires, sur les professionnels que nous sommes. Ils donnent un peu à n’importe qui et… au compte-goutte. Si un effort réfléchi était fait pour constituer une véritable armée, centralisée, d’abord cela éviterait l’éclatement sectaire et puis c’en serait fini du régime en peu de temps. C’est la seule solution.

Zaatari, 22 novembre 2013

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire





FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org