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La Brèche

Syrie. Le témoignage d’un capitaine déserteur

Publié par Alencontre1 le 3 - décembre - 2013
Mohammed'Arar

Mohammed’Arar

Le témoignage reproduit ci-dessous l’est avec l’acquiescement de son auteur : Mohammed ‘Arar. Il estime nécessaire de dire ce qu’il a vu et ce qu’il sait des manipulations du régime de Bachar el-Assad et de «l’inconstance des Etats démocratiques, dont la faiblesse du soutien a contribué à renforcer la présence et la légitimité d’organisations islamistes, comme… le Front de Soutien» comme l’écrit Ignace Leverrier.

*****

«Je m’appelle Mohammed ‘Arar.

J’étais capitaine dans la Garde républicaine. C’était un très beau poste. Nous avions de nombreux privilèges. J’avais trois voitures à ma disposition…

Pourquoi ai-je déserté ?

Au début de la révolution, nous avons été mobilisés pour surveiller une manifestation à Douma, dans la banlieue de Damas. Nous n’étions armés que de matraques: il ne devait pas y avoir plus d’un fusil pour une centaine d’entre nous. Ce jour-là, nous nous sommes fait tirer dessus, tout comme les manifestants, depuis le toit d’un bâtiment, par des types habillés en civil.

Le vendredi suivant, nous sommes revenus armés. Cette fois-ci, il y a eu un échange violent avec les mêmes tireurs. Huit d’entre eux qui s’étaient retranchés dans un bâtiment ont été tués. Ils étaient toujours en civil. A notre grande surprise, nous avons découvert qu’il s’agissait d’hommes du colonel Hafez Makhlouf, de la sécurité d’Etat. Leur mission était de toute évidence de tirer à la fois sur les manifestants et sur les forces de l’ordre. C’est ce jour-là que j’ai compris ce que faisait exactement le régime.

Jabhat al-Nusra ?

Que veux-tu entendre? Des mensonges ou bien la réalité?

Il est faux de dire qu’ils sont sectaires: dans le sud, il y a notamment des Druzes qui combattent avec eux. Et puis, ce sont les seuls chez qui aucune exécution ou aucune sanction n’est possible sans qu’il y ait eu un procès! Tu ne trouveras de tels scrupules nulle part ailleurs dans quelque camp que ce soit! Ils sont particulièrement motivés. On sait qu’ils ont des combattants suicides, des istichhâdiyîn, des hommes qui cherchent à mourir en martyrs. Mais ils ont également ceux qu’ils nomment des inghimâsiyîn, des combattants qui portent des ceintures d’explosif. Ils ne les utilisent que s’ils y sont contraints, lorsqu’ils constatent qu’ils ne pourront pas s’en sortir.

Le problème des financements

Surtout, leurs financiers sont plus fidèles et plus constants que les nôtres. L’Amérique et l’Europe nous aident… de temps en temps. Une fois, nous sommes restés quatre mois sans voir venir le moindre soutien.

Notre principal problème, c’est que les armes, les munitions et les moyens financiers sont distribués à un rythme qui n’est pas suffisant et aussi un peu à n’importe qui. Nos interlocuteurs étrangers, ceux qui décident, ce sont les gens des services et le plus souvent, ils n’y connaissent pas grand-chose. Or on n’appelle pas un ophtalmologue pour soigner des douleurs d’estomac. Et bien pour une guerre c’est la même chose. Ceux qui nous soutiennent ne prennent pas suffisamment appui sur les militaires, sur les professionnels que nous sommes. Ils donnent un peu à n’importe qui et… au compte-goutte. Si un effort réfléchi était fait pour constituer une véritable armée, centralisée, d’abord cela éviterait l’éclatement sectaire et puis c’en serait fini du régime en peu de temps. C’est la seule solution.

Zaatari, 22 novembre 2013

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