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décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Alger. «Acte 26 du hirak estudiantin»

Publié par Alencontre le 21 - août - 2019

Par Iddir Nadir

Ils étaient des milliers d’étudiants, rejoints par les citoyens lambda, à marcher dans les rues d’Alger. La marche hebdomadaire des étudiants, qui coïncide avec la célébration du 63e anniversaire du Congrès de la Soummam [congrès clandestin du FLN qui s’est tenu du 13 au 20 août 1956, dans un village de la wilaya de Bejaïa] était l’occasion de se réapproprier les principes fondateurs inscrits dans la Plateforme de cette réunion historique.

Etrangement, point de banderoles «badissistes» [en référence à l’Association des oulémas musulmans algériens ]. Les étudiants ont tenu leur habituel débat citoyen, place des Martyrs. Tout l’attirail est là pour faciliter la prise de parole: micros à profusion et baffles. Le thème du jour: l’instance nationale de dialogue de Karim Younès. Avant l’entame du débat, Mohamed, jeune étudiant, tenant des bouts de papier dans la main, improvise un bref historique du Congrès de la Soummam. «Le Congrès avait pour objectif de restructurer la Révolution. Abane Ramdane a réussi un exploit, celui d’unifier tous les courants politiques sous un même sigle, le FLN. Le Congrès a adopté deux principes fondateurs: la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et du politique sur le militaire. Ce dernier point est le plus important et nous renseigne sur la forme de l’Etat voulu par les chouhada [les moudjahids, les martyrs]. Le pouvoir devait appartenir donc aux civils. Nous devons toujours avoir à l’esprit ce point. A l’occasion de la commémoration du 63e anniversaire de ce Congrès nous disons donc: nous voulons un Etat civil et non militaire», tranche l’étudiant, sous les applaudissements des manifestants.

Les intervenants font tous le même constat: des figures de l’ancien régime Bouteflika se retrouvent dans l’instance de dialogue. Objectif : permettre au régime de se régénérer. «Samedi dernier (17 août), nous avons vécu un grand moment : des étudiants ont pu faire entendre notre voix au siège du panel. La commission n’est pas crédible. Ses membres étaient avec le clan Bouteflika, et maintenant, ils font allégeance aux puissants du moment, c’est-à-dire l’armée», s’offusque un étudiant. Son camarade, plus loquace, lance en direction des promoteurs du dialogue version Karim Younès: «De quel dialogue nous parle-t-on lorsque notre voix est inaudible dans les médias; de quel dialogue nous parle-t-on lorsque nous sommes encerclés, bousculés; de quel dialogue nous parle-t-on lorsque nous sommes dénigrés.»

Samedi 17 août, sit-in au centre culturel de la rue Larbi Ben M’hidi (Alger-Centre), où doit se dérouler la cérémonie d’installation d’un «comité de sages» du forum coordonné par Karim Younès. Un des manifestants, Samy Ibkaoui, jeune étudiant de biologie à la faculté Benyoucef Benkhedda, fait une intervention remarquée dans la salle. Des manifestants, qui l’avaient reconnu au début de la marche, viennent lui donner l’accolade et exprimer leur soutien après les attaques qu’il a subies dans les médias TV et sur les réseaux sociaux. «Samy a dit ce que pensent les Algériens de ce simulacre de dialogue», relève son camarade.

Les étudiants ont dénoncé les organisations estudiantines «discréditées» qui ont rejoint le panel. «Il y a six mois, ces mêmes organisations s’étaient réunies avec l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, pour défendre le 5e mandat. Aujourd’hui, elles se réunissent dans l’instance Younès. Disons-le franchement, c’est le régime qui se recycle», constate un étudiant sous les applaudissements. Un autre intervenant considère que les «négociations» doivent être engagées avec les représentants du pouvoir réel, c’est-à-dire l’armée et son chef, Ahmed Gaïd Salah (AGS). «La seule négociation valable, c’est avec l’institution militaire», tranche-t-il.

«Ikhwani la tansaw chouhada! Libérez Bouregaâ!»

11H. Les manifestants, plus nombreux que lors des dernières actions, observent une minute de silence en hommage à l’enfant de quatre ans décédé dimanche lors du blocage des accès à la capitale pour empêcher une manifestation de retraités de l’armée. La procession s’ébranle vers le centre-ville. Des slogans hostiles au pouvoir sont lancés par la foule qui s’engage dans la rue Bab Azzoun: «Etat civil et non militaire», «Y’en a marre des généraux!», «Le peuple ne veut pas du pouvoir des militaires à nouveau!»

Les résolutions du Congrès de la Soummam sont fortement visibles sur les pancartes: «Primauté du civil sur le militaire», «Depuis le 20 Août 1956 nous demandons une transition civile que vous avez détournée», «Le peuple n’a rien à perdre et tout à gagner. Un Etat civil ou rien», «Commémoration du Congrès de la Soummam. Résultat: primauté du civil sur le militaire», «Non à la militarisation de l’Etat, non au recyclage du régime. Dialogue de dupes», «La Soummam vous condamne ya khaouana» (traîtres).

Arrivés sur la place du TNA (Théâtre national algérien), encerclée par un impressionnant dispositif policier, les manifestants reprennent les mêmes mots d’ordre défavorables au chef de l’armée, AGS: «Ya men âche, ya men âche, Gaïd Salah fel Harrach !» (Vivement de voir Gaïd Salah à El Harrach), «Echaâb yourid el istiqlal» (Le peuple veut l’indépendance). Silence de la foule à la rue Boumendjel pour cause de funérailles. Devant le siège de l’instance de dialogue, rue Larbi Ben M’hidi, les manifestants observent une halte durant laquelle ils lancent des slogans hostiles au coordonateur, Karim Younès. «Karim Younès à la poubelle !» «Karim Younès lahas rangers !» (K. Y. lécheur de rangers, allusion à l’armée), «La hiwar ma3a el issabat !» (Pas de dialogue avec les bandes). Les journalistes pro-pouvoir, qui étaient postés à l’entrée de l’ex-Historiel, ne seront pas épargnés: «Sahafa chiyatin!» (Journalistes laudateurs), répètent à tue-tête les marcheurs, certains mimant une personne maniant la «chitta» (brosse).

Place Emir Abdelkader, les protestataires lancent unanimement : «Istiqlal, istiqlal !» (Indépendance !) A l’entrée de la rue Pasteur, un individu, reconnu comme faisant partie du panel, est pris à partie. «Dégage!» lui lance la foule, sous les regards indulgents des policiers antiémeute, dont le dispositif est aussi important que lors des derniers mardis. L’exigence de la libération du commandant de la Wilaya IV historique, Lakhdar Bouregaâ, a été reprise avec insistance et un nouveau texte: «Ikhwani la tansaw chouhada. Libérez Bouregaâ» (Mes frères, n’oubliez pas les martyrs. Libérez Bouregaâ).

Emouvant! Après avoir parcouru le boulevard Amirouche et la rue Ferroukhi, la procession s’arrête à la Grande-Poste. Là, un manifestant, qui brandit le drapeau amazigh (kabyle), est interpellé par un officier de police. Il sera relâché sous la pression des marcheurs et après… intervention d’agents en civil. Plus tard, le journaliste Aghiles Mokrane sera lui aussi arrêté et conduit dans un fourgon cellulaire. «Arrêté vers 13h par la police à la Grande-Poste, mis dans un fourgon, il a été fouillé minutieusement et accusé d’avoir fait un Facebook live. Il semblerait qu’il soit désormais interdit de filmer en live», poste Khaled Drareni sur sa page Facebook. Une rumeur, reprise sur les réseaux sociaux, fait état de l’interpellation de Samy Ibkaoui, le jeune étudiant pourfendeur de l’instance Younès. Mais elle s’est avérée fausse. Les manifestants achèvent leur longue marche par un hommage aux étudiants: «Yatikoum saha ya talaba!» (Grand merci aux étudiants). (Article publié dans El Watan en date du 21 août 2019)

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A la veille des grèves et mobilisations en France, dont le «début» est annoncé pour le 5 décembre, il nous paraît fort utile de tracer les lignes de force traçant la situation du syndicalisme français. Les travaux de Sophie Béroud sont présentés au début de cette vidéo. Nous citerons ici deux ouvrages auxquels a participé Sophie Béroud: «Sociologie politique du syndicalisme», Armand Colin, 2018, et «Quand le travail se précarise, quelles résistances collectives?», La Dispute, 2009.

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