
Par Nir Hasson
Les rapports publiés mercredi par Physicians for Human Rights Israel et par le groupe Physicians for Human Rights, basé à New York, décrivent la situation grave des femmes et des nouveau-nés dans la bande de Gaza pendant les deux années de guerre et depuis l’entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu en octobre 2025 [depuis cette date, les données recensées par diverses institutions internationales indiquent que 463 personnes ont été tuées par les forces militaires israéliennes].
Les rapports révèlent la destruction quasi totale du système de santé pour les femmes dans l’enclave côtière, où 33 des 36 hôpitaux auraient été, selon divers rapports, soit entièrement détruits, soit considérablement endommagés.
Les services de maternité de trois grands hôpitaux, Al-Shifa, Nasser et Al-Aqsa, ont été fermés, tout comme la maternité émiratie de Rafah et trois petits hôpitaux qui fournissaient des services gynécologiques et géraient des maternités. La plus grande clinique de fertilité de la bande de Gaza a été complètement détruite lors d’un bombardement qui a également causé la perte de 5000 spécimens de sperme et d’ovules stockés pour des couples suivant des traitements de fertilité.
Les deux rapports ont également souligné les graves problèmes médicaux rencontrés par les mères et les nouveau-nés en raison de la destruction, des déplacements, de la faim et des traumatismes causés par la guerre, ainsi que de la pénurie d’équipements médicaux et de médicaments dans la région.
Le rapport de l’organisation américaine Physicians for Human Rights, qui est totalement indépendante de la structure israélienne malgré la similitude de leurs noms, est basé sur 78 entretiens avec des équipes médicales internationales qui ont travaillé à Gaza entre janvier et octobre 2025. Le rapport israélien est basé sur 21 entretiens avec des femmes qui ont été déplacées de leur foyer pendant la guerre.
Selon les données des Nations unies, au cours de la guerre, 150’000 femmes enceintes ou allaitantes ont été déplacées de leur domicile. En 2025, seulement 17’000 naissances ont été enregistrées dans la bande de Gaza, soit une baisse de 41% par rapport à 2022, dernière année complète avant le déclenchement de l’intervention militaire après le 7 octobre 2023.
Dans le même temps, on a constaté une forte augmentation du nombre de décès de nouveau-nés, de complications lors de l’accouchement et du nombre de nouveau-nés présentant une insuffisance pondérale.
Mardi 13 janvier, le fonds d’urgence de l’Unicef a signalé que depuis le cessez-le-feu en octobre, 100 enfants ont été tués à Gaza, dont 60 garçons et 40 filles.
«Le chiffre de 100 ne reflète que les incidents pour lesquels suffisamment de détails ont été disponibles pour être enregistrés, de sorte que le nombre réel d’enfants palestiniens tués devrait être plus élevé», a déclaré James Elder, porte-parole de l’Unicef. «Des centaines d’enfants ont été blessés.»
Le rapport de Physicians for Human Rights Israel comprend le témoignage de Maha Yunis, 20 ans, originaire de la ville de Gaza, qui a déclaré que le deuxième jour de la guerre, alors qu’elle avait 19 ans et était enceinte de quatre mois, sa maison a été bombardée et elle s’est retrouvée coincée sous les décombres.
Elle a été secourue et contrainte de fuir la ville malgré ses blessures et en mars 2024 elle a accouché prématurément, alors qu’elle était enceinte de huit mois, à l’hôpital émirati de Khan Yunès.
«Elle a décrit la dévastation à l’intérieur de l’hôpital, où le personnel médical a été contraint de placer deux femmes enceintes dans un seul lit», indique le rapport. «Comme son cas était considéré comme à haut risque, elle a pu disposer d’un lit pour elle seule.» Son bébé est né souffrant de malnutrition, mais les compléments alimentaires qui lui ont été administrés lui ont causé des diarrhées.
«Maha ne peut se permettre de changer la couche de sa fille qu’une fois par jour. Sa lutte pour s’occuper de sa fille… tout en allaitant et en gérant sa propre santé souligne l’impact dévastateur du fait de se voir refuser les soins de santé essentiels et des fournières de base.»
«J’ai été choquée quand j’ai découvert que j’étais enceinte», déclare Nariman Shakoura, une mère de deux enfants âgée de 22 ans originaire de Beit Lahia, citée dans le rapport israélien. «Avant la guerre, je prenais la pilule contraceptive, mais une fois la guerre déclenchée, elle n’était plus disponible. Pendant ma grossesse, j’ai beaucoup souffert; j’ai passé plus de temps à l’hôpital qu’au camp. J’ai souffert de douleurs intenses et d’infections, et il y avait une pénurie de vitamines et de nourriture.»
«J’étais épuisée pendant toute ma grossesse. Je n’avais pas accès aux compléments alimentaires essentiels tels que l’acide folique, la vitamine D et le calcium. … Je souffrais déjà d’une carence en calcium avant de tomber enceinte … mais chaque fois que je me rendais dans un centre médical, on me disait qu’il n’y en avait plus. Pendant cette grossesse, tous les types de compléments alimentaires étaient en pénurie. … Pendant l’accouchement, la sage-femme m’a dit: “Nous ne donnons pas de sédatifs à tout le monde, car il y a des cas médicaux plus urgents.”»
Le rapport publié par Physicians for Human Rights aux États-Unis cite des médecins et des infirmières qui ont témoigné des graves problèmes rencontrés par les femmes en raison de ce qui a été décrit comme la famine et une pénurie de médicaments et d’équipements médicaux de base. «Toutes les femmes que j’ai vues, enceintes ou non, souffraient de malnutrition», a déclaré un gynécologue cité. «Nous avons constaté cliniquement que certaines femmes n’avaient pas leurs règles parce qu’elles souffraient de malnutrition sévère», a déclaré un autre soignant.
«[Nous] avons fait une analyse de sang à toutes les femmes enceintes qui se présentaient soit vers le troisième trimestre, soit pour accoucher», a déclaré une infirmière qui a fait du bénévolat à Gaza l’année dernière. «Je peux vous dire en gros que la plupart des femmes que nous avons vues souffraient d’une carence en fer. Un jour, une femme est venue nous voir, elle était un peu plus pâle que les autres. Elle était enceinte de 32 semaines et marchait avec un taux d’hémoglobine de 4,3.» Le taux normal minimum d’hémoglobine, ou HB, pendant la grossesse est de 10,5. «Comment un être humain peut-il marcher avec un taux de HB de 4,3?»
Un médecin a raconté que les mères étaient très anémiques. «Il était évident qu’elles étaient plus pâles qu’elles n’auraient dû l’être, plus faibles et plus fatiguées. Et nous entendions sans cesse: “Je suis vraiment fatiguée. Je suis vraiment fatiguée, je suis épuisée.”»
«J’ai vu beaucoup de bébés prématurés», a rapporté un pédiatre néonatologiste. «Les bébés naissent entre 28 et 33 semaines. Nous avons eu un bébé qui avait subi une lésion cérébrale due à un manque d’oxygène pendant l’accouchement. Ce bébé n’a pas reçu le traitement nécessaire ni les soins standard, car nous ne diposions pas du matériel adéquat pour s’occuper de lui. Et aussi parce que l’hôpital Al-Shifa, où le bébé aurait dû être transféré, avait été détruit.»
Un autre médecin a décrit les effets du traumatisme sur les femmes: «Une femme est arrivée. Elle était vraiment en grande souffrance et criait, mais ses cris ne ressemblaient pas à ceux d’une femme en train d’accoucher. Il y avait autre chose. Il s’est avéré qu’elle avait vu son mari et ses cinq enfants se faire tuer.»
«L’ampleur des pertes et des traumatismes subis par les femmes et les nouveau-nés se fera sentir pendant des générations et aura un impact sur tous les aspects de la vie des Palestiniens», a déclaré Anjli Parrin, directrice de la Global Human Rights Clinic de l’université de Chicago, qui a participé à la préparation du rapport sur Gaza rédigé par Physicians for Human Rights aux États-Unis.
La question des dommages causés aux femmes et au système de santé à Gaza est particulièrement importante dans le débat sur la manière de qualifier les actions d’Israël à Gaza et l’affirmation selon laquelle elles constituent un génocide, sur la base des dispositions de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide relatives à «l’imposition de mesures visant à empêcher les naissances au sein du groupe». Il est fait référence ici à un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
En juillet, Physicians for Human Rights Israel a publié un document de synthèse concluant (voir Haaretz du 28 juillet 2025) que les actes d’Israël à Gaza équivalaient à un génocide. (Article publié par Haaretz le 15 janvier 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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