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décembre 2019

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La Brèche

Israël est un Etat à parti unique

Publié par Alencontre le 2 - août - 2019

Par Gideon Levy

Des dizaines de listes électorales seront enregistrées jeudi 1er août proposant un affichage falsifié de pluralisme [en vue des élections fixées au 17 septembre 2019]. Les gens sont-ils polarisés? Pas politiquement. Les élections sont-elles critiques? C’est aussi une illusion. Les élections offrent-elles deux voies différentes? Même cela est trompeur.

Israël est en train de devenir un pays qui n’a qu’une seule idée, et donc pratiquement un Etat à parti unique. Il y a d’innombrables listes électorales, deux blocs, à droite et à gauche. C’est beaucoup de bruit pour rien. Les différences entre eux sont négligeables, sauf sur une question qui éclipse toutes les autres: Benyamin Netanyahou, oui ou non.

Quiconque est jaloux des Etats-Unis parce qu’ils n’ont que deux partis devrait savoir qu’il y en a encore moins en Israël. La distance entre Bernie Sanders et Elizabeth Warren et Donald Trump est beaucoup plus importante que celle entre Netanyahou, Benny Gantz et Ehoud Barak. Lorsque l’objectif principal est de fusionner les partis (avant les élections) et l’unité (gouvernementale après les élections), le gouffre n’est clairement pas un gouffre, le fossé n’est pas un fossé. Seul le vide est en effet le vide.

Non pas qu’il n’y ait pas de différences. Elles sont d’ordre rhétorique. Une personne se fait entendre au sujet de son racisme et en est même fière, tandis qu’une autre le camoufle. Une personne se contente de belles paroles en faveur de valeurs universelles comme la justice, l’égalité, la paix et le droit international, tandis qu’une autre le dénigre. Mais enlevez les slogans, et il n’y a pas de différences, seulement des disputes personnelles. Regardez comme les partis fusionnent facilement de nos jours [pour les élections]. Le seul obstacle est de savoir qui sera placé sur la liste pour la Knesset [parlement]. Personne ne se soucie du reste. Les partis sans programme et les listes électorales sans direction s’unifient facilement, il suffit de régler le problème de l’ordre des positions éligibles sur ces listes.

Pourquoi l’unité est-elle le but de toute façon, et pour quoi faire? A la fin de toutes ces discussions sur l’unité et les syndicats [Amir Peretz, ancien dirigeant de la centrale syndicale, l’Histadrout, a pris la tête du parti travailliste; il fut aussi ministre de la Défense], l’uniformité nous attend. Comme la campagne de Tzav Piyus [Devoir de réconciliation, parti créé en 1996] par laquelle les Juifs séculiers estiment les sentiments des Juifs religieux, ainsi l’unité s’aligne derrière la droite. C’est comme ça quand la droite, même l’extrême droite, est considérée comme correcte et la gauche, même la gauche modérée, comme une malédiction.

La prochaine Knesset disposera à nouveau d’une majorité absolue et totalitaire pour une orientation, à l’exclusion de toutes les autres. Plus de 100 des 120 députés seront sionistes, et un nombre incroyablement similaire est partisan de l’occupation. Une telle majorité n’existe pas dans une quelconque démocratie.

Le sionisme est une idéologie comme une autre. Vous pouvez être pour ou contre, ou penser que son temps est révolu. Mais pas en Israël. Un Israélien juif ne peut pas être non sioniste. Le sionisme est une religion obligatoire. C’est le premier cas de coercition religieuse par ici.

Personne n’essaie de clarifier ce que signifie le sionisme aujourd’hui. C’est une vache sacrée. Aucun parti n’ose le contester, le moderniser ou s’y opposer, sauf les Haredim [«Craignant-Dieu, ultraorthodoxes] – dont la plupart sont des sionistes loyaux dans la pratique –, et les Arabes, qui y sont en quelque sorte autorisés. Ce qui est encore plus étonnant, c’est le soutien complet pour la poursuite de l’occupation. A l’exception de la Liste commune [entre Hadash – lié entre autres au PC israélien – et trois formations arabes], aucune formation ne brandit la bannière d’une opposition à l’occupation. Avec à sa tête Ehoud Barak, le Meretz ne peut plus correspondre à cette caractéristique; le parti travailliste ne l’a jamais été.

Quand tout le monde est sioniste et soutient l’occupation, ou du moins ne propose pas d’y mettre fin, il n’y a pas de réelle différence d’opinions. Tout le monde est même d’accord sur les guerres menées ici, au moins quand elles commencent. Et même le drapeau que le centre-gauche essaie de brandir, celui de la bataille pour la démocratie et la préservation du système judiciaire, est le drapeau des hypocrites. Les partisans de l’occupation n’ont pas le droit de parler de démocratie, ni d’indépendance des tribunaux, eux qui ont approuvé de manière effrayante et routinière la demande de l’establishment de la défense de détruire 70 appartements à Jérusalem-Est [à Wadi Hummus, sous le prétexte d’être trop proches de la barrière de séparation, décision validée par la Cour suprême], et aucun de ces gardiens sacrés du statut des tribunaux n’a ouvert la bouche.

Les élections israéliennes sont un divertissement, comme tous les autres divertissements à la télévision. Les médias soulèvent des tensions artificielles sur qui gagnera et qui sera perdant, comme dans toute émission de téléréalité. Les résultats seront aussi inévitables que les résultats de ces quiz absurdes. Juste pour le souci du changement, il faut ici des politiciens qui ont quelque chose à offrir. (Article publié dans Haaretz en date du 1er août 2019; traduction rédaction A l’Encontre)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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