France: le poids des mots, le choc des fachos

Par Hubert Huertas

La mort du jeune Clément Méric, militant d’extrême gauche [se revendiquant de l’anarchisme antifasciste avec une conviction raisonnée], nous ramène quelque part à l’affaire du cimetière de Carpentras. Même emballement émotionnel qui peut conduire à juger avant de savoir, même légitime dégoût public, même demande de dissolutions, à l’époque on exigeait la tête du Front National. Une différence tout de même. A l’époque les partis politiques, et même le Président de la République, étaient en tête des manifestations, cette fois ils sont dénoncés, ou conspués en bloc.

Ce rejet global s’explique en partie par la nature des protagonistes du drame. Des militants d’extrême gauche et des militants d’extrême droite, donc des gens totalement opposés sur le plan des idées, mais unis quelque part dans un rejet du système.

Mais en vingt ans la condamnation des politiques, jetés tous dans le même sac, a gagné du terrain bien au-delà de ces courants. Sans doute parce que depuis quarante ans, c’est-à-dire depuis la première crise du pétrole [première récession généralisée, 1974-1976, dans les pays capitalistes avancés, avant celle plus «mondialisée» de 1981-1982] et en dépit des alternances droite gauche, le mot crise est inscrit à toutes les pages, avec le chômage, la précarité, la misère parfois, et que le discours permanent se réduit à l’apologie d’une espèce de civisme du sacrifice, et que les politiques passent pour complices ou impuissants.

Cela dit, cette impuissance collective ne doit pas occulter les responsabilités personnelles. Il est clair que cet événement s’inscrit dans un climat particulier en France. Certains des opposants au mariage homosexuel, en s’appuyant sur la rue, ou en voulant la flatter, ont adopté, dans le discours, la posture des extrémistes [entre les catholiques intégristes de Civitas qui ont accueilli, de facto, dans leurs manifestations les groupes ouvertement fascistes et qui le faisaient voir].

C’est à l’Assemblée nationale, après tout, qu’on a vu les premières bagarres, quand des députés sont descendus vers le banc du gouvernement pour essayer de frapper un fonctionnaire qui, paraît-il, riait en les écoutant!

C’est le député Hervé Mariton, qui, après cent cinquante heures de débat a parlé de «coup d’Etat institutionnel», et l’ancien conseiller présidentiel [de Sarkozy] Henri Guaino de «coup de force législatif».

C’est des rangs de la droite parlementaire que sont montées, après des exactions et des violences inexcusables, et qui ne concernaient qu’une poignée de manifestants, des justifications du style «c’est la faute au gouvernement». Ces circonstances atténuantes ont été entendues comme des laissez-passer, voire des laissez-casser.

C’est l’égérie du mouvement [Frigide Barjot, de son vrai nom Virginie Tellenne, liée à la bourgeoisie conservatrice de Lyon, dont le père entretien des liens avec Jean-Marie Le Pen, qu’il reçoit dans son château de Rillieu-la-Pape, dont le mari a travaillé pour Charles Pasqua; elle se dit «catho-branchée»] qui s’est elle-même écriée: «Hollande veut du sang, il en aura.»

Eh bien le voilà, il est versé.

Bien sûr, les discours des tribuns n’ont jamais de relation directe avec les actes des extrémistes, mais ils installent un certain climat. Quand les responsables, sous couvert de discours décomplexés, se mettent à lâcher leurs mots, les exaltés les reçoivent cinq sur cinq.

Et ils lâchent leurs coups. (Billet de H. Huertas, France culture, 7h36)

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