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octobre 2019

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La Brèche

Entrer en résistance climatique avec Greta

Publié par Alencontre le 1 - février - 2019

Greta Thunberg

Depuis le 20 août 2018, une jeune suédoise âgée de 15 ans Greta Thunberg a initié une présence devant le parlement de Suède, un jour par semaine. De fait, elle a engagé une «grève scolaire» pour stimuler un mouvement qu’elle envisage comme collectif [1]. Il s’agit de créer ce qu’elle nomme «une résistance climatique». Au même titre que la résistance engagée par des populations contre l’occupation d’une force militaire ennemie, répressive. Ou encore pour se défendre face à un danger grave et imminent. Face à la crise climatique, résistance et défense sont impératives, nécessaires, vitales.

«La crise climatique: enjeu clé de notre époque»

Greta Thunberg a expliqué son action de la sorte: «Comment suis-je censée me sentir en sécurité quand je sais que nous sommes confrontés à la crise la plus aiguë de l’histoire de l’humanité? Quand je sais que si nous n’agissons pas maintenant, il sera bientôt trop tard. La première fois que j’ai entendu parler du réchauffement de la planète, j’ai pensé : ça ne peut pas être vrai, ce n’est pas possible que quelque chose soit assez grave pour menacer notre existence même.

«Parce que sinon nous ne parlerions de rien d’autre. Dès que vous allumeriez la télévision, tout serait consacré à ce problème. Manchettes, radio, journaux, vous ne liriez jamais ni entendriez parler de rien d’autre. Comme si une guerre mondiale faisait rage.

«Mais en fait, personne n’en parlait… et s’ils le faisaient ce n’était jamais conforme aux déclarations des scientifiques. L’autre jour, j’ai regardé un débat entre les chefs de parti à la télévision. Et j’ai vu comment ils étaient autorisés à rester là, filmés, et à mentir. Ils ont déclaré qu’il n’était pas logique de s’efforcer de réduire les émissions de la Suède car nous étions un « modèle ». Que nous devons nous concentrer sur l’aide à d’autres pays à réduire leurs émissions… Je ne comprends pas comment ils peuvent être autorisés à mentir comme cela à la télévision. Peut-être que beaucoup d’adultes pensent que la question du changement climatique est difficile à comprendre ? c’est peut-être pourquoi, chaque fois qu’il y a une émission télévisée sur le climat, elle se transforme en télévision pour enfants?

«La crise climatique est l’enjeu clé de notre époque… Or tout le monde croit que nous pouvons résoudre cette crise sans effort, sans sacrifice… c’est comme si les passagers du Titanic, après la collision avec l’iceberg, s’étaient assis pour discuter des histoires que les survivants pourraient se raconter et comment cela les rendrait célèbres. Ou du nombre d’emplois créés pour aider les survivants.»

Tout ce que qu’a écrit Greta Thunberg peut être repris, tel quel, pour ce qui concerne la Suisse. Selon le communiqué du WWF (10 décembre 2018) la Suède est classée 4e et la Suisse est classée 9e, derrière la Grande-Bretagne!

Chacun et chacune a l’expérience de la production massive de produits dont l’obsolescence (un vieillissement volontairement accéléré par les responsables des grandes firmes productrices) est programmée.

Chacun et chacune sait que l’essentiel des voitures sont produites pour subir la même désuétude programmée: mais ici ce qui compte, c’est l’image de marque et pas l’utilité concrète et durable. Cela prend le dessus face à des dépenses nécessaires pour développer un réseau complet de transports publics, qui ne néglige aucune région habitée.

Mais l’économie suisse, qui ne produit pas de voitures, reste un marché test pour les voitures dites de pointe, vendues avec le logo «ligne suisse». D’ailleurs les affiches mondiales proposant le SUV 4×4 dernier modèle prennent plus de place que les affiches mondiales pour les CFF ou les transports urbains publics.

Et quand il y a surproduction de voitures, ce qui est le cas aux États-Unis, en France ou en Allemagne, assure des primes – payées par les salariés contribuables – pour changer de véhicule. Ce sont des primes à la casse.

A-t-on le même système de subventions pour abaisser fortement les prix des transports publics, pour assurer au moins la gratuité pour toutes celles et ceux qui sont en formation, dont une partie doit travailler pour financer leurs études.

Prendre soin de l’écosystème implique de «prendre soin» de conditions de vie qui soient socialement justes

En fait, Greta Thunberg pose un problème que l’on pourrait présenter sous l’angle suivant: plus une société prend soin des écosystèmes – c’est-à-dire un ensemble formé par une communauté d’êtres vivants en interrelation (biocénose) avec son environnement (biotope) –, plus elle traite de façon humaine et juste socialement des migrant·e·s à la recherche d’une survie.

Plus une société respecte ses écosystèmes, plus elle crée des conditions de travail égalitaires, par exemple entre hommes et femmes, et des conditions de travail respectant la santé. C’est-à-dire ne la menaçant pas. Les dernières statistiques suisses sur les accidents de travail démontrent la nécessité d’un changement de fond dans ce domaine.

Plus la résistance à la dégradation climatique est forte, plus peut se renforcer la résistance face aux injustices sociales, ressenties de manière collective ou individuelle.

Plus ceux qui dominent une société – c’est-à-dire qui en déterminent les règles – nient la crise climatique, plus ces derniers accroissent la production d’armements et de leurs dérivés et banalisent les guerres. Trump en est seulement la caricature.

Quand les producteurs de flash-ball LBD 40 suisses – la firme Brüger & Thomet sise à Thoune – les vendent à la Gendarmerie ou aux CRS français, sous le prétexte qu’ils puissent «se défendre», il faut se poser une question. Se défendre contre qui? Contre ceux et celles qui résistent à la crise climatique. Le site écologique Reporterre, très visité, fournit assez d’exemples à ce sujet.

Une conclusion temporaire: une société devrait fonctionner à partir des besoins sociaux réels de ses membres. Des besoins démocratiquement discutés pour être le mieux définis. Ce qui aboutirait à donner la priorité à des valeurs d’usage effectives et non pas à des marchandises qui sont de plus en plus vendues grâce à leur «logo», pour reprendre le titre de l’ouvrage de Naomi Klein:  No logo. La tyrannie des marques (2002). Cet ouvrage précédait celui à lire par toutes celles et tous ceux qui veulent entrer en résistance climatique: Tout peut changer. Capitalisme et Changement climatique (2016).

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[1] Manifestation pour «la résistance climatique», gare de Lausanne, 15 heures, samedi 2 février 2019. Flyer écrit avec l’appui de l’action de Greta Thunberg. Responsable de la rédaction: le Cercle La Brèche-Unil, le site alencontre.org, le Cercle de débats Rosa Luxembourg, le Mouvement pour le socialisme.

Pour contact dans le canton de Vaud, écrire à: editions@page2.ch

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