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juin 2019

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La Brèche

Belgique. Marche des jeunes pour le climat: quel est le manifestant type

Publié par Alencontre le 24 - février - 2019

Par Anne-Sophie Leurquin et Pascal Martin

Pour la première fois, une étude objective le mouvement Youth for Climate. Il y a autant de jeunes femmes que de jeunes hommes parmi les manifestants. Les jeunes pointent autant la responsabilité des politiques que la leur.

Combien seront-ils à manifester à nouveau pour le climat, ce jeudi à Bruxelles ? Des milliers à n’en pas douter, le plus souvent des jeunes issus des écoles et des universités de tout le pays. La Suédoise Greta Thunberg, connue pour son combat climatique sous le slogan « Grève de l’école pour le climat », sera des leurs (lire par ailleurs).

C’est dans ce contexte que des chercheurs de l’université de l’Anvers et de l’université de Bruxelles (VUB) font part de l’enquête qu’ils ont menée auprès de 510 sympathisants de Youth for Climate entre le 24 janvier et le 12 février. Ces sympathisants suivent la page Facebook la page Facebook  créée par Kyra Gantois et Anuna De Wever, les initiatrices du mouvement. Le plus souvent, ils y sont arrivés par le truchement des réseaux sociaux.

Un mot d’abord sur la méthode. « Il s’agit d’un échantillon constitué sur base volontaire, explique le chercheur en sciences politiques d’Anvers Ruud Wouters, cela signifie que l’échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble des jeunes qui participent aux marches pour le climat ». Seuls 8,5 % des répondants de l’enquête sont en outre francophones, alors qu’ils représentent vraisemblablement une part plus importante des jeunes « brosseurs climat ». Pour le chercheur anversois, cela s’explique en partie parce qu’une grande partie des membres du groupe Facebook Youth for Climate sont néerlandophones, à l’instar des deux initiatrices des marches, Kyra Gantois et Anuna De Wever.

Le profil du manifestant

Au demeurant, si l’échantillon n’est pas représentatif, il permet de se faire une idée du profil du jeune manifestant. « C’est la seule donnée tangible qui soit actuellement et elle va à l’encontre de certaines idées reçues », précise le chercheur.

L’enquête permet en effet de conclure que les figures de proue des marches pour le climat sont des jeunes femmes, loin devant les jeunes hommes (65,6 % des répondantes contre 34,4 %). Mais côté marcheurs, la participation est presque à parité : 54,4 % de filles pour 57,3 % des garçons. Pour Ruud Wouters, « c’est un résultat assez frappant car les recherches indiquent qu’il y a traditionnellement une sous-représentation des femmes dans les manifestations. Avec les “brosseurs climat”, nous constatons que le fossé entre les genres est pratiquement inexistant. Il s’agit d’un combat qui rassemble tout le monde ».

En moyenne, le manifestant climatique a 17,5 ans et suit l’enseignement secondaire général. Il n’est pas qu’un « brosseur », loin s’en faut : 58,8 % des répondants qui avaient déjà participé à au moins une des marches du jeudi – en séchant donc les cours – ont participé à la marche Rise for Climate du dimanche 27 janvier, jour de congé faut-il le préciser. Une grande majorité (86,5 %) estiment qu’il est important que ces manifestations soient organisées pendant les heures scolaires : la transgression envoie le signal politique qu’ils souhaitent communiquer.

Quels objectifs ?

Tous ou presque marchent au nom de « l’urgence climatique » (97 %). Mais ils entendent aussi « influencer l’opinion publique », « exercer de la pression sur les politiciens ». « Brosser les cours » semble en revanche jouer un rôle insignifiant dans la motivation des jeunes répondants (2,4 %).

Pour les jeunes de Youth for Climate, la complexité du problème impose que différents acteurs collaborent pour trouver ensemble une solution. Le premier responsable de l’état actuel de la situation est à leurs yeux « le gouvernement/les autorités/les politiciens » (50,2 %), qu’ils décrivent comme un acteur qui « ne prend pas suffisamment d’action ». Mais c’est le même monde politique qui, à entendre les jeunes sondés, doit avancer des pistes pour résoudre le problème. L’individu – en tant que citoyen et consommateur – est également souvent cité comme faisant partie de la solution (43,5 %). « Nous leur avons posé des questions ouvertes et nous avons codé leurs réponses, très nuancées. Ils ne font pas que pointer la responsabilité du politique, mais aussi leurs propres leviers d’action. Ici aussi, ça fait apparaître qu’ils sont davantage conscientisés et informés qu’on ne les présente habituellement », estime Ruud Wouters.

Participer à au moins une des manifestations renforce chez les jeunes marcheurs la conviction que des solutions existent. Ils s’accordent presque à l’unanimité sur la nécessité pour la Belgique d’être plus ambitieuse au niveau international pour répondre aux problèmes climatiques (98,8 %)

Notons encore que 56,7 % des répondants auraient voté Groen si des élections avaient été organisées le jour de l’enquête. Ecolo n’aurait remporté 5 % des votes, ce qui peut s’expliquer par la faible présence des francophones dans l’échantillon. PVDA-PTB-GO ne rassembleraient 9 % des voix. (Article publié dans Le Soir, en date du 20 février 2019; https://journal.lesoir.be/; reproduit avec l’autorisation de l’éditeur)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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