
Communiqué d’Anticapitalistas (5 octobre)
Pedro Sánchez a annoncé qu’il avançait la date des élections. Elles se tiendront le 29 novembre prochain. Cette convocation s’inscrit dans un contexte de vives mobilisations autour de la question du logement, qui ont suscité une forte dynamique parmi la population de gauche et la classe ouvrière face à un problème structurel qui se fait de plus en plus pressant.
Ces mobilisations ont réussi à changer le débat public, dans un contexte de montée en puissance, tant au niveau international qu’au niveau national, de l’extrême droite et de la droite conservatrice. Le gouvernement estime que ce contexte est plus favorable à sa réélection, présentant ces élections comme un plébiscite opposant son projet progressiste à la montée réactionnaire.
Cependant, nous devons élargir notre perspective sur la situation actuelle. Les mobilisations et les campements sont le résultat d’un problème que, pendant huit ans, les gouvernements de coalition – d’abord entre le PSOE et Podemos, puis entre le PSOE et Sumar – se sont montrés incapables d’aborder et de résoudre. À l’heure où le progressisme tente de se présenter comme le seul garant des solutions aux problèmes de la classe laborieuse, nous devons renforcer la mobilisation, en lui donnant un caractère unitaire mais indépendant, et en proposant notre propre programme autour de la grève générale [voir ci-dessous l’article de Jaime Pastor du 3 octobre]. Nous devons aborder la question de la propriété des grands fonds vautours et des banques, travailler autour de l’idée d’un parc de logements planifié sous contrôle social, exiger la baisse immédiate des loyers de 50% et lier le loyer à 20% du salaire, limitant ainsi la marge bénéficiaire des rentiers. Il est également essentiel de maintenir des mobilisations fortes, comme celles dans le domaine de l’éducation, en faveur du peuple palestinien ou encore les luttes salariales dans les entreprises. Nous le disons clairement: toutes les conquêtes sociales ont été obtenues grâce à la mobilisation et à la force des salarié·e·s; nous ne devons ni déléguer ni faire confiance aux gouvernements capitalistes pour cela.
C’est pourquoi nous devons maintenir l’hypothèse d’une grève générale pour le logement et œuvrer à sa mise en place. Une grève unitaire, qui revêtira inévitablement un caractère hybride: certains secteurs voudront s’en servir pour cautionner les politiques ratées du progressisme [gouvernement Sanchez et ses alliés], mais c’est une formidable occasion pour nous, les secteurs anticapitalistes, de travailler à la diffusion de notre programme et de nos modalités de lutte. Nous savons que de nombreux travailleurs et travailleuses, inquiets face à la montée de l’extrême droite, voteront pour le progressisme comme un moindre mal. Nous devons œuvrer à la création de structures de pouvoir populaire qui nous permettent, quel que soit le vainqueur, de maintenir et d’étendre le cycle des luttes, afin d’entrevoir d’autres horizons. Sur les grands enjeux, la droite prépare des attaques de grande envergure; le progressisme ne propose que la poursuite d’une politique épuisée, qui ne s’oppose pas au capital et ne parvient pas à dépasser un système de plus en plus dangereux pour la majorité sociale.
C’est pourquoi il est plus nécessaire que jamais de maintenir et d’étendre la lutte ouverte ainsi que l’indépendance politique et, là où cela est faisable et possible dans un délai aussi court, de soutenir et de construire activement des alternatives telles qu’Adelante Andalucía [voir sur ce site les articles publiés le 22 mai et 9 juin], qui constituent un frein à l’extrême droite sans compromis avec la gestion capitaliste. Aller de l’avant vers la généralisation de ces expériences, en élargissant le champ du possible vers une transformation écosocialiste et en plaçant la lutte des classes au cœur de l’action, constitue le meilleur moyen de faire face à la montée de l’extrême droite qui balaye le monde.
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Le pouvoir politique de la résistance aux expulsions (2)

Par Juan Roch et Bea P. de la Cuerda (26 septembre 2026)
Mercredi dernier, le 23 septembre, a eu lieu l’expulsion de María del Carmen Abascal, connue sous le nom de Maricarmen, une femme de 87 ans qui vivait depuis 71 ans dans un appartement loué.
Les détails de cette expulsion et de la brutalité dont a fait l’objet cette femme manifestement vulnérable, ainsi que les personnes qui se sont rassemblées aux côtés du Syndicat des locataires pour tenter de l’empêcher, sont désormais bien connus [1]. Mais, à la date du 26 septembre, ce qui reste encore à déterminer, c’est l’ampleur de son impact social et politique.
Il ne fait aucun doute que cette affaire ébranle l’ensemble de la vie politique en Espagne. La question n’est pas tant cela que d’anticiper et d’évaluer les répercussions que ce bouleversement pourrait avoir. La droite, qui se voit en passe d’accéder au pouvoir grâce à l’usure du gouvernement de Pedro Sanchez, y voit un obstacle, car cela détourne l’attention des scandales [de corruption] que les juges et le PSOE lui-même lui fournissent chaque jour.
Son rôle au service des classes dominantes et du capital ne lui permet pas d’agir avec agilité dans une affaire comme celle-ci, où elle n’a d’autre marge de manœuvre que de défendre les grands investisseurs tout en essayant d’éviter d’être associée à l’inhumanité que représente l’expulsion d’une femme âgée. La quadrature du cercle à laquelle tentent d’échapper les dirigeants du Parti populaire (PP) semblerait compliquée si l’attention publique n’était pas focalisée sur le camp progressiste, qui doit relever un défi encore plus grand: expliquer pourquoi, après huit ans au pouvoir, il n’a pas été en mesure d’apporter la moindre solution face à une catastrophe sociale annoncée. Leur rhétorique, incontrôlée depuis que, au gouvernement, Sánchez et Podemos parlaient sans vergogne du gouvernement le plus progressiste de l’histoire, ne les aide pas non plus. Ces derniers jours, en effet, circulent des images de Sánchez affirmant que les expulsions avaient pris fin, ainsi que de ministres et de dirigeants qui ont fait du logement leur cheval de bataille, mais qui aujourd’hui n’ont même pas réussi à mettre un terme à l’expulsion la plus brutale depuis des années, et encore moins à s’attaquer sérieusement au problème du logement.
Comme en 2008, lorsque la grande crise a éclaté, c’est le mouvement social qui met en lumière les difficultés auxquelles s’affrontent les classes populaires. Il oppose une résistance face à un pouvoir économique déchaîné, qui se sentait plus à l’aise pour exercer sa domination à l’abri des regards mais qui ne cessera de la pratique, même s’il doit le faire au vu et au su de tous. Dans ce cycle, le rôle de premier plan autrefois joué par la PAH (Plataforma de Afectados por la Hipoteca-Plateforme des victimes du crédit hypothécaire) est désormais principalement assumé par le Syndicat des locataires (Sindicato de Inquilinas). Mais dans les deux cas, la mission centrale est la même: grâce à un travail militant, à une constance stratégique et à la lutte sociale, ils ont tenté d’endiguer les expulsions et de mettre en lumière le problème du logement. Ainsi, le drame de Maricarmen – tout comme celui de David, un habitant de Vallecas (arrondissement de Madrid) expulsé le même jour sans bénéficier d’une telle couverture médiatique, ainsi que les 4005 expulsions du premier trimestre 2026 et les 25 540 de 2025 – s’impose comme un événement significatif, comme un moment politique mobilisateur. La question est de savoir si, de par son ampleur, il peut finir par constituer un tournant et le point de départ d’un nouveau cycle au sein de l’État espagnol.
Impuissance et responsabilité du socio-libéralisme
La principale force des socio-libéraux, du moins en Europe, a reposé sur leur capacité à englober l’ensemble de la gauche, en absorbant la direction de tout le spectre politique qui ne se situait pas dans l’espace de la droite. Cependant, ce même succès a son revers. Prendre en charge la gauche à partir de positions expressément socio-libérales implique, pour le dire succinctement, d’admettre que son seul rôle est de redistribuer les excédents du capital tant que tout va bien, et uniquement dans la mesure où cette redistribution n’affecte pas les intérêts sensibles du capital. Cela comporte des limites évidentes, qui sont apparues de manière presque théâtrale au cours des mandats de Zapatero [avril 2004-décembre 2011], lorsque l’on est passé de la croissance et de la répartition des bénéfices à une capitulation totale face à la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne) et à la convocation d’élections qui, comme tout le monde pouvait le prévoir, se sont transformées en une promenade de santé pour la droite. Dans le cas de Sánchez [mandat initié en juin 2018], sa politique est légèrement différente: plus audacieux dans son discours, ses gouvernements ont admis que leur rôle consistait à soutenir l’activité économique et que cela passait par l’acceptation du fait que le logement était et reste l’un des moteurs de la croissance. Le logement, pour le dire clairement, n’a jamais été un véritable droit pour les classes populaires, mais un bien de consommation contraint au sein du système capitaliste. Il convient toutefois de souligner que depuis la crise de 2008, le rôle du logement en tant qu’élément économique a pris une ampleur considérable, notamment dans le cadre du tourisme et de l’économie des plateformes. Ainsi, la crise qui, dans le cas de Zapatero, apparaissait comme un moment dramatique, se présente dans ce cycle comme une crise latente, d’usure, dans laquelle le progressisme n’a d’autre choix que de constater son impuissance. Les dirigeants du PSOE ne semblent pas avoir eu de mal à l’assumer et nous avons dû assister au spectacle pitoyable d’une ministre du Logement Isabel Rodriguez [entrée en fonction en novembre 2023 dans le gouvernement Sanchez III] affirmant que le fonds vautour [fonds d’investissement spéculatif] se moque des administrations, comme si elle-même n’était pas la principale responsable de la politique du logement au niveau de l’État. C’est pénible, mais pas plus que de voir les partenaires de la coalition [Sumar, Podemos] qui ressassent les vieux slogans qui n’ont abouti à aucun progrès en huit ans, ou que le gouvernement annonçant qu’il va ressortir le décret sur le logement qu’il avait rangé dans un tiroir il y a trois mois.
Cependant, cette démonstration d’impuissance ne peut en aucun cas nous amener à justifier la situation, tant s’en faut. Il est clair que la politique de subordination au capital est inefficace et de courte vue, mais il est tout aussi clair qu’un dirigeant peut et doit en être conscient. Le gouvernement progressiste, tant le PSOE que ses partenaires, est responsable de s’être mis aux commandes en s’appuyant sur des principes politiques qui ruinent les classes populaires et laborieuses, et celles-ci doivent lui faire payer le prix sur le plan politique.
Et maintenant, où aller?
Personne n’ignore que le moment est critique dans la politique espagnole: nous faisons face à une année électorale [voir l’introduction concernant les élections anticipées fixées au 29 novembre] où la plupart des sondages prévoient un effondrement des forces au gouvernement au profit d’une droite fragmentée, dans un contexte social très difficile et marqué par de fortes contradictions. D’un côté, l’emploi augmente; de l’autre, les conditions des travailleurs et travailleuses ne cessent de se détériorer. Les classes populaires sont confrontées au dilemme de retirer leur soutien à un gouvernement progressiste qui nous impose toujours plus de travail, mais dans des conditions de plus en plus mauvaises. La question du logement devient centrale et une orientation adéquate sur ce sujet pourrait être la clé pour faire monter en puissance un conflit social qui met en avant deux éléments clés: la légitimité et l’appui social large. Le Syndicat des locataires a réussi à débloquer ces deux aspects – qui ne vont pas toujours de pair; pensons, par exemple, à l’énorme légitimité dont jouit la lutte du peuple sahraoui et à son faible poids social – et il s’agit désormais de lui donner une dimension politique.
Nous vivons une époque vertigineuse où, comme le disait Daniel Bensaïd, des bonds politiques équivalents au travail de décennies peuvent se produire. Le problème que nous n’avons pas forcément à l’esprit, c’est que la droite tire elle aussi parti de cette époque de changements rapides, et qu’au cours de la dernière décennie elle l’a fait davantage et mieux que nous. Il s’agit donc de renverser cette tendance avec une politique qui s’articule autour de l’urgence du logement et des besoins des classes populaires afin d’intensifier le conflit et de lui donner une orientation radicale en s’appuyant sur le «sens pratique» de la majorité: baisse des loyers, contrats à durée indéterminée, indexation des hausses non pas sur l’IPC (Indice des prix à la consommation) mais sur la croissance moyenne des salaires, expropriation des logements détenus par les fonds vautours et les banques, plafonnement des loyers à 20% du revenu salarial. Qu’on ne puisse pas vous expulser de votre logement, que votre logement ne coûte pas plus cher que ce que vous gagnez, que les grands fonds ne spéculent pas sur les logements dont nous avons besoin pour vivre. Ce sont là des revendications que le gouvernement progressiste ne peut accepter, ne peut mettre en œuvre, mais qui expriment la volonté commune des classes populaires, une volonté revendicative qui bénéfice actuellement d’un moment privilégié pour se manifester et faire valoir son poids. C’est quelque chose qui commence à se produire de même avec la question palestinienne: au début, nous étions très peu nombreux à parler de génocide; aujourd’hui, la vérité s’est frayé un chemin, même si elle semblait radicale au départ. Si cette logique ne trouve pas sa place dans l’action politique du gouvernement, qu’un autre prenne la relève. Qu’il y ait un espace pour le travail politique d’une gauche ancrée dans les besoins communs et dans une radicalité démocratique qui réaffirme la satisfaction des besoins matériels. Comme le disait le vieux Marx, «De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins» (Critique du Programme de Gotha). Et que celui qui n’est pas capable d’assumer cela s’écarte: il y a de la place pour un projet commun qui, lui, le défend. (Publié dans Viento Sur)
Juan Roch et Bea P. de la Cuerda, militants d’Anticapitalistas Madrid
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[1] Le quotidien El Salto du 23 septembre écrit: «La mobilisation historique des riverains et des syndicats qui s’est déroulée mercredi matin le 23 septembre – plus de 400 personnes – n’a pas réussi à empêcher que la quatrième tentative d’expulsion de Maricarmen aboutisse à l’expulsion de cette habitante de 87 ans du quartier du Retiro, qui se retrouve à la rue sans solution de relogement. Au cours d’un déploiement policier disproportionné qui a débuté à 6 heures – près de 15 fourgons de police et des dizaines d’agents des forces de l’ordre –, cette octogénaire a été expulsée ce midi de ce qui était son domicile depuis l’âge de 17 ans. Plus de 300 personnes s’étaient rassemblées depuis l’aube du 22 septembre pour empêcher cette issue. Urbagestión, Desarrollo e Inversión, S.L., le fonds qui a acquis la propriété de son logement, a refusé à tout moment d’accepter une négociation avec le Syndicat des locataires et l’avocate de Maricarmen lorsque la commission judiciaire s’est présentée au domicile. La présence citoyenne au moment de l’expulsion a été massive, suite à l’appel lancé la veille lors des concerts de protestation organisés en signe de soutien et de solidarité.» (Réd. A l’Encontre)
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«Le logement: une situation intenable. Un décret de Sanchez insuffisant» (3)

Par Gloria Marín et María Gómez Garrido (3 octobre 2026)
Les luttes engagées face à l’expulsion cruelle de Maricarmen ont permis de mettre un visage sur une réalité intenable en Espagne: l’impossibilité d’accéder à un logement pour une grande partie de la population résidant dans ce pays et la violence d’un système prédateur qui expulse les personnes de leur domicile [4000 expulsions depuis le début de l’année] et les condamne à la pauvreté dans le meilleur des cas. En réalité, chaque semaine, une Maricarmen est expulsée. Mais une conjonction de facteurs a permis de mettre cette réalité en lumière.
Face à la pression de la rue et à la question évidente «comment en est-on arrivé là?», le gouvernement a réagi en tentant de présenter rapidement une proposition législative, qui est arrivée trop tard et qui, bien que nécessaire, reste insuffisante pour s’attaquer au problème structurel du logement. Quoi qu’il en soit, la droite (PP, VOX et Junts de Catalogne) a voté contre ces décrets, mettant ainsi en évidence son alignement sur les intérêts des rentiers.
Dans cet article, nous analysons pourquoi les décrets élaborés par le gouvernement et approuvés en Conseil des ministres étaient insuffisants et ne parvenaient pas à s’attaquer pleinement à un problème structurel dans ce pays. Nous aborderons cette question à travers les problématiques des expulsions, des loyers et de la spéculation.
Expulsions
Le premier décret, présenté séparément, proposait un moratoire sur les expulsions des personnes en situation de vulnérabilité jusqu’au 31 décembre 2030.
Au-delà du fait qu’un moratoire ne constitue pas une véritable solution au problème de l’expulsion d’un logement, ce décret était formulé de manière peu réaliste.
L’article 1er précise que les expulsions de personnes vulnérables ne disposant d’aucune alternative de logement sont suspendues «jusqu’au 31 décembre 2030, pour les procédures dans lesquelles le bailleur est toute entité, dotée ou non de la personnalité juridique, se consacrant à l’acquisition de biens immobiliers ou de portefeuilles de prêts hypothécaires impayés à un prix nettement inférieur à leur valeur estimée sur le marché». Ce décret aurait été extrêmement compliqué à appliquer. Qu’est-ce qu’un prix «nettement inférieur» à la valeur d’expertise du marché pour le tribunal saisi des procédures d’expulsion? Des évaluations de marché seraient-elles commandées pour chaque procédure judiciaire? Et si cela faisait l’objet d’un recours avec des évaluations contradictoires? Comment déterminer si un prix est «nettement inférieur» à la valeur expertisée du marché? D’autre part, pour une telle entité, quelle part des biens immobiliers qu’elle achète devrait-elle l’être à un prix inférieur à celui du marché? Dans le «bouclier social» adopté en mars 2020, puis supprimé en février par les votes des mêmes partis qui ont rejeté le dernier décret (PP, Vox et Junts), ce qui faisait la différence, c’était le fait d’être un grand propriétaire, c’est-à-dire de posséder plus de 10 logements, ce qui est facile à prouver. On comprend que ce décret visait à lutter contre les agissements spéculatifs menés par d’autres acteurs, mais la formule choisie est difficile à mettre en oeuvre. De plus, toutes les entités ou personnes qui accumulent des biens immobiliers à des fins spéculatives ne le font pas nécessairement en dessous du prix du marché.
La deuxième mesure, qui aurait été d’application générale, comportait plusieurs améliorations: d’une part, la possibilité de faire valoir la vulnérabilité du locataire directement en vertu des dispositions de l’article 441.7 du Code de procédure civile-Ley de Enjuiciamiento Civil [évaluation de la vulnérabilité économique et sociale des occupants lors des procédures d’expulsion], sans devoir passer par un rapport de vulnérabilité; d’autre part, l’instauration d’un réexamen annuel de la suspension de l’expulsion afin de vérifier la situation de la personne ou de la famille concernée. Cette mesure aurait permis aux tribunaux de ne pas agir sous la pression des propriétaires pour procéder à l’expulsion.
Mais l’un des principaux problèmes pour prouver la vulnérabilité d’une personne ou d’une famille réside dans le fait que l’IPREM (indicateur qui fixe le seuil de revenus à partir duquel des aides sont accordées et à partir duquel une personne ou une famille est considérée comme en situation de vulnérabilité) est gelé depuis des années. Il s’élève actuellement à 600 € brut par mois. Alors que le coût du logement (et de la vie) a explosé. Ainsi, certains ménages ne peuvent pas payer leur loyer car leur salaire n’y suffit pas, mais ne peuvent pas non plus trouver de solution alternative de logement car ils ne remplissent pas les critères fixés par l’IPREM. Pour se faire une idée des limites de cet indicateur, on constate que, dans les périphéries de nombreuses villes, ont proliféré des campements où des travailleurs en activité, disposant d’un contrat et d’une fiche de paie, vivent dans des cabanes de fortune, des fourgonnettes ou même des voitures, car ils ne peuvent ni accéder à un logement locatif, ni remplir les conditions requises pour se voir proposer une solution de relogement.
Loyer et mesures visant à freiner la spéculation
Les décrets comportaient certaines mesures importantes visant à atténuer la spéculation, sans pour autant résoudre entièrement le problème. La spéculation effrénée est la conséquence de décennies de politiques de logement qui ont favorisé cette dynamique, en faisant du logement un actif du marché (et un élément essentiel du moteur de l’économie libérale). La spéculation implique des investisseurs de grande, petite et moyenne envergure, qui font de cette activité leur principale source de revenus. Par ailleurs, il existe une part non négligeable de la population qui tire des revenus locatifs en complément de son salaire et qui peut, ou non, participer à une certaine forme de rentisme.
Au-delà du parcours historique d’un État dont les politiques, sous le franquisme, ont encouragé l’accession à la propriété sans jamais faciliter l’accès à des loyers abordables, le problème réside dans la manière dont la crise de 2008 a été gérée. À cette époque, on a assisté à un transfert massif de la propriété des logements vers d’autres types d’entités: successivement vers les banques, les grands fonds d’investissement, les fonds de moindre envergure, les sociétés immobilières et, dans la dernière phase, vers des particuliers. Actuellement, et compte tenu de la reconversion des logements à loyer modéré qui ont été libéralisés au prix du marché, il n’existe pratiquement plus de parc de logements sociaux, pas plus qu’il n’existe de parc de logements abordables. De ce fait, de nombreuses personnes se retrouvent contraintes de se tourner vers la location au prix du marché.
D’autre part, la demande soutenue en matière de location (qui, depuis la pandémie, inclut des profils à hauts revenus qui ne travaillent pas et ne cotisent pas en Espagne) a fait exploser les dynamiques spéculatives dans un contexte d’urgence en matière de logement: hausses de près de 70% du montant des loyers au cours des cinq dernières années (100% dans des endroits comme Majorque), transformation de baux de longue durée en baux temporaires sans aucune justification par rapport à l’usage réel du logement, fragmentation des logements pour les louer à la chambre, etc.
Le deuxième décret sur le logement proposait des mesures importantes pour faire face à ces situations, telles que le renouvellement automatique des baux sauf en cas de motifs justifiés, cherchant ainsi à mettre un frein à la logique spéculative qui est à l’origine de tant d’expulsions silencieuses. Il proposait également de limiter la location temporaire (ce qui est déjà prévu par la jurisprudence, mais qui n’est pas suffisamment garanti par la réglementation) et de restreindre la location à la chambre. L’idée était bonne: mettre des obstacles aux utilisations alternatives plus rentables que la location d’un logement à usage habituel.
En ce qui concerne la spéculation immobilière en tant que pratique courante, le deuxième décret proposait d’empêcher, bien que seulement jusqu’en décembre 2028, l’achat de biens immobiliers à un prix inférieur à 70% de leur valeur estimée sur le marché. C’est là qu’apparaît, une fois encore, une limite de ces décrets: la manière de définir quel type d’activité constitue une pratique spéculative. Le problème central n’est pas que quelqu’un achète un logement à un prix inférieur à celui du marché pour ensuite le louer ou le revendre à un prix plus élevé: le problème réside dans l’achat d’un logement en tant que valeur d’échange et non de jouissance, l’achat d’un logement sans intention de l’habiter. Des logements achetés au comptant, sans crédit immobilier, des logements achetés par téléphone sans même les avoir visités… Pour faire face à cette jungle spéculative, qui exclut ceux qui cherchent un logement pour y vivre, il faut précisément interdire l’achat d’un logement à des fins autres que l’habitation: rétablir la valeur d’usage du logement, ce qui est encore loin d’être au cœur des décrets proposés par le gouvernement.
Pour toutes ces raisons, ces propositions étaient certes nécessaires, mais insuffisantes pour s’attaquer au problème structurel du logement. Et elles sont arrivées trop tard. Plusieurs partis de droite (PP, Vox et Junts) ont fait échouer ces mesures, mettant ainsi partiellement en évidence un conflit politique lié à la lutte des classes.
La suite des événements dépendra de ce que nous pourrons construire dans les rues, dans les quartiers, sur les lieux de travail. Il est important que le cycle de luttes qui vient de s’engager puisse s’élargir: la démarchandisation du logement ne peut avoir lieu que si d’autres domaines de la vie qui y sont liés, tels que la santé ou les soins, sont également démarchandisés. (Publié dans Viento Sur)
Gloria Marín est militante pour le droit au logement au sein de la PAH d’Elx-Crevillent (province d’Alicante). Membre de la rédaction de Viento Sur María Gómez Garrido est membre de la rédaction de Viento Sur.
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«Le 26 septembre marque le début d’un nouveau cycle politique. Délégitimer le rentiérisme immobilier» (4)

Par Jaime Pastor (3 octobre 2026)
L’histoire de la lutte des classes est jalonnée de moments et d’événements qui marquent un avant et un après et deviennent les détonateurs de manifestations massives et de révoltes qui élargissent le champ du possible. Cette fois-ci, le paysage politique et social de l’État espagnol a radicalement changé en une semaine: les manifestations et, surtout, le vaste campement de la place del Sol à Madrid à partir du 26 septembre, à la suite de l’expulsion scandaleuse de Maricarmen, âgée de 87 ans, se sont transformés en une explosion sociale qui marque, comme le revendique à juste titre le Syndicat des locataires, l’ouverture d’«un nouveau cycle politique venant de la base».
À cette occasion, le mouvement pour un logement décent a joué un rôle central, devenant un point de référence et de rencontre pour les différentes luttes qui se déploient sur divers fronts, tels que l’éducation, le féminisme, l’écologie, les conditions travail, les luttes antiracistes et antifascistes, et dans les luttes qui s’opposent aux formes très diverses de précarisation de nos vies.
La preuve en est la convergence d’activistes issus de collectifs sociaux et politiques très divers et de toutes les générations au sein des campements – devenus de véritables lieux de rencontre –, ainsi que dans les manifestations qui se multiplient un peu partout, sans oublier l’écho que trouve cette explosion sociale et politique à l’échelle internationale.
On parle beaucoup du mouvement du 15 mai 2011 [mouvement des Indignés qui répondait à l’appel «¡Democracia Real Ya!»] comme antécédent. Sans aucun doute, le point commun le plus évident sur le plan symbolique est leur point de départ commun à la Puerta del Sol à Madrid. Mais il faut rappeler qu’en 2011 le contexte international et l’élément déclencheur (la Grande Récession de 2008 et le choc d’austérité déclenché par la troïka et Zapatero), ainsi que les traits qui caractérisaient cette génération, sont très différents de ceux d’aujourd’hui, même s’il existe un fil conducteur dans la lutte pour un logement décent qui était déjà à l’époque l’une de ses principales aspirations.
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À ce moment historique, après l’échec du sociolibéralisme et du populisme de gauche, et avec pour toile de fond l’aggravation de la crise écosociale et climatique, la montée d’un autoritarisme réactionnaire et ultralibéral – dont le génocide de Gaza constitue l’expression ultime – est la tendance dominante à l’échelle internationale qu’il faut combattre. Face à cela, nous observons des signes encourageants avec l’émergence, enfin, de nouvelles résistances et de nouveaux acteurs sociaux et politiques dont les discours et les revendications remettent en cause, à des degrés divers, non seulement un régime politique ou l’extrême droite, mais aussi un capitalisme prédateur de tout ce qui vit. C’est ce qu’expriment les nombreuses vagues de protestation menées par la Génération Z dans différentes parties du monde, ainsi que les nouveaux processus de repolitisation qui vont au-delà d’une simple lutte pour la régénération politique du système.
C’est cette même voie qui s’ouvre ici et maintenant, dans ce nouveau cycle politique lancé par le mouvement pour le logement.
Il suffit de se promener dans la rue Maricarmen, l’avenue du 26 septembre, la Komuna de Sol, ou de lire les slogans des banderoles, tels que «Make Israel Palestina Again», qui trônent au-dessus du campement de Madrid, ainsi que l’exemple d’auto-organisation autour d’un nouveau mode de co-vie dans ces campements, dans toute leur diversité, pour constater cette convergence symbolique de références et d’imaginaires.
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Le rejet des deux décrets sur les normes minimales présentés par le gouvernement de coalition au Parlement vendredi 30 a été une nouvelle goutte qui a fait déborder encore davantage le vase de l’indignation et de la colère qui traversent le mouvement [voir ci-dessus l’article de Gloria Marín et María Gómez Garrido]. Et cela a également confirmé que la surprise annoncée du vote de Junts per Catalunya contre ces décrets – malgré les concessions faites par le gouvernement à ses revendications dans le cadre de sa (fausse) défense des petits propriétaires – n’en était pas vraiment une: Junts a très bien compris que la lutte autour du logement est un conflit de classes et qu’elle ne pouvait se traduire par une abstention susceptible de l’éloigner du capital rentier qui la soutient.
Après cette défaite parlementaire concernant des décrets qui restaient bien en deçà des exigences du mouvement, il semble probable que lundi 5 octobre, Pedro Sánchez se décide à convoquer des élections législatives pour le 29 novembre [voir l’introduction]. S’il le fait, ce ne sera pas seulement en raison de cette défaite, mais aussi parce que cette convocation interviendra dans un contexte très différent de celui que l’on pouvait craindre après la crise de Ceuta et son exploitation par le bloc réactionnaire afin de provoquer une nouvelle vague de racisme et de nationalisme espagnol qui favoriserait sa victoire électorale. Cependant, le contexte a désormais changé, comme en témoignent les slogans qui résonnent dans les manifestations: «les envahisseurs, ce sont les investisseurs», c’est-à-dire le capital rentier mené par les fonds vautours transnationaux, et non les personnes racialisées qui aspirent à un emploi et à une vie digne.
Nous savons toutefois également que tant des facteurs d’ordre international – comme les élections de mi-mandat aux États-Unis ou la guerre en Iran – que des facteurs nationaux – comme l’inflation ou la prolongation de la crise de Ceuta – peuvent influencer l’évolution de la conjoncture politique et l’orientation que pourraient prendre les troubles sociaux au cours des prochains mois.
Vers la grève générale pour le logement
Quelle que soit l’issue, ce mouvement poursuivra son chemin, qui, dès le début, s’est montré critique envers la responsabilité du dirigeant du PSOE (Pedro Sanchez) dans l’aggravation de la crise du logement au cours des huit années de gouvernement progressiste.
La force collective acquise grâce à la lutte contre l’expulsion de Maricarmen – qui a remporté une victoire sans précédent en obtenant qu’elle puisse réintégrer son logement – lui confère la légitimité nécessaire pour proposer une grève générale pour un logement décent face à un système de rentiers qui a été complètement délégitimé aux yeux de la majorité sociale. Un engagement qui se poursuivra, qu’il y ait ou non des élections à court terme et «quel que soit le gouvernement en place», aujourd’hui et lors de la nouvelle législature, comme l’affirme le mouvement.
Pour cela, la convergence avec l’ensemble des syndicats de travailleurs et travailleuses et les différents mouvements en lutte, comme celui de l’éducation – qui dispose déjà de son propre calendrier de mobilisations pour ce mois d’octobre –, sera fondamentale car il s’agit d’une lutte de l’ensemble de la classe laborieuse.
Certains syndicats, comme la CGT et la Plateforme syndicale [alliance regroupant les principaux syndicats indépendants], ont déjà exprimé leur soutien et, bien qu’avec une certaine prudence, les directions des CC OO et de l’UGT se sont ouvertes au dialogue avec le Syndicat des locataires au sujet de cette proposition de grève générale. Espérons que ce processus progressera car, comme l’ont déclaré ces directions syndicales dans leur communiqué conjoint («Après le revers essuyé au Parlement, l’UGT et les CC OO appellent à la mobilisation sociale pour rendre l’accès au logement plus digne»), publié le 2 octobre, «la crise du logement est aussi une crise des salaires. Les hausses salariales convenues dans les conventions collectives ou l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel ne servent pas à grand-chose si le loyer ou l’hypothèque les absorbent mois après mois».
Il ne fait aucun doute que nous sommes confrontés à un défi de taille qui exige un travail considérable d’auto-organisation et d’unité d’action de la part des différentes organisations sociales et politiques dans les quartiers et sur les lieux de travail, mais qui peut compter sur le soutien majoritaire de la population, comme vient de le révéler un récent sondage [73% des Espagnols et plus de 60% des électeurs du PP et de Vox sont favorables à une grève générale telle que celle réclamée par le Syndicat des locataires, elDiario.es, 2 octobre 2026].
Dans ce processus de mobilisation, il faudra s’efforcer d’obtenir des avancées partielles – telles que la réduction du montant des loyers, des baux à durée indéterminée, l’indexation des hausses non pas sur l’IPC mais sur la croissance moyenne des salaires, l’expropriation des logements détenus par les fonds vautours et les banques, ou encore la limitation du loyer à 20% des salaires – sur ce front et sur d’autres, afin de continuer à progresser dans la construction d’un pouvoir populaire. (Publié dans Viento Sur)
Jaime Pastor est politologue et membre de la rédaction de viento sur
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La classe, les manifestations: notes sur le soulèvement social autour de la question du logement (5)

Par Juanjo Álvarez et Raúl Camargo (3 octobre 2026)
Le vendredi 2 octobre a vu se concrétiser le premier résultat de l’événement qui a secoué la scène politique en Espagne, avec le vote au Congrès des deux décrets que le gouvernement avait présentés pour tenter de répondre au mouvement en faveur du logement. Ces deux textes avaient été négociés à la hâte et constituaient une tentative du PSOE et de ses alliés de faire un dernier effort pour ne pas arriver à bout de souffle au moment où s’ouvrira, inévitablement, le nouveau cycle qui commencera dans les prochaines semaines. La tension sociale que la question du logement fait naître dans la vie de la majorité de la population s’est transformée en tension politique grâce à l’intervention avisée du Syndicat des locataires, à l’expulsion de Maricarmen qui a marqué un tournant décisif, et à la pression exercée dans la rue. Aujourd’hui, la politique espagnole s’oriente inévitablement vers une nouvelle époque et le vote au Congrès constitue une étape de cette transition.
Une étape, mais pas n’importe laquelle. La lutte du mouvement a fait descendre la politique dans la rue et a contraint les institutions à manœuvrer: de l’adoption au Conseil des ministres jusqu’aux négociations et au vote parlementaire. L’ensemble du corps politique de l’État a été secoué ces derniers jours et n’a cessé d’ouvrir des voies de lutte, ce qui a constitué sa meilleure réussite, compte tenu du blocage rencontré sur la voie institutionnelle. Depuis quelques jours, avant même que le Conseil des ministres n’entame le processus législatif qui a échoué hier (le 2 octobre), le mouvement avait commencé à lancer l’appel à la grève générale et à préparer les manifestations, de manière que l’élan de la lutte ne s’essouffle pas avec l’échec du gouvernement. Ce samedi 3 octobre, des manifestations ont rassemblé des centaines de milliers de personnes dans tout le pays, et plus d’un demi-million à Madrid. Les appels à la mobilisation sociale se multiplient dans tout le pays avec une force qui ne faiblit pas, mais qui canalise au contraire la colère collective face à l’échec institutionnel. Nous vivons un moment sans précédent de radicalité politique et sociale, où les masses acceptent et partagent les critiques adressées aux partis du gouvernement progressiste pour leur inaction et leur rhétorique creuse.
Les forces parlementaires, quant à elles, ont suivi une ligne prévisible: la gauche a de nouveau tout misé sur une majorité instable qui, une fois de plus, n’a pas réussi à se constituer pour imposer ses propositions, tandis que la droite et l’extrême droite répètent leurs vieux – et faux – mantras sur la libéralisation et la construction immobilière massive. Il est important de souligner que ces forces de droite, bien qu’elles ne renoncent pas à un ton incendiaire et semblent proches de s’emparer de la Moncloa [résidence du premier ministre et de son gouvernement], ne parviennent pas à faire passer leurs messages et ont sans aucun doute perdu du terrain par rapport à la situation d’il y a quelques semaines, lorsque la crise de Ceuta [voir à ce propos l’article publié sur ce site le 14 septembre https://alencontre.org/europe/dossier-migration-la-crise-de-ceuta-le-maroc-la-necropolitique-migratoire-et-la-montee-du-racisme-1.html] était au cœur de la politique national.
Dans ce contexte, la flexibilité et l’ouverture qui se dessinent au sein du campement de la place del Sol constituent un potentiel particulièrement fort et semblent marquer ce nouveau cycle de mobilisation. Au lieu de la réaction habituelle face aux organisations politiques dont le mouvement social a fait preuve à d’autres moments, la dynamique qui s’ouvre aujourd’hui se montre disposée à nouer des liens avec les partis, aussi à gauche soient-ils, et à discuter sans a priori d’idées de rupture totale avec le capitalisme. À cet égard, le mouvement pour le logement a fait preuve d’intelligence et d’agilité en conservant une posture souple tout en évitant les tentatives de cooptation de la part des forces politiques, en particulier celles qui composent le gouvernement. Ainsi, le coup d’envoi de ce nouveau cycle s’accompagne d’un potentiel renouvelé autour de la question du logement et d’une capacité à nouer des liens qui marqueront l’émergence d’une nouvelle génération militante.
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Le scénario s’ouvre désormais dans un contexte difficile à interpréter: d’une part, il est évident que la période des gouvernements progressistes, qui se sont essentiellement nourris de la peur de l’extrême droite, touche à sa fin. Mais nous ne pouvons pas encore savoir comment évoluera une conjoncture comportant de nombreux éléments, à commencer par le calendrier électoral. Si Sánchez décide de convoquer des élections législatives [article écrit le 3 octobre], la gauche au pouvoir tentera d’absorber le mouvement pour le logement et de tirer parti de son élan pour atténuer le désastre électoral annoncé. Mais il ne semble guère probable qu’elle y parvienne après avoir mis en évidence son impuissance lors des négociations sur les décrets. Il est prévisible que la droite parvienne à former un gouvernement et qu’elle entame, comme elle l’a déjà fait en 1996 [José Maria Aznar] et en 2011[Mariano Rajoy], une période d’activité législative intense qui constituera une attaque en règle contre les classes populaires.
Nous devons être clairs: dans une phase de défaite de la gauche institutionnelle, il ne faut pas apporter des palliatifs aux partis qui ont formé le gouvernement, mais bien défendre les intérêts des classes populaires et faire passer ces intérêts avant les sigles partisans qui les ont monopolisés ces dernières années. Le Syndicat des locataires a su ouvrir une brèche à un moment très difficile, alors que la montée de la droite semblait inévitable, et il le fait grâce à une ligne radicale qui mobilise les jeunes. La tâche qui nous attend consiste à construire de nouvelles expériences politico-électorales qui doivent avoir pour objectif de rétablir les liens organisationnels des classes populaires afin d’atteindre une majorité sociale structurée sur tous les fronts, à la base comme au sommet. Dans ce processus, les scrutins électoraux constituent des moments importants, dans la mesure où ils représentent une condensation de l’activité politique. Mais nous devons éviter de réduire le politique à l’électoral et travailler en permanence pour parvenir à des formes d’organisation qui ne se limitent pas au terrain électoral, mais qui aspirent à former un large pôle de classe capable de lutter dans toutes les sphères de la vie politique. En fin de compte, des scénarios instables s’ouvrent et ce que nous cherchons, c’est de construire une force de classe capable de tirer parti de ces moments de transition rapide pour faire des bonds en avant, des avancées rapides vers les positions politiques qui profitent à la majorité. (Publié dans Viento Sur)
Juanjo Álvarez et Raúl Camargo sont militants d’Anticapitalistas

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