Etats-Unis. «Il ne fait plus aucun doute que Trump souhaite s’immiscer dans les élections de cet automne»

(Capture d’écran)

Par Sam Levine (New York)

Donald Trump a déclenché l’alarme en début de cette semaine en déclarant que son administration devrait «prendre le contrôle du vote» dans certains États à l’approche des élections de mi-mandat en novembre 2026. Cela fait suite à la suite d’une descente sans précédent du FBI dans un bureau électoral en Géorgie [mercredi 28 janvier, les agents ont pénétré dans un bâtiment officiel de Fulton pour saisir des centaines de cartons contenant des bulletins de vote de 2020, ainsi que les listes électorales]. Bien que les experts électoraux affirment qu’il est clair que le président n’a aucune autorité sur les élections, ils avertissent que la rhétorique corrosive du président ne laisse guère de doute quant à ses intentions.

Depuis des mois, l’administration Trump alimente les doutes sur l’intégrité des élections états-uniennes, principalement par le biais de poursuites judiciaires visant à donner l’impression que les États ne font pas assez pour empêcher les électeurs et électrices non éligibles [suite à des condamnations pénales] de voter. Ces efforts se sont considérablement intensifiés la semaine dernière lorsque le FBI a perquisitionné le bureau électoral du comté de Fulton. Peu après la perquisition, Trump a encore intensifié ses attaques, déclarant que le gouvernement fédéral devrait prendre le contrôle des élections.

«Les républicains devraient dire: “Nous voulons prendre le contrôle”?, a-t-il déclaré lors d’une récente interview avec Dan Bongino, l’ancien directeur adjoint du FBI [du 24 février 2025 à janvier 2026, il a relayé de nombreuses campagnes complotistes] qui, suite à son départ, est redevenu animateur d’un podcast. Trump précise: «Nous devrions prendre le contrôle du vote, du moins dans de nombreux endroits, au moins 15. Les républicains devraient nationaliser le vote.»

Les experts en matière de droits démocratiques estiment qu’il ne fait plus aucun doute que Trump souhaite s’immiscer dans les élections de cet automne.

«Nous ne devrions pas attendre que le prochain coup tombe», a déclaré Wendy Weiser, vice-présidente chargée de la démocratie au Brennan Center for Justice [dont les activités sont liées à la New York University School of Law]. «Il y a une véritable volonté de prendre le contrôle de certains mécanismes de nos élections et de jeter les bases d’une ingérence dans les prochaines élections.»

Le président n’a aucun pouvoir sur les élections fédérales, et la Constitution des Etats-Unis est très claire à ce sujet. L’article I, section 4, du texte confère aux États le pouvoir d’organiser les élections. La Constitution stipule que le Congrès peut adopter des règles nationales pour les élections fédérales.

Néanmoins, Trump et ses alliés ont laissé entendre que le président pourrait encore exercer une sorte de pouvoir d’urgence pour prendre le contrôle du processus électoral.

«L’autorité du président est limitée dans son rôle en matière d’élections, sauf en cas de menace pour la souveraineté nationale des États-Unis, ce qui, je pense, peut être établi compte tenu du système vulnérable dont nous sommes dotés», a déclaré Cleta Mitchell, avocate conservatrice et alliée de Trump, lors d’une interview podcast l’année dernière (Democracy Docket, 3 septembre 2025). «Je pense donc que le président envisage peut-être d’exercer certains pouvoirs d’urgence pour protéger les élections fédérales à l’avenir.»

La déclaration d’une urgence nationale confère au président environ 150 pouvoir statutaires, notamment celui de fermer des stations de radio, de suspendre certaines réglementations militaires et de sanctionner des pays étrangers.

Mais aucun de ces pouvoirs «ne donne au président la moindre autorité sur les élections. Le président n’a aucun pouvoir d’urgence sur les élections», a déclaré Wendy Weiser.

Les inquiétudes concernant l’utilisation des pouvoirs d’urgence par le président ont été amplifiées par la présence de Tulsi Gabbard, directrice du Renseignement national (DNI), lors de la perquisition dans le comté de Fulton. Tulsi Gabbard, dont la présence en tant que responsable du renseignement dans une affaire nationale a suscité une indignation généralisée, serait en train d’enquêter sur le matériel électoral et l’ingérence étrangère.

Entre autres, Tulsi Gabbard informe Cleta Mitchell [experte du droit électoral] et Kurt Olsen – un avocat qui a participé aux efforts de Donald Trump pour renverser le résultat de l’élection de 2020 – de son enquête, selon ce qu’a rapporté le Wall Street Journal (29 janvier 2026). Cleta Mitchell a refusé de commenter ces informations, mais a déclaré qu’elle comprenait que les commentaires de Donald Trump portaient plus sur la nécessité de modifier les lois fédérales que sur le vote. Dans un courriel, elle écrit: «Toutes les lois électorales doivent être révisées, mises à jour et réformées en profondeur. Et nous sommes nombreux à y travailler. Il est clair que trop de responsables électoraux à l’échelle nationale considèrent la loi comme une simple suggestion. Et ont mis en place des procédures contraires à la loi. Cela s’est produit à maintes reprises en 2020 et est monnaie courante à chaque élection. Une administration négligente et médiocre et un mépris délibéré des exigences légales fondamentales. Nous le constatons partout.» Il n’existe aucune preuve de fraude généralisée en 2020 ou lors d’autres élections. Or, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a présenté les commentaires de Trump de la même manière de Cleta Mitchell.

Trump a par la suite sapé ces efforts visant à minimiser ses propos [en les centrant sur le changement de loi et non sur la fraude], en critiquant des villes démocrates telles que Philadelphie, Détroit et Atlanta. Il a affirmé: «S’ils ne sont pas capables de compter les votes de manière légale et honnête, alors quelqu’un d’autre devrait prendre le relais.» (CNN, 5 février 2026)

Au-delà des mesures non précisées visant à prendre le contrôle des processus électoraux des États, Trump dispose d’autres moyens pour tenter d’interférer dans le processus électoral.

Steve Bannon, personnalité conservatrice influente et ancien stratège de Trump, a appelé ce dernier à déployer des agents de l’ICE dans les bureaux de vote [voir sur ce thème l’article publié sur ce site le 6 février 2026]. Une telle mesure violerait une loi fédérale qui interdit la présence de troupes fédérales dans et devant les bureaux de vote «à moins que cette force ne soit nécessaire pour repousser des ennemis armés des États-Unis».

«Nous allons faire en sorte que l’ICE encercle les bureaux de vote en novembre. Nous n’allons pas rester les bras croisés et vous laisser voler à nouveau le pays», a déclaré Bannon mardi dans son podcast. «Vous pouvez pleurnicher, crier et piquer une crise autant que vous voulez, mais nous ne laisserons plus jamais voler une élection.»

L’administration Trump a déjà montré sa volonté d’utiliser les pouvoirs d’urgence pour tenter d’étendre l’autorité du président. Au printemps dernier, l’administration Trump a invoqué l’Alien Enemies Act (1798), une loi du XVIIIe siècle qui permet au gouvernement d’expulser des immigrants sans procédure régulière. Les États-Unis, a fait valoir le gouvernement, étaient victimes d’une invasion par le gang vénézuélien Tren de Aragua. Les juges fédéraux ont depuis bloqué cette décision et ont exprimé leur scepticisme quant à la nature légitime de cette «invasion». Trump a également affirmé qu’il disposait de pouvoirs d’urgence pour imposer des droits de douane, bien que la Cour suprême semble prête à rejeter cet argument.

Si Trump parle aujourd’hui de nationaliser les élections, c’est en partie pour tenter de faire accepter au public une idée qui est manifestement illégale.

Wendy Weiser souligne que Trump «tente de faire accepter une idée qui n’a rien à voir avec notre système actuel et qui est en fait contraire à la loi, afin de modifier les attentes de la population quant à ce qui est réellement valable et autorisé. C’est pourquoi la populaiton doit être informée de cela. Car elle doit savoir à l’avance que si cela se produit, il s’agit d’une manoeuvre, d’un complot, d’une tromperie visant à faire accepter l’inacceptable.» (Article publié par The Guardian le 7 février 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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