lundi
15
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Flor Ramirez

Par Ivette Munguía

Moins de 24 heures après que le régime de Daniel Ortega s’est engagé à respecter les droits civils et politiques des Nicaraguayens [dans le contexte de la «négociation nationale» pour «sortir de la crise», à laquelle ont adhéré la nonciature apostolique et les secteurs patronaux, et qu’a rejointe l’Alliance civique en renonçant, de facto, à ses préconditions. Réd.], un militant du Front sandiniste a tiré sur une manifestation dans le centre commercial Metrocentro à Managua. Il a blessé gravement trois personnes. Entre-temps, la police nationale a encerclé et réprimé la manifestation, a arrêté onze personnes avec violence et n’a rien fait pour arrêter l’homme armé. Il est décrit, maintenant, comme une victime.

Les coups de feu ont été tirés lorsqu’un groupe de sympathisants du FSLN (d’Ortega-Murillo), encadré par la police nationale, a lancé des pierres sur les manifestants à l’intérieur du centre commercial. Les manifestants ont également réagi en lançant des pierres. Soudain, un homme identifié comme étant Germán Félix Dávila Blanco est sorti d’un magasin du Centre commercial et a tiré sur les manifestant·e·s.

Au moment des détonations, la police nationale avait encerclé le périmètre du centre commercial, mais les policiers n’ont rien fait pour capturer l’auteur des tirs, de sorte que les manifestants ont attaqué l’agresseur. Simultanément, deux des blessés ont été emmenés dans un véhicule privé à l’hôpital Vivian Pellas. Quelques minutes plus tard, deux ambulances de la Croix-Rouge nicaraguayenne (CRN) ont conduit le troisième blessé et l’agresseur dans le même hôpital.

Selon la version de la police, les coups de feu ont été tirés «au moment de l’agression» des manifestants contre le militant sandiniste Germán Dávila. Cependant, cela n’explique pas pourquoi les forces de la police n’ont pas agi pour rétablir l’ordre et arrêter l’homme armé.

L’Unité nationale bleue et blanche [une vaste alliance de l’opposition mise en place en octobre 2018], qui a appelé à la manifestation, a déploré les événements et confirmé le nombre de blessés et de détenus. «Nous exigeons que le gouvernement respecte les droits des Nicaraguayens et Nicaraguayennes. Nous exigeons la libération immédiate des personnes qui ont été arrêtées et la cessation de la mise sous surveillance des personnes qui ont manifesté civilement dans différentes parties du pays», a déclaré Unité nationale bleue et blanche dans un communiqué.

Des manifestant·e·s agressés par la police

Quelques minutes avant la fusillade, une partie des manifestant·e·s, qui se trouvaient dans le parking du Metrocentro, ont emprunté une rue en brandissant leurs drapeaux bleu et blanc afin de réclamer justice. De suite, ils ont été battus à coups de poing et de pied par des policiers antiémeutes. Plusieurs ont été emmenés par la police.

L’une des personnes arrêtées était Flor Ramírez. Elle est devenue le symbole des protestations pour avoir porté un costume typique et danser le folklore pendant les manifestations. Quelques minutes avant d’être arrêtée de force, Flors Ramírez a élevé la voix pour exprimer sa méfiance à l’égard des accords signés ce vendredi entre l’Alliance civique et la dictature, car pour elle «jusqu’à ce que nous ne voyions pas plus clairement, comment ne pas croire – car Daniel Ortega est un menteur – qu’il nous a trompés. Il a détruit nos vies et un tel menteur ne va pas tenir ses engagements», a-t-elle affirmé.

Nelson Sequeira, journaliste de la chaîne Telenorte d’Estelí, a également été arrêté par les autorités. Alors qu’il tentait de s’échapper, ses agresseurs lui ont confisqué son téléphone portable d’une valeur de 800 dollars. Valeska Rivera et Erasmo Hernandez, deux journalistes Acción 10, ont également été agressés physiquement par la police.

En plus de la manifestation à Metrocentro, il y a eu de petits sit-in dans les Galerías Santo Domingo, où le journaliste Emiliano Chamorro, du quotidien La Prensa, a été agressé verbalement par des sympathisants sandinistes. Des manifestations ont également eu lieu à Tipitapa, Teustepe et León.

Condamnation et rejet de l’agression pro-gouvernementale

Les évêques de la Conférence épiscopale nicaraguayenne (CEN) ont déploré les événements qui ont eu lieu à Metrocentro, où un militant du Front sandiniste a tiré cinq coups de feu sur un groupe de manifestants et où la Police nationale a arrêté sept personnes dans ce lieu.

L’évêque auxiliaire de Managua, Silvio José Báez, a qualifié de «scandaleux qu’aujourd’hui encore au Nicaragua, la police et des civils violents attaquent, emprisonnent et blessent des civils qui manifestent pacifiquement. Il ne s’agit pas d’accords que l’on ne respecte pas, mais d’êtres humains; ce ne sont pas des obstacles mis sur la voie de négociations; il s’agit de l’avenir du pays.» (Article publié dans Confidencial le 31 mars 2019; traduction A l’Encontre)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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