Nicaragua. Après la grève du 23 mai, une nouvelle échéance politique s’annonce

La grève nationale du 23 mai 2019 à Managua

Par notre correspondant
au Costa Rica

La grève politique nationale du jeudi 23 mai 2019 [appelée pour la libération de tous les prisonniers politiques par l’Alliance civique pour la justice et la démocratie] a éclaté comme un missile au milieu de El Carmen, la résidence d’Ortega-Murillo. Elle a fait basculer le sommet du pouvoir sous l’effet de son ampleur [malgré certaines limites], exposant ainsi la faiblesse du régime.

L’ampleur et le succès de la grève politique nationale ont surpris les observateurs locaux et étrangers. Cette mobilisation a modifié la situation sur l’échiquier politique national en renforçant l’opposition, et en contraignant tous les pouvoirs réels à réévaluer leur position face à la nouvelle situation nationale.

Il s’agit non seulement d’une grève politique nationale réussie, mais aussi de la nécessité de créer un vaste groupement de forces politiques effectives capables de vaincre la dictature Ortega-Murillo dans les plus brefs délais.

Nous nous affrontons à une lutte pour la suprématie politique nationale, une lutte qui prend (pour l’instant) la forme d’un conflit entre démocratie et dictature. L’hypothèse que j’ai avancée est que la lutte politique contre la dictature va s’approfondir jusqu’à ce qu’elle soit au bord de l’abîme dangereux d’un conflit armé, puisqu’elle s’étendra dans le temps, jusqu’à ce que l’opposition large et diverse se relève avec la perspective de la victoire.

Alors que le conflit entre le déclin de la dictature et la montée de l’opposition, qui la défie, dominera la scène nationale dans les mois à venir, il me semble nécessaire d’exposer quelques idées générales qui peuvent servir à tous ceux et celles «d’en bas». Je n’ai pas l’intention d’établir des lignes de conduite, mais seulement d’esquisser des perspectives éthiques et politiques qui, selon moi, devraient être débattues au sein des secteurs progressistes.

La première question à se poser est que cette lutte a pour perspective le contrôle du pouvoir, pas seulement pour la libération des prisonniers politiques. Bien que le régime Ortega-Murillo soit néfaste et très dangereux, je ne pense pas qu’il faille perdre de vue qu’il y a des secteurs socio-politiques qui veulent que les choses changent pour que rien ne change, sur le fond.

Bref, les forces du changement doivent profiter de la lutte politique pour faire avancer un projet démocratique progressiste, avec autonomie, sans toutefois exclure des accords avec toutes les forces politiques qui luttent contre le régime Ortega-Murillo, tant qu’elles ne nous neutralisent pas.

La deuxième question est de tirer les leçons de l’expérience vécue par notre peuple pendant la lutte contre la dictature de Somoza. La lutte contre Somoza a trouvé une issue contre les secteurs démocratiques progressistes. Le triomphe des secteurs favorables au «stalinisme tropical» a organisé l’installation d’un gouvernement qui, tout en mettant fin à la dictature de Somoza, a ouvert la voie à un gouvernement autoritaire. Les rebelles d’en bas ont servi de chair à canon au secteur «stalinien créole» pour mettre en marche leur propre projet national. C’est ce secteur «criollo staliniste» qui résiste actuellement à l’abandon du pouvoir dans la lutte actuelle.

La troisième question tourne autour de ce que représente la nouvelle hégémonie politique. L’histoire récente nous enseigne que parmi ceux qui se battent, une partie aspire à s’assurer une position socio-économique prépondérante et politiquement à droite. C’est pourquoi il est nécessaire de fixer des objectifs précis afin d’éviter de se tromper.

10° La grève politique nationale a rendu visible la défaite stratégique du régime Ortega-Murillo, et a également démontré que, bien que la population ne puisse pas sortir pour remplir les rues [rues désertées, magasins fermés…], elle a la capacité de faire bouger les lignes sur le champ politique et de changer la situation en sa faveur.

11° Profitant du fait que le régime a perdu son initiative politique, l’opposition élargie ne peut accepter la date du 18 juin 2019, proposée par le régime, pour la libération de tous les prisonniers politiques.

12° L’Alliance civique et l’Union nationale bleue et blanche (UNAB), profitant du fait qu’elles ont repris l’initiative politique, doivent appeler à une nouvelle grève nationale pour le dimanche 30 mai en exigeant la libération de tous les prisonniers politiques avant cette date, et pas seulement des prisonniers politiques mentionnés sur la «liste de conciliation».

13° Dans le cas où le régime se conformerait à la demande de libérer tous les prisonniers politiques avant le 30 mai, la grève nationale serait suspendue et une grande marche nationale serait ensuite organisée pour célébrer la libération de tous les prisonniers politiques [1] et pour exiger les autres revendications fondamentales en suspens. (Article écrit le 25 mai 2019 depuis San José, Costa Rica; traduction A l’Encontre)

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[1] Selon la presse en date du 26 mai 2019, la marche du dimanche 30 mai est maintenue, malgré les menaces de la police. (Réd. A l’Encontre)

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