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Brésil. Anatomie des élections municipales au Brésil

Publié par Alencontre le 8 - octobre - 2016

electionsmunicibresilPar Camila Vollenweider

Les élections municipales au Brésil, tenues le 2 octobre, ne sont pas terminées. En effet, dans diverses villes les deux candidats qui ont obtenu le plus de suffrages s’affronteront à nouveau le 30 octobre. Toutefois, ces élections ont démontré des changements significatifs dans la répartition territoriale des partis par rapport aux dernières élections de 2012. Le revers électoral du PT (Parti des travailleurs), en particulier, mais aussi du PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), ainsi que la croissance du PSOL (Parti du socialisme et de la liberté) et le renforcement du PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne) à l’échelle nationale ont constitué la dynamique de ce premier round. Les résultats mettent également en évidence les niveaux élevés d’absentéisme et de votes nuls et blancs.

1°) La première des tendances est le déclin du PT en tant que force politique. En comparaison avec l’élection de 2012, le PT a subi un déclin de 60% du nombre de suffrages pour l’élection des maires. Ils ont passé de 17,2 millions à 6,8 millions. Le nombre d’exécutifs municipaux détenus par le PT s’est contracté: moins 59%. Sur les 644 qu’il détenait, seul 256 (plus sept en lice pour le second tour) restent dans leurs mains.

Le PT a perdu des circonscriptions électorales importantes comme São Paulo. L’entrepreneur Joao Doria, sous l’étiquette du PSDB, a obtenu 53,29% des suffrages. Le maire actuel, Fernando Haddad, est arrivé deuxième avec 16,70% des suffrages. D’autres circonscriptions du Grand São Paulo ayant une population importante – qui jusqu’à hier étaient dans les mains du PT – ont également connu un changement de leur représentation politique.

Ainsi à Guarulhos [plus de 1,5 million d’habitants], le candidat du PT a été mis hors course et l’exécutif se jouera entre Gustavo Henric Costa – connu sous le nom de Guti (PSB-Parti socialiste brésilien qui passa à l’opposition au PT en 2014) – et Eli Correa Filho (DEM-une formation conservatrice).

A San Bernardo del Campo [1 million d’habitants], la circonscription de Lula, le candidat Tarcisio Secoli est mis hors course pour le second tour. Dans cette circonscription, le candidat du PSDB (Orlando Morando) fera face, dans quelques semaines, à Alex Manente du PPS (Parti socialiste populaire, issu du PC; il soutenait initialement Lula, puis lors de la dernière élection présidentielle a appuyé Marina Silva).

A Osasco [700’000 habitants],le scénario est identique. Le second tour mettra face à face Rogerio Lins (PTN-Parti travailliste national qui a soutenu Aécio Neves en 2014) et Jorge Lapas (PDT-Parti travailliste). Ce dernier cherche à être réélu à l’extérieur du PT, alors qu’il avait obtenu la mairie sous cette étiquette en 2012. Le candidat du PT, Valmir Prascidelli, est arrivé en cinquième position avec 3,54% des suffrages. Seulement à Santo André ­– parmi les municipalités les plus peuplées du Grand São Paulo – le second tour se déroulera entre un candidat du PT: Carlos Grana – qui a remporté 20,28% des suffrages – qui sera opposé pour l’exécutif de la ville à Paulo Serra, du PSDB, qui a réuni le 45,07% des voix.

Dans d’autres bastions importants du PT, la tendance relevée ci-dessus dans l’ABC «paulista» est très similaire: à Goiania (capitale de l’Etat de Goiàs), la candidate du PT a été éliminée du second tour: Adriana Accorsi n’a recueilli que 6,73%, des votes, se classant cinquième rang. Par contre, Iris Rezende du PMDB en réunit 40,47% et Vanderlan Cardoso (PSB) 31,84%. Ils seront présents au deuxième tour.

Le PT a également perdu la préfecture de São José dos Campos [Etat de São Paulo] aux mains du candidat du PSDB, Felicio Ramus. Il a remporté 62,22% des voix, tandis que Carlos Almeida (PT), en deuxième position, n’en a recueilli que 21,63%. Le même sort a frappé le PT à Uberlandia (Etat du Minais Gerais): son candidat, Gilmar Machado, n’a obtenu que 10,28% des voix contre 72,05% pour le candidat du PP de droite, Odelmo Lea. Enfin, à Joao Pessoa (capitale de l’Etat de Paraiba), le maire Luciano Cartaxo – qui a remporté antérieurement ce poste sur une liste du PT – a obtenu sa réélection avec 59,67% sous l’étiquette du PSD; alors que le candidat du PT, le professeur Charliton Machado, est arrivé troisième position avec 4,43%.

2°) Une autre donnée pertinente est que le parti politique (PMDB) du président Michel Temer n’a pas obtenu de meilleurs résultats que le PT. Les deux partis ont été les plus durement punis par les électeurs en tant que protagonistes les plus visibles d’un coup d’Etat institutionnel et, respectivement, d’une persécution médiatico-judiciaire. Dans deux des circonscriptions les plus importantes du pays, Rio de Janeiro et São Paulo, les candidats au PMDB ont été largement rejetés. La mairie de Rio de Janeiro a été perdue par le candidat du PMDB (16,12%), devancé par Marcelo Freixo (PSOL), qui a obtenu 18,26% suffrages, et le candidat du PRB, le pasteur évangélique Crivella, avec 27,78%. Les deux s’affronteront lors du second tour.

A São Paulo, sa candidate, Marta ex-Suplicy, ancienne maire PT de São Paulo et actuelle sénatrice – n’a obtenu que 10,14% des voix. Le parti de Temer n’a gagné qu’une capitale: Boa Vista de l’Etat Roraima (au nord du Brésil).

Les deux partis qui ont obtenu une bonne performance sont le PSOL et le PSDB. Le premier est une scission du PT (en 2004). Il a présenté des candidatures indépendantes dans de nombreuses circonscriptions. A Rio de Janeiro, il a excellé avec son candidat Marcelo Freixo qui sera présent pour le second tour. Le PSOL y a remporté de loin la sympathie de l’électorat de gauche face à la candidate du PT, Jandira Feghali. Avec ce résultat et d’autres aussi importants, pour un parti relativement nouveau, le PSOL se positionne comme l’un des partis de référence de la gauche brésilienne dans le nouveau scénario ouvert par la débâcle de PT.

Les résultats du PSDB furent les meilleurs parmi les innombrables formations. D’une part, il a remporté la plus grande mairie du pays, São Paulo, et, d’autre part, des grandes villes dans la «ceinture rouge» du Grand São Paulo, bastion historique de PT. Les candidats du parti du gouverneur Geraldo Alckmin (PSDB) de l’Etat de São Paulo ont gagné des mairies importantes telles que celles de Santos et de Sao Jose dos Campos. Et ils seront présents pour le deuxième tour à Sao Bernardo do Campo et à Santo André. Il a également réussi à atteindre le deuxième tour dans d’autres capitales d’Etat telles que Belo Horizonte, Porto Alegre, Belem, Manaus, Maceio, Porto Velho, Cuiaba et Campo Grande.

En outre, c’est le parti qui a remporté le plus de suffrages pour ses candidats à la mairie à travers tout le pays. Il en découle son renforcement à l’échelle nationale. Le nombre de mairies obtenues par le PSDB est passé de 701 en 2012 à 793 lors des élections du dimanche 2 octobre. Et cela sans prendre en compte les 19 candidats en lice pour le deuxième tour. Si tous ses candidats étaient élus le 30 octobre, le PSDB aura accru de 16% les mairies qu’il détient par rapport à 2012. Le nombre de suffrages en faveur du PSDB a augmenté de 27%: 17,6 millions d’électeurs et d’électrices ont opté pour lui.

Une autre donnée importante pour le PSDB – au moins pour la présidentielle 2018 – réside dans le fait que l’actuel gouverneur de São Paulo, Geraldo Alckmin, est apparu comme le candidat naturel du PSDB pour la présidence de la République en 2018. Il a été le mentor de la candidature de Joao Doria – entrepreneur et présentateur de télévision, sans carrière politique, menant sa campagne avec des slogans anti-pétistes et des déclarations «apolitiques» – qui sera aux commandes de la mairie la plus peuplée du Brésil. Ce qui va rendre plus compliquées les aspirations présidentielles de deux autres candidats potentiels du PSDB, battus lors des dernières élections contre PT: le sénateur Aecio Neves (en 2014 face à Dilma Rousseff) et José Serra (en 2010 face à Dilma Rousseff), actuel ministre des Affaires étrangères du gouvernement Temer.

3°) Cependant, pas seulement à cause du coup d’Etat institutionnel qui a conduit le PMDB de Temer au gouvernement, la démocratie au Brésil n’est pas à la fête. Les taux d’abstention et les votes nuls et blancs montrent clairement l’indifférence et le rejet d’une grande partie de la population, en particulier des jeunes face à la «dynamique politique» du géant sud-américain. A São Paulo la somme de ces trois données (abstention, blanc et nul) est supérieure – bien que de peu – au nombre de voix obtenues par le candidat le plus voté, Joao Doria: 3’096’304 et 3’085’187, respectivement. Mais São Paulo n’est pas la seule ville où le désenchantement a gagné: à Porto Alegre, Porto Velho, Curitiba, Campo Grande, Cuiaba, Aracaju et Belem ce phénomène s’est également manifesté. A Rio de Janeiro et Belo Horizonte la somme des bulletins nuls, blancs et des abstentions était plus élevée que les votes recueillis par les deux candidats arrivés en tête. Enfin, dans 11 capitales – Florianopolis, Goiania, Palmas, Maceio, Recife, Natal, Sao Luis, Fortaleza, Macapa, Boa Vista et Salvador – la somme des abstentions et des votes blancs et nuls a dépassé le nombre de voix obtenues par les candidats arrivés en deuxième position.

Certes, ils restent encore le deuxième tour du 30 octobre et deux ans pour la prochaine élection présidentielle. Le Brésil, comme l’a montré son histoire récente, est imprévisible. Et ces élections municipales ne permettent pas de tirer des conclusions quant au futur. Il est vrai que l’aura du PT s’est fortement réduite dans un pays qui doit faire face à une forte avancée des élites réactionnaires. Toutefois, il est également vrai que cette droite ne constitue pas un bloc homogène. Et son évolution jusqu’en 2018 ne se configurera pas seulement sur le nouveau territoire politique dessiné par les municipales. Elle sera déterminée aussi par la façon dont le PSDB et le PMDB mesureront leurs forces au sein d’un gouvernement illégitime, qu’ils se partagent. (Article publié par le CELAG en date du 3 octobre 2016; traduction A l’Encontre)

Camila Vollenweider a écrit cette analyse dans le cadre du CELAG, Centre latino-américain de géopolitique)

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