
Par Sara Plaza Casares
Les organisations qualifient de «succès» cette première journée de grève, qui a montré sa force sur la Puerta del Sol, envahie de t-shirts verts, et lors de la grande manifestation de l’après-midi.
Un blocage routier sur La Castellana [une des avenues principales de Madrid, passant dans le quartier de la finance] dès les premières heures du 14 octobre a donné le coup d’envoi de la première journée de grève illimitée dans l’enseignement madrilène, durant laquelle des moments de tension ont été observés, avec la charge contre deux piquets de grève sur le campus de l’université Complutense de Madrid. Selon les chiffres avancés par les organisations, le taux de participation à la grève s’est élevé à 70% du corps enseignant, un chiffre ramené à 44% par la conseillère à l’Éducation du gouvernement de la Communauté de Madrid (Parti Populaire) Mercedes Zarzalejo. [La présidente de la Communauté de Madrid est Isabel Diaz Ayuso, qui attaque violement la gauche.]
Selon Ana Vicenti, porte-parole de Menos Lectivas [organisation de professeurs·e·s de l’éducation publique de la Communauté de Madrid], cette journée a été un «succès» avec des piquets de grève «très nombreux» qui ont bloqué des artères importantes telles que le Paseo de la Castellana, dans le cadre d’une action menée par les éducatrices de la petite enfance, ou l’Avenida de la Albufera, grâce au cortège d’enseignants qui qui passa de Vallecas à la Puerta del Sol, où, à midi, toutes les assemblées venues des quatre coins de Madrid se sont réunies lors d’un rassemblement unitaire qui a débordé de la place et s’est finalement dirigé vers le ministère régional de l’Éducation, rue Alcalá. De plus, «le soutien des élèves a été massif», ajoute la porte-parole de Menos Lectivas. Dans l’après-midi, tous les regards de la manifestation se sont tournés vers un important cortège qui a traversé Atocha et a ramené la mobilisation à la place del Sol.
«Les impressions sont globalement très positives, empreintes d’enthousiasme et d’espoir», déclare Laura Plaza, enseignante à l’école publique Loranca (Fuenlabrada, ville se situant à 20 km au sud de Madrid) où, assure-t-elle, le taux de participation à la grève a atteint 100% et où l’école n’a fonctionné qu’avec le service minimum. «Je pense que cela faisait longtemps que nous n’avions pas connu un tel mouvement dans l’enseignement public. Revenir à ce sentiment qu’il y a tant de personnes prêtes à se mobiliser, à défendre notre école et à lutter pour une éducation publique de qualité, c’est très émouvant», déclare cette enseignante. «Aujourd’hui, nous retrouvons quelque chose d’important: la force collective, l’enthousiasme et l’espoir que les choses peuvent changer, car l’éducation publique appartient à tous et à toutes, et la défendre est nécessaire et en vaut la peine. J’espère que ce sera un renouveau de la Marea Verde» [mouvement en faveur de l’éducation publique en 2011-2012, contre les coupes budgétaires et diverses contre-réformes], a résumé cette enseignante.
Cristina, enseignante à l’école publique Hernán Cortes, explique que sur les 40 enseignants de son établissement, onze ont fait grève et se sont déjà organisés pour poursuivre le mouvement les jours suivants. «Nous n’avons jamais connu un tel taux de participation, lors d’aucune autre grève de l’éducation», affirme-t-elle, après avoir vu la rue Sol et toutes les rues avoisinantes se remplir de t-shirts verts.
«De nombreux collègues nous ont fait savoir que leurs écoles fonctionnaient aujourd’hui avec un service minimum», explique-t-elle. «Nous espérons que Mercedes Zarzalejo rencontrera le comité de grève et tiendra compte de nos revendications», a déclaré Cristina, qui fait partie de l’Association des enseignants intérimaires de Madrid (Adima).
«Nous demandons des effectifs réduits, nous voulons des salles de classe, pas des saunas, nous voulons des écoles bien équipées, dotées d’infrastructures adaptées, ainsi qu’un soutien accru pour les enfants ayant des besoins particuliers», explique Cristina. Par ailleurs, parmi les revendications figure également le fait que les élèves ayant des besoins particuliers comptent pour deux, comme c’était le cas autrefois, une augmentation salariale qui les place au même niveau que le reste des enseignants de l’État «car nous sommes ceux qui gagnons le moins et qui travaillons le plus», se plaint Cristina, ou encore une réduction des heures d’enseignement, cette revendication historique qui a déclenché la mobilisation il y a trois années scolaires.
Charge de la police et arrestations à l’université Complutense
Bien que la grève illimitée soit menée à tous les niveaux non universitaires, la Plateforme UCM x la Publica [structure réunissant étudiant·e·s, professeur·e·s, travailleurs de l’Université Complutense de Madrid] pour l’enseignement public a décidé de se joindre au mouvement dès le premier jour de grève. Tôt dans la matinée, les piquets de grève universitaires se sont déplacés dans la Cité universitaire et deux d’entre eux ont été réprimés par des charges de la police que les étudiants dénoncent comme «disproportionnées».
Ces charges ont fait au moins six blessés et entraîné cinq arrestations. Une intervention qui a été remise en cause même par les autorités: le délégué du gouvernement, Francisco Marín, a qualifié ces images de «très dures» et «qui nous font tous souffrir», et a annoncé avoir demandé au chef de la police nationale de Madrid «une enquête d’urgence».
De leur côté, les membres du collectif «UCM x la pública» ont décidé de s’enfermer dans le rectorat de l’Université Complutense «jusqu’à ce que les personnes arrêtées soient remises en liberté» et que le recteur, Joaquín Goyache, s’engage à répondre à leurs revendications. «Ce qui s’est passé aujourd’hui à l’UCM n’est pas de la violence disproportionnée, c’est de la violence gratuite. Au lieu de se positionner clairement contre la brutalité policière, l’UCM vient de publier un communiqué équidistant qui condamne et remercie à la fois les interventions policières», dénoncent-elles. «Nous en avons assez des paroles creuses: face à l’absence de mesures concrètes et de garanties de non-répétition, nous ne changerons cette situation qu’en nous organisant davantage et mieux pour les prochaines grèves», concluent-elles. (Article publié par El Salto le 14 octobre 2026; traduction-édition par la rédaction A l’Encontre)

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