Portugal. «Mobilisation pour le logement dans la ville de Porto. Un doit social vital récusé par le maire et le gouvernement. Leur réponse: la répression»

Esquerda net. La banderole: «Pourquoi étudier, si je ne vais pas pouvoir me loger»

Par la rédaction d’Esquerda net

Le campement – qui a commencé le 10 octobre dans la foulée d’une manifestation – pour le droit au logement de la place D. João I, à Porto, a été démantelé de force aux petites heures de ce jeudi. Vers 2h50, le 15 octobre, après le départ des journalistes, des agents de la police d’intervention de la PSP (Polícia de Segurança Pública) ont ordonné le retrait des tentes montées la veille sur décision d’une assemblée populaire. Les participants les ont démontées. Malgré cela, selon les témoignages de ceux et celles qui étaient présents, ils ont été chargés à coups de matraques. Le Mouvement pour le logement fait état de 37 blessés, dont deux dans un état grave présentant des fractures, parmi lesquels une personne en situation de handicap, et plusieurs personnes hospitalisées.

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José Soeiro, sociologue et dirigeant du Bloc de Gauche, se trouvait sur la place et a décrit ce qu’il a vu dans un témoignage publié sur les réseaux sociaux et cité par le Diário de Notícias. «Après le départ des journalistes, il était environ 2h50, à une minute près, la police d’intervention est arrivée et a ordonné le démontage des tentes. Disciplinés, les membres du campement ont rangé les tentes. Toutes. Sans exception.» Cela n’a pas suffi. «Les services de la mairie ont tenu à s’emparer des tentes, qui étaient déjà démontées et mises de côté, pour les détruire en les entassant dans un camion, ainsi que les banderoles portant les revendications, les affiches et les effets personnels des personnes qui dormaient», y compris des sacs à dos contenant des téléphones portables et des portefeuilles.

Puis vint la charge. «Sans aucune raison, la police d’intervention a chargé ceux qui occupaient pacifiquement l’espace public. Elle a chargé avec violence. Au moins 35 blessés. J’ai moi aussi été bousculé et frappé à plusieurs reprises à la tête et dans le dos avec une matraque, pour la simple raison que je filmais ce qui se passait.»

José Soeiro tient pour responsable le maire, qui avait promis la veille d’être «absolument implacable» envers les tentes: «Pedro Duarte [maire de Porto, membre du Parti socia-démocrate qui dirige le gouvernement portugais] n’est pas un démocrate, sinon il n’aurait pas ordonné cela. Le caractère disproportionné et illégitime de cette intervention indigne toute personne qui défend la liberté d’expression.» Et il lance un avertissement : «On ne nous fera pas taire à coups de matraque. Nous vivons dans cette ville et nous reviendrons sur les places pour lutter pour le logement. Encore plus nombreux, encore plus forts. Ils ne nous intimideront pas.»

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D’autres manifestants, interrogés par CNN Portugal, résument la nuit en une phrase: «Ils ont attendu que la presse soit partie, ils ont tout détruit à coups de pied et nous ont pris toutes nos affaires.» Dans un communiqué, le Mouvement pour le logement dénonce «le recours à une force extrême, disproportionnée et injustifiée». Il rappelle que le campement a toujours été pacifique et exige «une enquête rigoureuse et indépendante sur les événements». Une source des pompiers volontaires de Porto a confirmé à l’Observador que des participant·e·s ont dû se rendre à la caserne des pompiers pour recevoir des soins.

La PSP a une autre version des faits. À Renascença, elle a admis une intervention «plus musclée» après une résistance au démontage des tentes et a déclaré ne disposer d’«aucune indication faisant état de blessés». À l’Observador, elle a affirmé ne pas avoir connaissance de blessés. Jusqu’en milieu de matinée, aucun communiqué n’avait été publié ni par la Direction nationale de la PSP ni par le gouvernement.

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Le campement est né de la manifestation du samedi 10 octobre, qui a rassemblé environ 1 500 personnes à Porto contre le coût de la vie et le prix des logements. Lundi 12 octobre, la police municipale et la PSP avaient déjà retiré une cinquantaine de tentes. Mercredi après-midi, Pedro Duarte a déclaré aux journalistes que les forces de l’ordre seraient «absolument implacables» face à l’installation de nouvelles tentes, qu’«au moins une partie» des manifestants cherchait à «provoquer et attiser des problèmes et des troubles» et que la mairie préférait «se ranger du côté de ceux qui travaillent». Ce soir-là, une assemblée populaire réunissant plus de 500 personnes, selon les organisateurs, a voté en faveur d’un nouveau campement. À la fin de la soirée, il y avait des dizaines de tentes sur la place et une dizaine d’agents de la PSP qui observaient. Six heures plus tard, la police d’intervention est arrivée.

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Le coordinateur du Bloco, José Manuel Pureza, a réagi à la nouvelle de la répression policière en pointant du doigt le gouvernement : «Ceux qui ont adopté la loi sur les expulsions ont ordonné à la police de charger contre ceux qui, à Porto, luttent pacifiquement pour le droit au logement. Toute notre solidarité va à ceux qui ont été agressés pour avoir défendu un logement décent. La force des matraques au lieu d’un plafonnement des loyers. Ils ne nous intimideront pas».

Fabian Figueiredo, député du Bloco de Esquerda, a remis ce jeudi 15 octobre une question au ministère de l’Administration intérieure comportant treize points. Il souhaite savoir qui a ordonné l’opération et quelle autorité policière en a pris la décision, pourquoi elle a été programmée à trois heures du matin et si elle a débuté après le départ des journalistes, sur quelle disposition légale elle s’est fondée et si le procès-verbal exigé par la loi sur le droit de réunion a été dressé, en quoi a consisté la «résistance»  invoquée par la PSP alors que les manifestants avaient déjà démonté leurs tentes, combien de blessés ont été recensés par la PSP, l’INEM (Instituto Nacional de Emergência Médical), les établissements de santé et les pompiers, si les agents portaient des caméras portables et un badge d’identification visible, qui a décidé de la saisie des sacs à dos et des documents par les services municipaux et comment ceux-ci seront restitués, et si le ministre Luís Neves a déjà ordonné à l’Inspection générale de l’administration intérieure d’ouvrir une enquête et a porté les faits à la connaissance du ministère public.

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La question de Fabian Figueiredo rappelle que la Constitution garantit le droit de réunion pacifique sans autorisation préalable, que la loi sur la «sécurité intérieure» n’autorise l’évacuation d’un lieu qu’en cas d’indices fondés d’activité criminelle ou de perturbation grave ou violente de l’ordre public, et que la Cour européenne des droits de l’homme exige des autorités qu’elles fassent preuve de tolérance à l’égard des rassemblements pacifiques. Il demande également si la PSP dispose d’informations étayant les affirmations du maire Pedro Duarte concernant des «dirigeants» ayant des «liens internationaux avec d’autres forces» et quelles instructions le gouvernement donne à la PSP pour les prochains jours.

«Une intervention policière à trois heures du matin, après le départ de la presse, contre des personnes qui avaient déjà démonté leurs tentes, n’est pas une mesure policière. C’est de l’intimidation. La PSP ne dépend pas du maire, elle dépend du gouvernement. Le ministre doit donc préciser qui a pris cette décision, sur quelle base et avec quelle autorité».

Le député a également présenté une motion de solidarité avec les manifestants défendant le droit au logement sur la place D. João I de Porto. Elle sera soumise au vote en séance plénière. Le texte exprime la solidarité de l’Assemblée de la République avec les blessé·e·s, les participants au campement et toutes les personnes qui luttent pacifiquement pour le droit au logement, condamne l’intervention policière violente dont ils ont été victimes et exige une enquête rapide et indépendante sur les faits et les responsabilités.

Sur la place, la lutte se poursuit. «Demain matin, dans quelques heures, je serai au travail», a écrit José Soeiro alors que l’aube se levait encore. «Et cet après-midi, je reviendrai ici. Sans hésitation.» (Article publié le 15 octobre sur le site du Bloco, Esquerda Net; traduction par la rédaction de alencontre.org)

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