
Par Elizabeth Schulte
Les travailleurs Ă bas salaire et leurs supporters dans quelque 340 villes prĂ©voient de participer, ce 29 novembre, aux manifestations, Ă des actions de dĂ©sobĂ©issance civile et, dans certains endroits, Ă des grèves afin de renforcer l’écho de leurs revendications portant sur l’instauration d’un salaire minimum de 15 dollars l’heure et sur l’extension de l’action syndicale – marquant le quatrième anniversaire de la campagne Fight for 15 [un mouvement qui commença Ă New York, lancĂ© par quelques centaines de travailleurs de la restauration rapide; il existe aujourd’hui dans de très nombreuses villes et s’est Ă©tendu Ă d’autres secteurs].
Les travailleurs et travailleuses Ă bas salaire dans le commerce de dĂ©tail, la restauration rapide et les soins de santĂ©, entre autres, se joignent Ă la «JournĂ©e de perturbation». Dans de nombreuses villes, le mouvement Fight for 15 organisera des rassemblements devant les McDonald’s. En effet, cette chaĂ®ne de restauration se refuse depuis longtemps Ă payer plus que le strict minimum salarial ou mĂŞme moins [Ă l’échelle fĂ©dĂ©rale, le salaire minimum horaire est fixĂ© depuis juillet 2016 Ă 7.25 dollars; 29 Etats ont un salaire minimum plus Ă©levĂ© que cette norme fĂ©dĂ©rale].
Cette annĂ©e, le Fight for 15 met l’accent sur un salaire minimum permettant de rĂ©pondre aux besoins considĂ©rĂ©s comme Ă©lĂ©mentaires et sur une syndicalisation pour les salarié·e·s des aĂ©roports. Ainsi, dans 19 aĂ©roports, les nettoyeurs et nettoyeuses de cabines d’avion, les manutentionnaires de bagages, les prĂ©posĂ©s Ă des tâches d’entretien, les aides pour le dĂ©placement de personnes handicapĂ©es, etc. vont rejoindre les salarié·e·s de la restauration rapide et les autres travailleurs aĂ©roportuaires qui font la grève afin de mettre en relief la dĂ©tĂ©rioration des conditions d’emploi dans un secteur qui, par le passĂ©, Ă©tait fortement syndiquĂ© et assurait des conditions salariales «dĂ©centes».
Aujourd’hui, environ 42% des travailleurs aĂ©roportuaires vivent au-dessous du seuil de pauvretĂ©, et quatre sur dix reconnaissent qu’ils ont faim ou doivent sauter un repas pour des raisons d’insuffisance salariale, selon une enquĂŞte du syndicat SEIU (Service Employees International Union). Cela alors que les profits des compagnies aĂ©riennes n’ont cessĂ© de croĂ®tre au cours des dernières annĂ©es [selon l’Association du transport aĂ©rien international, en 2016, les compagnies amĂ©ricaines prĂ©voient de dĂ©gager un bĂ©nĂ©fice cumulĂ© de 22,9 milliards de dollars, taux supĂ©rieur aux compagnies europĂ©ennes].
A Chicago, environ 500 travailleurs et travailleuses de l’aĂ©roport international O’Hare, appuyĂ©s par le SEIU, bien qu’ils ne soient sont pas encore membres du syndicat, ont votĂ© en faveur de la grève. Initialement, ils avaient l’intention d’entrer en grève pendant le week-end de Thanksgiving les 26-27 novembre, mais ils ont reportĂ© la date au 29 novembre. [Selon la presse des Etats-Unis en date du 29 novembre, des chauffeurs d’Uber ont rejoint les mobilisations pour un salaire minimum de 15 dollars.]
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Kisha Rivera, mère de quatre enfants, âgĂ©e de 41 ans, essaie de nourrir sa famille avec les 10,50 dollars de l’heure qu’elle gagne, en travaillant Ă plein temps comme nettoyeuse des cabines d’avion, pour le sous-traitant Scrub [1]. Avec ce salaire pitoyable, elle ne reçoit ni prestations de santĂ© ni jours de congĂ© payĂ©s. Elle doit compter sur l’assistance publique pour joindre les deux bouts.
Mais ce ne sont pas ses seules prĂ©occupations. Elle dit qu’elle et ses collègues ne sont souvent pas correctement formĂ©s ou Ă©quipĂ©s pour le travail qu’ils font. «Nous sommes malades de rĂ©clamer, nous en avons assez d’ĂŞtre rĂ©primandĂ©s, et nous sommes prĂŞts Ă entrer en grève», a dĂ©clarĂ© Kisha Rivera lors d’une confĂ©rence de presse Ă la mi-novembre.
Dans de nombreux endroits, les manifestants prĂ©voient de soulever d’autres problèmes qui concernent aussi les travailleurs Ă bas salaire: le racisme et la brutalitĂ© de la police, le harcèlement sexuel au travail et la menace d’expulsion pour les travailleurs sans papiers.
Ces revendications sont essentielles car il s’agit de prendre en compte ces questions qui peuvent potentiellement diviser et affaiblir un tel mouvement – et elles sont encore plus importantes quand nous prenons en considération les thèmes mis en avant par Donald Trump.
Les républicains préparent une liste de lois favorables aux entreprises, stimulés qu’ils sont par la victoire de Trump et leur représentation au Congrès.
Parmi les mesures que les rĂ©publicains vont probablement prendre, une ressort : la suppression de l’ordonnance prise par Obama d’augmenter le salaire minimum horaire Ă 10,10 dollars pour les entreprises passant des contrats avec le gouvernement fĂ©dĂ©ral. Ils considèrent cette modeste augmentation comme une menace pour la rentabilitĂ© des entreprises. Le salaire minimum fĂ©dĂ©ral n’est toujours que de 7.25 dollars l’heure.
Les rĂ©publicains du Congrès veulent mettre y compris les syndicats sur le billot dans leur plan d’introduire une lĂ©gislation anti-syndicale Ă l’échelle nationale, intitulĂ©e: «droit au travail». S’ils ne peuvent faire passer une telle loi Ă l’échelle nationale, des lĂ©gislateurs rĂ©publicains attendent dans les coulisses pour faire passer une telle loi au moyen de la lĂ©gislation d’Etats tels que le Missouri.
Face Ă la perspective de telles batailles Ă venir, les salarié·e·s ont devant eux de nombreux combats. La bataille pour raviver le Fight for 15 constitue un bon point de dĂ©part. Parce que s’il y a quelque chose que nous devrions savoir Ă propos de Donald Trump, c’est que sa prioritĂ© est de rĂ©pondre aux exigences du patronat – il ne va pas faire la moindre concession aux travailleurs et travailleuses, pour obtenir quelque chose ceux-ci devront se battre.
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Lorsque la campagne a dĂ©butĂ© il y a quatre ans, le salaire minimum de 15 dollars l’heure a Ă©tĂ© ridiculisĂ© parce que trop Ă©levĂ© et mettant prĂ©tendument «en danger» les entreprises qui cesseraient leurs activitĂ©s si elles Ă©taient obligĂ©es de payer un tel salaire minimum.
Mais, lorsque les travailleurs et travailleuses Ă bas salaire sont sortis de l’ombre et sont descendus dans la rue, racontant ce que signifie concrètement de vivre avec leur salaire minimum, ils ont dĂ©couvert qu’ils Ă©taient beaucoup plus nombreux Ă connaĂ®tre les mĂŞmes conditions et Ă vouloir lutter – et encore plus ils ont constatĂ© que nombreux Ă©taient ceux et celles qui voulaient les appuyer dans leur lutte. Ainsi, le mouvement Fight for 15 a transformĂ© la revendication d’un salaire minimum de 15 dollars l’heure en une revendication populaire et possible Ă faire aboutir.
Mais comme les élections présidentielle et législatives de 2016 ont ces derniers mois mis entre parenthèses cette perspective, il devenait de plus en plus difficile de retenir l’actualité de cette mobilisation. Le salaire minimum a été rarement mentionné par Clinton ou Trump. Plutôt que de renforcer les motivations pour un salaire minimum décent, la candidate démocrate a abaissé la barre.
Bernie Sanders avait introduit la lutte pour cette revendication lors des primaires dĂ©mocrates, mais Hillary Clinton a affirmĂ© qu’elle prĂ©fĂ©rait une approche beaucoup plus lente, plus progressive. Elle a tentĂ© de rendre la perspective dĂ©fendue par Sanders comme relevant d’un ressembler Ă une chimère.
H. Clinton n’a jamais rĂ©ellement soutenu un salaire minimum de 15 dollars l’heure. Ce qu’elle a fait comprendre Ă la Corporate America, tout en essayant de prĂ©tendre qu’elle Ă©tait une alliĂ©e dans cette lutte.
Selon les courriels échangés entre les membres de son staff de campagne – courriels dévoilés par WikiLeaks –, il ressort que Clinton a cherché des voies pour apparaître «soutenir» le mouvement pour un salaire minimum, mais sans soutenir l’objectif d’un salaire minimum de 15 dollars. Un haut responsable du staff posait la question: «Pouvons-nous faire quelque chose de créatif pour soutenir ce mouvement, mais sans préciser un chiffre?»
MalgrĂ© l’affaiblissement de cet objectif lors de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, des millions de salarié·e·s peuvent encore ĂŞtre organisĂ©s pour une revendication plus ferme.
Ainsi, au cours des Ă©lections de novembre, les propositions portant sur un salaire minimum dans divers Etats ont dĂ©montrĂ© que cette revendication Ă©tait encore très populaire parmi les travailleurs. Ainsi, les Ă©lecteurs du Colorado, de l’Arizona et du Maine ont approuvĂ© des hausses du salaire minimum Ă hauteur de 12 dollars l’heure d’ici Ă 2020; certes, ce n’est pas le montant que les militants du mouvement mettent en avant, mais c’est un pas dans cette direction. L’Etat de Washington a augmentĂ© le salaire minimum Ă hauteur de 13,50 dollars l’heure d’ici Ă 2020.
L’une des leçons les plus importantes tirĂ©es de cette Ă©lection provient du fait que des travailleurs et travailleuses Ă bas salaires se sont engagĂ©s pour le Fight for 15 et un renforcement du syndicat bien avant que la course prĂ©sidentielle ait attirĂ© sur elle toute la lumière des projecteurs. La Corporate America peut payer les travailleurs au moins 15 dollars de l’heure. Nous devons construire un mouvement assez fort pour qu’elle soit contrainte de le faire. (Article publiĂ© sur le site socialistworker.org le 29 novembre 2016; traduction A l’Encontre
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[1] Scrub est spécialisée dans le nettoyage des cabines d’avion, des avions, l’entretien des pistes, des bureaux, des hangars des aéroports, etc. Cette firme intervient aussi dans d’autres secteurs tels que les hôtels, les hôpitaux, etc. (Réd. A l’Encontre)

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