mardi
24
octobre 2017

A l'encontre

La Brèche

103594935-GettyImages-525952414.530x298Depuis 2011, nous n’avons eu de cesse de souligner que le caractère même de la dictature du clan mafieux Assad était mis au jour ne serait-ce que par un seul trait de ses objectifs réfléchis: détruire les cliniques et les hôpitaux; tuer le personnel soignant; enlever des blessé·e·s dans des lieux de soins et les torturer à mort; arrêter et tuer des soignants; détruire des centres de soins de Médecins sans frontières (MSF). Cette année, sept de ces centres de MSF ont été attaqués, faisant 16 morts dans le personnel soignant. Tous ces actes relèvent au moins de «crimes de guerre».

Depuis février 2016, chaque convoi d’aide humanitaire – certes absolument nécessaire – arrivant, à grand-peine, dans une ville assiégée, bombardée, affamée – pour la vider de ses habitants – est présenté comme «une avancée significative». N’insistons même pas sur la disproportion criante entre les besoins de la population et les «convois d’aide».

Un fait, souvent omis dans le passé, est aujourd’hui reconnu: «Il ne resterait que 250’000 civils coincés dans la ville, contre les 2,5 millions d’habitants avant la guerre. Les troupes loyalistes [à Bachar] menacent désormais d’encercler les quartiers rebelles [la seule voie «libre» de sortie d’Alep est en train d’être étranglée, depuis ce 1er mai 2016]. Une partie de la ville connaîtra alors le même sort que les autres zones assiégées et affamées, où l’aide humanitaire parvient au compte-gouttes. Les médicaments et le matériel chirurgical sont systématiquement déchargés des camions de l’ONU par des soldats syriens. Et les saisies de cargaisons exhibées comme des trophées de guerre». (Le Temps, 30 avril 2016). Aussi bien des reportages de BBC World que d’Al Jazeera (en langue anglaise) avaient illustré le contrôle d’une «aide» qui ne doit pas permettre de soigner – ne serait-ce que de façon minimale – les victimes des bombardements systématiques.

«Négociations de Genève» et «trêves» ont avant tout permis au pouvoir du clan Assad de renforcer ses positions militaires, à chaque étape. Les Russes viennent d’envoyer 3000 soldats ayant le «statut de mercenaires». Sergueï Lavrov, le patron de la diplomatie russe, n’hésite pas à déclarer qu’un boycott par l’opposition – dont les représentants sont soigneusement sélectionnés, entre autres par la Russie et les Etats-Unis – «ne serait pas une grande perte» (Le Figaro, article de G. Malbrunot, du 2 mai 2016).

Quant aux propositions de l’histrion Staffan de Mistura sur une prétendue «composition gouvernementale de transition», Thomas Pierret – auteur de Bass et islam en Syrie – les met à vif: «En Syrie, les fonctions et les titres comptent moins que les liens familiaux. Bachar el-Assad tire son pouvoir du fait qu’il a de nombreux cousins dans les services de sécurité et de renseignement et que son frère tient la garde républicaine. Tout le monde se fiche de savoir qui sera le vice-président.»

L’attitude de ceux qui sont aujourd’hui qualifiés de «détenteurs des clés de la situation en Syrie» (Russie, Etats-Unis et alliés plus ou moins proches de ces derniers), au même titre que l’actuel processus de négociation ne sont qu’un concentré d’une politique qui vise à «exproprier un peuple de sa révolution». Or, sa détermination, sous diverses formes, révèle l’intensité d’une volonté de se défaire d’une dictature en place, au même titre que celle que Daech voudrait imposer. La première est devenue le véritable partenaire des négociations. La guerre contre la seconde (Daech), le seul véritable ennemi, justifie tout le dédain de la dite communauté internationale envers un peuple soumis à l’enfer

La réalité du combat pour la vie et la survie des populations résistantes nous est rapportée par les deux documents que nous publions ci-dessous. (Rédaction A l’Encontre)

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«Les Syriens n’abandonneront pas leurs objectifs»

Une fois de plus, les forces d’Assad renouvellent leurs attaques brutales et destructrices contre la ville d’Alep. Avec plus de 120 épisodes enregistrés impliquant l’utilisation de missiles et de barils d’explosifs, ces attaques répètent les scènes horribles de morts, de destruction et de génocide L’attaque contre Alep a engendré, depuis samedi [23 avril] jusqu’à la publication de cette déclaration, 170 martyres, y compris 36 enfants, 5 membres de la défense civile (les casques blancs), une infirmière et sa famille ainsi que deux médecins dont l’un d’entre eux était le dernier pédiatre présent à Alep. Si les attaques ne cessent pas, la liste des morts s’accroîtra.

Les Comités locaux de coordination en Syrie considèrent que cette attaque furieuse se produit dans le contexte d’une mise sous pression accrue du peuple syrien et des forces révolutionnaires dans le but de les faire abandonner les revendications politiques clés qui ont été exposées par le Haut Comité des négociations (HCN) lors du récent tour de négociations qui s’est tenu à Genève.

En même temps que la délégation du régime s’asseyait à la table des négociations, le régime renforçait la présence de ses troupes autour de la ville d’Alep, tirant avantage des déclarations ambiguës des représentants américains quant à la présence du Front Al-Nosra à Alep, offrant ainsi au régime Assad et à ses alliés un feu vert ainsi qu’une justification pour lancer cette agression, menée sous le couvert d’un combat contre le terrorisme.

Les Comités locaux de coordination en Syrie souhaitent affirmer leurs doutes profonds contre certains qui se qualifient «d’amis du peuple syrien» [allusion à la Conférence internationale des amis du peuple syrien qui compte nombre de pays, y compris l’UE] en raison de leur silence douteux devant ces scènes choquantes et horribles ainsi que leur retard dans leurs prises de position, lesquels ne peuvent faire revenir à la vie ceux qui ont été tués et ceux qui le seront.

Ce génocide systématique en Syrie bénéficie à personne d’autre mieux qu’à Bachar el-Assad ainsi qu’aux forces extrémistes et terroristes qui grandissent jour après jour comme conséquence de la faiblesse manifestée par la communauté internationale envers les crimes de guerre qui ne cessent d’être commis en Syrie.

Peu importe l’étendue du soutien que les crimes d’Assad peuvent recevoir, les Syriens n’abandonneront pas les objectifs de leur révolution en vue d’obtenir la liberté, la dignité et la justice.

Que notre révolution soit victorieuse, que nos martyrs reçoivent la miséricorde, que nos blessés soient soignés et que nos détenus soient libérés. (Les Comités locaux de coordination, 28 avril 2016; traduction de l’anglais par A L’Encontre)

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«Il n’y aura bientôt plus du tout de personnel médical à Alep»

Lettre ouverte de médecins d’Alep

«Nous sommes les médecins d’Alep. En première ligne de la guerre qui y fait rage, nous étions pour le moins sceptiques quant à la cessation des hostilités négociée en février 2016. Nous avons pourtant constaté une certaine diminution des attaques contre nos hôpitaux, lorsque la trêve entra en vigueur. Nous avons osé espérer. Cette semaine, nous avons alors vu nos pires craintes se réaliser dans les circonstances les plus horribles qui soient. Notre ville est à feu et à sang.

Mohammad Wassim Maaz oscultant un enfant dans un hôpital syrien d'Alep le 20 février 2016

Mohammad Wassim Maaz oscultant un enfant dans un hôpital syrien d’Alep le 20 février 2016

Mercredi 27 avril, des avions de combat syriens ou russes ont bombardé l’hôpital Al Qods dans l’est de la ville d’Alep. L’attaque a tué plus de 50 personnes et blessé plus de 60 autres. Nos amis les Casques blancs [organisation humanitaire syrienne] continuent d’extraire les corps ensevelis sous les décombres. Parmi les personnes tuées dans l’attaque se trouvait notre ami et collègue, le docteur Muhammad Wassim Maaz. Il était le dernier pédiatre d’Alep.

Nous nous souviendrons toujours de l’extrême gentillesse et courage du Dr Maaz, dont le dévouement au service des plus jeunes victimes de la guerre était sans égal. Cette attaque prive Alep-Est de l’un des meilleurs pédiatres restés en Syrie. Encore un rappel sanglant que ceux qui attaquent Alep n’ont aucun respect pour le caractère sacré de la vie ou pour l’humanité.

Les humanitaires visés

Le docteur Mohammed Ahmad, un autre de nos amis et l’un des dix dentistes restant à Alep-Est, a également été tué dans le raid aérien. Son nom s’ajoute à celui du Dr Maaz, et d’au moins 730 de nos collègues, d’autres médecins, qui ont été tués dans notre pays au cours des cinq dernières années. Nos collègues héroïques des Casques blancs ont eux aussi subi de lourdes pertes pour avoir risqué leur vie afin d’en sauver d’autres. Un jour seulement avant que le Dr Ahmad et le Dr Maaz ne soient tués, le centre de formation Al-Alareb des Casques blancs a été frappé par de multiples missiles sol-sol, tuant cinq de leurs bénévoles: Ahmad Abdullah, Khaled Bachar, Ahmad Mahmoud, Hamda Haj Ibrahim et Hussain Ismail.

Il n’y aura bientôt plus du tout de personnel médical à Alep. Qui sauvera alors la vie des civils? Qui leur prodiguera alors les soins nécessaires? Cette semaine, en seulement deux jours, près de quatre personnes ont été tuées à chaque heure de la journée, et plus de cinquante blessées pendant le même temps. Nos hôpitaux sont au point de rupture. La cessation des hostilités a échoué et nous en ressentons les effets au plus profond de nous-mêmes.

En février, la Russie et les Etats-Unis ont annoncé leur ferme engagement d’établir et faire durer la cessation des hostilités. Aujourd’hui, ils ne sont pas à la hauteur de leurs engagements et ce sont les femmes, les enfants et les personnes âgées d’Alep qui paient le prix fort de leur échec. Si la trêve n’est pas une solution durable à la crise, la renforcer permettra d’empêcher que ne se reproduisent des massacres tels que l’attaque de l’hôpital Al-Qods, et de prévenir un siège total d’Alep. En cas de siège total, Alep risquerait de connaître un sort semblable à celui de Srebrenica.

La Russie dit être sincère au sujet de la paix en Syrie. Elle doit maintenant honorer ses obligations en s’assurant de la fin des frappes aériennes contre Alep, ainsi que de la mise en place d’une trêve qui soit respectée par toutes les parties. La priorité est que la Russie et la communauté internationale exercent d’urgence leur influence pour que cesse l’assaut contre Alep. Il ne s’agit pourtant là que d’une première étape nécessaire. Pour les professionnels de santé, chaque jour est une lutte afin d’obtenir le matériel et les médicaments dont nous avons cruellement besoin pour soigner les blessés et venir en aide aux mourants. L’approvisionnement par la route de Castello, dernier point d’entrée de l’aide humanitaire à Alep-Est, est menacé depuis des mois et ne tient aujourd’hui plus qu’à un fil. Les Etats-Unis aussi doivent user de leur influence pour s’assurer que cette voie cruciale d’approvisionnement ne soit plus menacée.

En tant que têtes de file du Groupe international de soutien à la Syrie, les présidents Vladimir Poutine et Barack Obama sont garants du sort des civils en Syrie. Ils ont le pouvoir et la responsabilité de les protéger. Nous espérons et prions pour qu’ils l’utilisent pour le bien de la Syrie, d’Alep, de nos patients et le nôtre.

Signataires

Dr Hatem, directeur de l’hôpital pédiatrique d’Alep; Dr Abu Altiem, hôpital pédiatrique d’Alep; Dr Yahya, hôpital pédiatrique d’Alep; Dr Abu Albrae, hôpital pédiatrique d’Alep; Dr Khaled, néphrologue à l’hôpital Al-Qods d’Alep; Dr Salah Safadi, Association des docteurs indépendants.

 

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