samedi
20
janvier 2018

A l'encontre

La Brèche

Manifestation postée par IranHumanRights

Par agences de presse, MEE, IranHumanRights

La police anti-émeute iranienne a dispersé des manifestants scandant des slogans anti-gouvernementaux dans la ville de Kermanshah, dans l’ouest du pays, alors que les protestations contre la corruption et la hausse des prix se propageaient dans la capitale, Téhéran.

L’éclatement des troubles régionaux reflète le mécontentement grandissant à l’égard du gouvernement, ainsi que l’inquiétude suscitée par l’implication coûteuse de la république islamique dans des conflits régionaux tels que la Syrie et l’Irak.

Environ 300 manifestants se sont rassemblés après ce que l’agence de presse officielle Fars a appelé un «appel de l’anti-révolution». Ces manifestants ont crié «les prisonniers politiques doivent être libérés» et «la liberté ou la mort», tout en détruisant certains bien publics. L’agence Fars n’a nommé aucun groupe d’opposition.

Un officiel a déclaré que quelques manifestants avaient été arrêtés à Téhéran. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montraient des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays, qui, si elles étaient vérifiées, seraient la plus grande vague de protestations en Iran depuis 2009.

Mohsen Nasj Hamadani, chef adjoint de la sécurité dans la province de Téhéran, a déclaré qu’une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées sur une place à Téhéran et que la plupart d’entre elles ont quitté la place suite à l’exigence de la police, mais certains qui ont refusé ont été «temporairement détenus», a rapporté l’agence de presse ILNA (Iranian Labour News Agency).

Dans la ville d’Ispahan, au centre du pays, une personne a déclaré que les manifestants avaient rejoint une démonstration de travailleurs réclamant des salaires impayés.

«Les slogans ont rapidement changé, en passant de l’économie à des slogans contre (le président Hassan) Rohani et le guide suprême (l’ayatollah Ali Khamenei)», a déclaré par téléphone ce résident.

Des images postées sur les réseaux sociaux ont montré une forte présence policière à Téhéran et dans d’autres villes.

Des manifestations à Kermanshah, la principale ville d’une région où un séisme a tué plus de 600 personnes en novembre, ont eu lieu un jour après que des centaines de personnes se sont rassemblées dans la deuxième plus grande ville d’Iran, Mashhad, pour protester contre l’augmentation des prix.

Des vidéos postées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants qui criaient: «Alors que les gens mendient, les mollahs agissent comme des dieux».

La police a arrêté 52 personnes lors des manifestations du jeudi 28 décembre, a déclaré l’agence Fars, citant un juge de Mashhad, l’un des lieux les plus sacrés de l’islam chiite.

Selon des vidéos diffusées sur les médias sociaux, la police anti-émeute a utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les rassemblements.

Les manifestations purement politiques sont rares en Iran, où les services de sécurité sont omniprésents. Les derniers troubles d’importance nationale se sont produits en 2009 lorsque la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence a déclenché huit mois de manifestations dans la rue. Les rivaux favorables à la réforme avaient déclaré que le vote avait été truqué.

Mais des manifestations sont souvent organisées par des travailleurs à l’occasion de licenciements ou de non-paiement des salaires ou par des personnes qui ont déposé leur épargne dans des institutions financières non réglementées et tombées en faillite.

L’ayatollah Ahmad Alamolhoda, éminent dignitaire conservateur, a appelé à une action énergique contre les manifestations.

«Si les forces de sécurité et de maintien de l’ordre laissent faire les émeutiers, nos ennemis publieront des films et des images sur leurs médias et diront que le système de la république islamique a perdu sa base révolutionnaire à Mashhad», a rapporté Alamolhoda, selon l’agence IRNA (Islamic Republic News Agency).

«Mort au dictateur»

Certaines vidéos de médias sociaux ont montré des manifestants scandant «Mort au (président Hassan) Rohani» et «Mort au dictateur». Des manifestations ont également eu lieu dans au moins deux autres villes du nord-est.

Alamolhoda, le représentant du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, dans la ville de Mashhad, a déclaré que quelques personnes avaient profité des protestations de jeudi contre la hausse des prix pour scander des slogans contre le rôle de l’Iran dans les conflits régionaux.

Téhéran soutient le président syrien Bachar el-Assad dans la guerre civile de son pays, soutient les milices chiites en Irak et les rebelles houthis au Yémen ainsi que le puissant Hezbollah libanais.

«Certaines personnes étaient venues pour exprimer leurs revendications matérielles, mais soudainement, dans une foule de centaines de personnes, un petit groupe qui ne dépassait pas 50 a crié des slogans déviants et horribles tels que«Lâchez la Palestine», «Pas à Gaza, pas au Liban, je ne donne ma vie que pour l’Iran», a déclaré l’ayatollah Alamolhoda [il dirige la prière du vendredi à Mashhad et représente cette ville dans l’Assemblée des experts].

Des vidéos de médias sociaux ont également montré des manifestants scandant «Laissez la Syrie, pensez à nous», critiquant le soutien militaire et financier de l’Iran à Assad.

Mohsen Nasj Hamadani, chef adjoint de la sécurité dans la province de Téhéran, a déclaré vendredi 29 décembre que toute manifestation non autorisée serait «interdite», a rapporté l’agence de presse semi-officielle Tasnim.

Le Premier vice-président (depuis 2013) Eshaq Jahangiri a déclaré vendredi que «certains incidents dans le pays existent sous prétexte de problèmes économiques, mais il semble qu’il y ait autre chose derrière eux».

Dans des commentaires rapportés par la radio d’Etat IRIB [Islamic Republic of Iran Broadcasting], il a déclaré que les responsables devaient être identifiés, ajoutant que les efforts faits pour susciter des troubles «se retourneraient» contre eux.

«Ils pensent qu’en faisant cela ils nuisent au gouvernement», a-t-il dit, mais «ce seront d’autres qui profiteront de cette vague.»

La signature par Rohani d’un accord, en 2015, avec les puissances mondiales qui ont freiné le programme nucléaire controversé de l’Iran en échange d’une levée de la plupart des sanctions internationales, n’a pas encore apporté les avantages économiques généraux que le gouvernement dit émerger.

Le taux de chômage s’est établi à 12,4% au cours de 2017, selon le Centre statistique iranien, en hausse de 1,4% par rapport à l’année précédente. Environ 3,2 millions d’Iraniens sont au chômage, sur une population totale de 80 millions.

Selon IranHumanRights.org, ce vendredi, lors des manifestations contre la hausse des prix, à Kermanshah, les manifestants ont lancé le slogan «Indépendance, liberté, République iranienne», une version détournée du slogan populaire de la révolution de 1979: «Indépendance, liberté, République islamique». (Traduction A l’Encontre)

Contre-offensive gouvernementale

Ce samedi 30 décembre, la télévision officielle a montré des manifestations, entre autres dans la ville de Mashhad en soutien à l’ayatollah Ali Khamenei. Cette riposte avait été annoncée dès vendredi.

Le ministre de l’Intérieur Abdolrahman Rahmani Fazli a déclaré sur les médias officiels: «Nous intimons à tous ceux qui ont reçu des appels à manifester de ne pas participer à ces rassemblements illégaux car cela créera des problèmes pour eux et d’autres citoyens.»

Divers médias sociaux ont confirmé des mobilisations d’étudiants devant l’Université de Téhéran et des affrontements avec la police.

Les spéculations sur le rôle initial du secteur dit conservateur dans le développement des démonstrations sont répercutées sur les médias sociaux. Mais diverses informations indiquent, au-delà de ces spéculations, que le mécontentement social et politique, dans tous les cas, a débordé les possibles intentions de fractions de la mollahcratie participant au conflit interne. (Réd. A l’Encontre)

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David Mandel, «L’héritage de la révolution russe», novembre 2017

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