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décembre 2018

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La Brèche

Grèce. Après le meurtre de Pavlos Fyssas, vaste mobilisation antifasciste

Publié par Alencontre le 19 - septembre - 2013

Par rédaction A l’Encontre

Pavlos Fyssas

Pavlos Fyssas

Suite au meurtre de Pavlos Fyssas par les néonazis d’Aube Dorée (voir ci-dessous), quelque vingt fédérations syndicales de Grèce ont lancé, le 17 septembre 2013, un appel à la mobilisation contre l’Aube Dorée. Dans cet appel, les organisations condamnent la politique criminelle qui «frappe les quartiers populaires». Les fédérations précisent que le peuple a le «pouvoir de les écraser». L’appel déclare: «Nous condamnons l’assassinat de sang-froid du jeune homme de 34 ans, qu’ont perpétré hier à Keratsini [ville qui se situe dans l’ouest de l’agglomération d’Athènes] des criminels fascistes de l’Aube Dorée. La machine criminelle de l’Aube Dorée frappe les quartiers populaires, révélant que c’est un instrument du système pourri du capitalisme. Ce système vise à terroriser chaque travailleur, chaque jeune qui lève la tête et qui lutte contre cette politique barbare. Il ne faut pas que la lutte cesse.

Le peuple a le pouvoir de les écraser. Maintenant nous avons besoin d’une mobilisation populaire massive et d’une action de tous les travailleurs et des jeunes pour isoler les criminels de l’Aube Dorée, dans chaque lieu de travail, dans chaque secteur, dans chaque quartier populaire.

Chaque organisation de masse doit développer une action pour les jeter dehors, eux et leur idéologie pourrie, pour que le poison nazi cesse de se répandre.

Nous appelons tous les syndicats et toutes les organisations à condamner et à se rendre au rassemblement mercredi 18 septembre à 17h30 place Zarden (pl. Nikaias, rue Tsaldari) à Amfiali [quartier de la zone du Pirée, près de Keratsini]

Les signataires de l’appel: Syndicat du Métal du Pirée, Association panhellénique du maintien des plages, Fédération des électriciens navals, Fédération des constructeurs navals, Association panhellénique des mécaniciens de la marine marchande, Association panhellénique des ingénieurs mécaniciens du «STEPHENSON» [société transnationale de maintenance maritime], Association panhellénique des cuisiniers professionnels de la marine marchande, Association panhellénique des remorqueurs-sauveteurs, Association panhellénique des retraités de la NAT, Association panhellénique de pompes à vidange, Syndicat des constructeurs du Pirée, Association des comptables du Pirée, Fédération des employés de commerce du Pirée, Fédération des nettoyeurs du Pirée, Fédération de la santé privée du Pirée, Syndicat annexe du Pirée de l’alimentation et du tourisme, Fédération des retraités de l’IKA [sécurité sociale] du Pirée, Fédération des retraités de l’OAEE du Pirée [école d’ingénieurs], Fédération des retraités de l’IKA de Nikaias-Korydallou, Fédération des retraités de l’IKA de Salamine.

Cet appel à la mobilisation marque l’ensemble de la conjoncture politique où se combinent les grèves massives de la fonction publique, une opposition accrue à la politique gouvernementale et une tension entre les principales composantes du gouvernement du dirigeant de la Nouvelle démocratie, Antonis Samaras.

L’assassinat de Pavlos Fyssas et l’indolence policière

Pavlos Fyssas, âgé de 34 ans, rappeur connu pour son action antifasciste, est mort le 17 à 0h10 à Amfiali, après avoir survécu 20 minutes, sans soins. L’agression a été conduite par un groupe de membres de l’organisation Aube Dorée à Amfiali, suite au match de football qui opposait l’Olympiacos et Paris Saint-Germain (PSG).

Le jeune homme de 34 ans a été frappé par au moins trois coups de couteaux à la poitrine, dans la rue Tsaldari et Xanthou au centre d’Amfiali. Après avoir attendu quelque 40 minutes avant l’arrivée d’une ambulance – et avoir avant désigné son meurtrier –il a été transféré à l’hôpital général Nikaias, où sa mort a été constatée. Un témoin oculaire a déclaré que l’ambulance a tardé plus d’une demi-heure, alors qu’en très peu de temps – 5, 10 minutes – 5 à 6 voitures de police et 12 motos étaient sur les lieux.

Un premier témoignage, confirmé depuis lors, indique: «Vers minuit, un groupe de 15 à 20 fascistes, en t-shirts noirs, pantalons et bottes militaires, se trouvaient sur la place Tsaldari. A ce moment, Killah P. (Pavlos Fyssas) passait avec sa compagne et un autre couple. Soit on l’a reconnu, soit il y eut un échange du style “Que voulez-vous, ici ? Il n’y a pas de place pour vous dans ce quartier”.»

Membres d'Aube Dorée faisant montre de leur «autorité»

Membres d’Aube Dorée faisant montre de leur «autorité»

Police du service DIAS

Police du service DIAS

Le fait est que les fascistes ont immédiatement poursuivi les 4 personnes en remontant la rue Tsaldari en direction de la rue Gr. Lampraki. A un moment donné, une dizaine d’autres fascistes sont sortis d’une ruelle et ont entouré les jeunes. Un véhicule est apparu, se déplaçant dans un sens interdit. Il s’est arrêté et le conducteur – Roupakias, un permanent de la section de l’Aube Dorée – est descendu et a poignardé Killah P. une fois au cœur et une fois dans le ventre.

Le tout s’est produit en présence d’agents de l’équipe DIAS (police à motos) qui, une fois que tout était fini et que la majorité des fascistes avaient quitté les lieux, saisirent l’assassin. En fait, ce fut une jeune policière qui arrêta et immobilisa l’assassin.?Elle aurait crié à ses collègues de se dépêcher de venir l’aider. Mais ces derniers se sont abstenus au motif que «les délinquants étaient nombreux».

La policière, toute seule, aurait jeté à terre l’auteur du crime, l’aurait immobilisé, lui aurait braqué son arme dans le dos et lui a mis les menottes.

Toutefois, la négligence de la police (équipe DIAS) pose question: que ce soit pour le cas des colleurs d’affiche de Perama – membres du KKE attaqués le 12 septembre, dans un quartier du Pirée, par une bande d’Aube Dorée faisant 9 blessés, dont certains gravement – que pour celui de Pavlos Fyssas à Keratsini. L’excuse donnée par les policiers – dont des secteurs sont étroitement liés à Aube Dorée – est sans cesse la même. «Si nous intervenons la situation risque de s’empirer.» A l’occasion de l’attaque contre les membres du KKE au Pirée, la police et le procureur se sont fait insulter, sans réagir, lorsqu’ils ont essayé d’entrer dans les locaux de l’Aube Dorée.

 

La complicité de la Nouvelle Démocratie

La Nouvelle Démocratie (ND), il y a quelques jours encore, développait la théorie «classique» des deux pôles. La stabilité du pays est en cause vu l’existence de «deux pôles extrêmes»: SYRIZA (coalition de la gauche radicale) et Aube Dorée. Cette théorie n’empêchait pas des liens, divers, entre des secteurs de la Nouvelle Démocratie et Aube Dorée. Des députés de la ND n’ont pas hésité à proposer une coalition entre la ND et «l’aile la plus raisonnable d’Aube Dorée», le secteur qualifié de «non-violent». Au-delà des calculs électoraux sous-jacents, chez certains de la droite, certes pas majoritaires pour l’heure, ces «considérations» ont eu une conséquence double: 1° minimiser le caractère néonazi et agressif – contre les migrants et de plus en plus contre les militants de la gauche radicale – d’Aube Dorée et, dans la foulée, camoufler la jonction entre les néonazis et des fractions significative des corps répressifs de la police; 2° par contre, criminaliser les actions des syndicalistes actifs et des militants de SYRIZA.

L’importance des manifestations du 18 septembre 2013 marque un possible tournant dans la mobilisation sociale contre les néonazis et contre la politique d’austérité du gouvernement, mettant en question la viabilité du gouvernement Samaras. Nous reviendrons sur ces questions demain, au travers d’un entretien avec Antonis Ntavanellos, porte-parole de DEA et membre de la direction de SYRIZA.

*****

Rassemblement jeudi 19/09/13 sur la place Saint-Michel, Paris,
contre l’assassinat de Pavlos Fyssas, militant antifasciste

Appel d’Union syndicale Solidaires

Le musicien de hip-hop et militant antifasciste Pavlos Fyssas est mort. Il a été froidement assassiné par un membre du parti Néo-nazi, Aube Dorée le 17/09/2013. L’antifasciste a reçu des coups de couteau directement au niveau du cœur devant de dizaines des personnes avec la tolérance des forces policières qui ont refusé d’intervenir.

Cet assassinat intervient cinq jours seulement après l’attaque meurtrière des néonazis d’Aube Dorée contre des militants du PC grec qui faisaient un collage dans un quartier ouvrier de Pirée. Ces événements font partie d’une grande série des agressions, des ratonnades et des assassinats des immigrants et des militants antifascistes qui ont eu lieu pendant les dernières années.

Dans un pays où le taux du chômage atteint 28%, où la plupart des travailleurs sont soit licenciés soit au chômage technique, où le 20% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les néonazis en pleine collaboration avec le gouvernement grec poursuivent une attaque contre l’ennemi intérieur. Chaque travailleur qui ne baisse pas la tête devant les attaques du capital, chaque immigrant qui essaie de gagner sa vie, chaque femme qui défend ses droits, chaque résistance contre la politique gouvernementale est qualifié « d’ennemi intérieur ». L’Aube Dorée est devenu l’amortisseur parfait de la colère populaire née par le désastre humanitaire provoqué par le gouvernement et la Troïka.

Le gang d’assassins a « bien » choisi les dates des attaques. Au moment où les enseignants menacés de licenciement descendent dans la rue avec une participation à la grève qui monte à 90%, au moment où les travailleurs d’autres secteurs rejoignent les enseignants en lutte, les néonazis jouent le seul rôle qu’ils connaissent depuis 70 ans, celui de l’écrasement de chaque voix libre.

La mort de Pavlos Fyssas n’est pas en vain. Elle rend plus décisives la lutte antifasciste et la lutte des travailleurs contre le gouvernement, la Troïka et l’Aube Dorée, le bras dur du capitalisme.

Les morts de Clément Méric et de Pavlos Fyssas doivent être les derniers crimes des criminels fascistes et néonazis.

Ni en France, ni en Grèce !
Le fascisme No passaran !
Solidarité internationale !

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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