mercredi
17
janvier 2018

A l'encontre

La Brèche

Thierry Carcenac, le sénateur «socialiste» emblème de l'arrogance affairiste et de la turpitude

Thierry Carcenac, le sénateur «socialiste» emblème de l’arrogance affairiste et de la turpitude

Mouvement pour le socialisme (MPS)

Le 5 novembre 2014, un rassemblement s’est tenu à Lausanne en hommage à Rémi Fraisse tué par une grenade offensive tirée par un garde mobile à tire tendu, le dimanche 26 octobre 2014. Le président du Conseil régional du Tarn et sénateur Thierry Carcenac, membre du Parti «socialiste», s’est fendu de la remarque suivante: «Mourir pour des idées c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête.» Thierry Carcenac est effectivement bête à manger des chardons! Cette bêtise rejoint la vilenie de celui qui est à l’origine d’un projet reconnu, aujourd’hui, comme inutile et dévastateur de retenue d’eau («barrage» de Sivens) sur le Tescou (rivière qui coule dans les départements du Tarn, de Tarn-et-Garonne et de la Haute-Garonne. La compagne de Rémi Fraisse, le jeune botaniste, raconte sur le site Reporterre: «Vers deux heures moins le quart, dans la nuit, des amis sont allés plus loin voir ce qui se passait. A leurs dires, ça avait l’air impressionnant, on entendait encore les explosions fortes. Rémi a voulu y aller. Le temps de faire le trajet, nous sommes arrivés sur les lieux des affrontements. Les flics tiraient en rafales. Le spectacle était très violent, l’ambiance très particulière, nous n’avions jamais vécu ça.» Puis «je l’ai vu partir d’un coup en criant “Allez, faut y aller!”. Il a commencé à courir devant. Il n’avait rien pour se protéger, il n’a pas mesuré ce qui l’attendait. Les flics ont tiré en rafales, je me suis écartée pour me mettre à l’abri. Quand je me suis retournée, Rémi n’était plus là.» Depuis ce moment tragique, divers reportages démontrent que des policiers jouent le rôle de provocateurs lors de manifestations, afin de créer les conditions médiatiques adéquates pour la répression.

Il est regrettable que les signataires du Parti socialiste vaudois (PSV) et autres forces institutionnelles aient adopté une attitude propre à double morale conforme à celle de leurs homologues français: dire une chose et faire le contraire; bien que le dire soit de plus en plus proche du faire. Ici: signer un appel à un rassemblement en hommage à Rémi Fraisse et l’ignorer, en être absent. Raison de plus pour que le site alencontre.org publie cette feuille distribuée aux militant·e·s présents et aux passant·e·s. (Rédaction A l’Encontre)

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Le 2 novembre, plusieurs milliers de personnes se sont réunies sur le site du projet de barrage de Sivens (dans le département du Tarn en France) pour une marche blanche en hommage à Rémi Fraisse. Aujourd’hui, à Lausanne, nous rendons aussi hommage à ce jeune botaniste qui s’opposait avec conviction à un projet de construction d’un barrage dont les dégâts sur une région sont aujourd’hui reconnus par les experts gouvernementaux (Nicolas Forray et Pierre Rathouis). Quant à son utilité, elle est des plus réduites: cette retenue d’eau pourrait être utilisée par 18 à 21 agriculteurs cultivant du maïs, par exemple, qui nécessite une utilisation très importante d’eau.

Les expertises de citoyens et citoyennes, engagé·e·s pratiquement dans la défense de l’environnement et de zones «naturelles», mettant en question ce projet de retenue d’eau, ont été multipliées. Les autorités locales et régionales ne les ont pas prises en compte. Elles ont été sourdes durant plus de quatre ans à toutes les démarches. Aujourd’hui la validité de la plupart des critiques argumentées est reconnue. Qui a fait la sourde oreille: les «élites socialistes» régnant dans le Conseil régional du Tarn. Le sénateur «socialiste» Thierry Carcenac est le symbole de ces seigneurs régionaux – il est aussi président du Conseil général du Tarn – qui se refusent à écouter, à entendre, ceux et celles qui, sur le terrain, mettent en question des projets inutiles.

Mais ces projets destructeurs sont toutefois fort utiles pour ces sociaux-démocrates. Ils en tirent des avantages de prestige, de pouvoir et aussi de relations sociales et économiques qui assurent leurs futures élections et leurs revenus de politiciens professionnels.

• Ce n’est pas un hasard si la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, structure membre de l’organisation patronale française le Mouvement des entreprises de France, Medef) c’est fait le défenseur du projet de barrage. Cette organisation très liée à la droite française représente les gros intérêts des gros agriculteurs, ceux du blé, du maïs, etc.

• A l’opposé, la Confédération paysanne – Syndicat pour une agriculture paysanne et la défense de ses travailleurs – soutient l’activité des zadistes, c’est-à-dire de ceux qui s’engagent dans la défense de zones: «zones à défendre». L’opposition entre ces deux structures syndicales est le symbole de l’opposition d’intérêts entre les petits paysans, les défenseurs de l’environnement, ceux et celles qui comprennent le rôle économique et écologique des zones humides. Sur le site de la Confédération paysanne, un mot d’ordre ressort: «Le monde n’est pas une marchandise».

En mai 2003, l’autorisation de lancement du barrage dans la forêt de Sivens a été votée, main dans la main, par la droite sarkozyste et les élus du Parti socialiste. Il en allait de même lors de l’avant-projet, qui date de 1989. Il en alla de même lors de la révision du projet en 2004. Les intérêts politiques et économiques des milieux capitalistes agricoles, de ceux qui captent les subventions de la PAC (politique agricole commune, de l’UE), des politiciens de droite comme sociaux-libéraux, soudent le camp des dominants. Certains disent qu’ils sont aveugles. Ce n’est pas vrai. Ils sont aveugles pour ce qui est d’une vraie politique de défense de l’environnement qui inclut un certain type d’agriculture, un rôle des petits paysans, des rapports entre la production locale et la consommation régionale, etc. Par contre, ils sont tout à fait clairvoyants pour ce qui a trait à leurs intérêts matériels, à leur prestige, à leur obsession de voir leurs noms gravés sur un barrage. Ils assurent ainsi leur postérité.

Rémi Fraisse participait à la protection de la Renoncule à feuille  d’ophioglosse (ci-dessous)

Rémi Fraisse participait à la protection de la Renoncule à feuille d’ophioglosse (ci-dessous)

renoncule_v_1-701a9La mort de Rémi Fraisse n’est pas le résultat d’un affrontement entre la très large majorité des opposant·e·s et les Gardes mobiles. Son origine est évidente.

• Le pouvoir central (Valls et Hollande) veut démontrer à la droite qu’il n’acceptera pas le blocage d’un projet de construction d’un barrage. Valls et Hollande ont la même politique pour ce qui est de la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (près de Nantes), qui est aussi le bébé (monstrueux) de l’ex-premier ministre d’Hollande: Jean-Marc Ayrault. L’occupation a empêché l’avancée des travaux de l’Ayraultport. La question est la suivante: l’occupation dans la forêt de Sivens va-t-elle bloquer le barrage Carcenac? Pour le gouvernement Hollande-Valls – qui est politiquement au tapis –, il faut démontrer au lobby des gros agriculteurs, au patronat de l’industrie – en un mot à ceux qui sont organisés dans le Medef – ainsi qu’aux directions de la SNCF, d’Air France, de la SNCM (société de transport assurant les liaisons entre la Corse et Marseille), donc à tous les «entrepreneurs» qui restructurent des boîtes que leur ordre est défendu.

• Pour en faire la preuve, il ne faut pas seulement engager un banquier au ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique: Emmanuel Macron. Ce dernier était un associé de la banque Rothschild et, dans cette fonction, il a assuré le rachat par Nestlé de la division nutrition infantile du géant de la pharma Pfizer. Ses liens avec le patron ultra-droitier de Nestlé, Peter Brabeck, sont connus. Macron a été le bras de levier de cette opération à 9 milliards de Nestlé pour battre la transnationale française Danone.

• Il faut aussi démontrer que l’ordre doit régner sur le terrain: pas d’occupation d’usine par des salarié·e·s licencié·e·s, si l’entreprise se restructure. Une entreprise morte peut être occupée. Pas d’occupation par les zadistes de zones dénaturées par des projets délirants. Pour cela, les Gardes mobiles (un corps militarisé dépendant du ministère de la Défense, donc de Jean-Yves Le Drian), les CRS (Compagnies républicaines de sûreté), dépendant du ministère de l’Intérieur (Bernard Cazeneuve) sont un instrument d’ordre qui peut, d’une part, susciter le désordre et, d’autre part, assurer que le chambardement écologique déprédateur puisse se faire. La violence utilisée par les forces répressives a, de ce point de vue, une fonction exemplaire. Elle doit susciter la peur. Et, une partie des médias focalise son analyse sur «quelques casseurs», faisant silence sur la très large majorité de ceux et celles qui depuis des mois et des mois organisent une occupation pacifique des lieux. Rémi Fraisse était membre de France nature environnement (FNE), une organisation qui dispose de 3000 comités locaux surveillant l’aménagement du territoire, les projets de construction spéculatifs, la destruction de forêts, les pollutions de rivières, etc. La FNE revendique 850’000 membres. Difficile de les transformer tous en activistes du «black bloc».

Le Parti socialiste vaudois, les Jeunesses socialistes qui, heureusement, soutiennent ce rassemblement vont-ils exprimer leurs désaccords avec la politique et les décisions concrètes de leurs confrères et consœurs du Parti socialiste français? Vont-ils avaliser l’opération de diversion de Ségolène très Royal: elle reçoit tout le monde, sauf les zadistes, ce 4 novembre. Elle indique clairement que le projet, un peu relooké, sera maintenu. La championne de la «démocratie participative» exclut de la «participation» une partie de ceux qui, sur le terrain, se battent depuis des années, avec leurs expertises, comme Rémi Fraisse le botaniste. Valls, avec une mimique rigide proche d’une matraque, a affirmé une fois de plus que ce projet de barrage comme celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait maintenu.

• Les camarades «socialistes», membres du Conseil d’Etat (Nuria Gorrite, Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard), étaient-ils au courant que la gendarmerie vaudoise s’entraînait à Saint-Astier avec les forces de répression françaises pour apprendre à imposer des décisions des «milieux économiques» dans l’aménagement d’un quartier, d’une zone rurale ou à maîtriser avec vigueur une manifestation de défense des droits sociaux et démocratiques? Il est vrai que la police encadre avec gentillesse des groupes de supporteurs descendant de la Pontaise à la gare. Il faut savoir faire la différence.

L’inscription (mur de droite) «Crèche La Ribambelle» est symptomatique:  qui est la surveillante et qui sont les pensionnaires? Réponse: un jeu d’enfant.

L’inscription (mur de droite) «Crèche La Ribambelle» est symptomatique:
qui est la surveillante et qui sont les pensionnaires? Réponse: un jeu d’enfant

• Plus concrètement, leur collègue, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, en tailleur rose, visitait le camp d’entraînement de Saint-Astier en septembre 2013 [voir la note d’information et illustration dans l’article publié sur ce site en date du 4 novembre 2014]. Elle a reçu alors un poignard militaire. L’a-t-elle transmis au Conseil d’Etat, comme un cadeau officiel, propriété du canton? Ou l’a-t-elle gardé comme décoration dans sa garde-robe? Plus sérieusement, le Conseil d’Etat in corpore va-t-il suivre avec attention le bilan fait par les forces de l’ordre, par leurs amis du gouvernement «socialiste» français, par les «socialistes» français qui sont sous le choc de cette tragédie humaine (la mort de Rémi Fraisse) et de l’aveuglement de leurs élus? Ce d’autant plus que les stages, à Saint-Astier, des policiers formés à l’Académie de police de Savatan se poursuivent et la «maîtrise» des manifestations reste un centre de préoccupation, comme l’indique la photographie du stage de 2014, le troisième.

Certains libertaires, qui ont conseillé l’ex-patron (entre 1996 et 1998) du Département de Justice, de Police et des Affaires militaires, Josef Zisyadis, ont tiré, eux, un bilan et n’hésitent pas à s’opposer aux interventions policières démesurées.

La mobilisation en hommage à Rémi Fraisse doit être non seulement un acte d’empathie mais aussi l’occasion d’une réflexion sur les liens étroits entre défense de l’environnement, défense des droits sociaux (droits des petits paysans, droits de ceux qui, déjà, ont travaillé sur le chantier) et des droits démocratiques. Autrement dit, en l’occurrence, le respect par le gouvernement dit socialiste des initiatives «citoyennes» et l’imposition par ce gouvernement de restrictions impératives à l’utilisation des forces de police. Or, ce gouvernement les utilise pour imposer des intérêts bien particuliers de particuliers. (5 novembre 2014)

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David Mandel, «L’héritage de la révolution russe», novembre 2017

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