jeudi
14
décembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Manifestation de protestation, le 3 octobre, dans le Jardinets de Gracia (Barcelone)

Le référendum qui s’est tenu le 1er octobre en Catalogne est un événement qui met à l’ordre du jour une série de questions fondamentales. La répression sauvage du gouvernement du Parti populaire (PP) et des appareils d’Etat est la démonstration d’un projet autoritaire incapable de répondre de manière civilisée aux revendications démocratiques des gens. Sa propre image que diffuse ainsi le gouvernement Rajoy, reprise par les médias du monde entier, nous renvoie aux temps obscurs du franquisme tardif. Tout démocrate réel ressentira de la honte et de l’opposition devant les images de la police frappant des personnes qui cherchaient à exercer leur droit de vote ou celles de réquisition des urnes. Nous condamnons les agissements du gouvernement et les appareils de l’Etat et nous communiquons notre sympathie aux centaines de blessés, parmi lesquels des militant·e·s d’Anticapitalistas.

Le peuple catalan a démontré, autant lors de la journée du 1er octobre qu’au cours des dernières semaines, une volonté collective et une capacité d’auto-organisation énorme. Cela lui a permis d’articuler un mouvement de désobéissance civile pacifique massif: des occupations communautaires d’écoles et de collèges, la réserve face aux provocations policières, des comités de base de défense du référendum, une mobilisation large qui a inclus des secteurs des classes laborieuses et populaires, débordant ainsi les cadres de la politique officielle. Le fait que le référendum a pu se dérouler avec succès démontre que nous ne faisons pas face à un simple jeu d’opérations d’une élite politique. Nous nous trouvons devant un mouvement large, au sein duquel des personnes ordinaires ont exprimé leur détermination à décider de la relation qu’ils entendent entretenir avec l’Etat central.

Le mouvement souverainiste en Catalogne a placé à l’ordre du jour deux éléments qui deviennent toujours plus difficiles à nier. D’un côté, l’impossibilité de réformer la Constitution et le régime de 1978 en direction d’une fédération (c’est-à-dire qui accepte la libre volonté et la souveraineté des différentes parties). De l’autre, la démonstration que seule une pratique massive de désobéissance civile peut constituer l’instrument avec lequel les couches populaires sont à même de déborder les limites institutionnelles.

Le régime tripartite PP-PSOE-Ciudadanos [parti d’origine catalane dirigé par Albert Rivera] a refusé systématiquement de proposer une issue démocratique et pacifique aux revendications du peuple de Catalogne. Leur stratégie a été un échec lamentable. Le référendum s’est tenu avec succès dans un scénario au sein duquel l’autoritarisme du gouvernement du PP a rompu les ponts du dialogue, avec pour résultat qu’aujourd’hui un nombre toujours plus élevé de gens en Catalogne comprend qu’il n’existe pas la possibilité d’une «imbrication» [un Etat catalan imbriqué dans un Etat fédéral] dans cet Etat espagnol. Le PSOE, sous la forme de son soutien subalterne à Mariano Rajoy, a été incapable de proposer une voie différente. La prétendue rénovation proposée par Pedro Sánchez [dirigeant du PSOE] n’est rien d’autre qu’un changement de visages qui ne se traduit pas en une proposition politique alternative à celle du PP.

Ce mardi 3 octobre, les syndicats ont convoqué une grève générale en Catalogne face à la répression de l’Etat et en défense du droit à décider du peuple catalan. L’action de ceux et celles d’en bas est fondamentale pour que le processus constituant catalan mette en question un modèle économique qui ne bénéficie qu’à une minorité. C’est dans cette lutte contre ceux d’en haut que les classes laborieuses et populaires se trouveront. Et nous serons à leur côté.

Les élites espagnoles ont échoué à résoudre la «question catalane». Elles n’ont fait qu’empirer les choses, provoquant des haines, affaiblissant la démocratie et utilisant la force brute contre les gens ordinaires. Au sein des élites, le poids du PP et du gouvernement de Mariano Rajoy a été décisif, optant pour bloquer toute solution à la question catalane sous une forme démocratique et de dialogue [1]. Cette position du bloc réactionnaire lui est utile dans le reste de l’Etat espagnol afin de consolider le recul des droits sociaux, du travail et de l’environnement que nous traversons depuis le début de la crise.

Que personne ne se trompe: le renforcement de Mariano Rajoy autour de la question catalane constitue un affaiblissement de nos droits dans le reste du pays. Voilà l’enjeu en dehors de Catalogne.

Un autre pays ne peut être bâti qu’en l’absence du PP du gouvernement. Il faut donc œuvrer, dès maintenant, pour dégager Rajoy de la Moncloa [siège du gouvernement espagnol]. Face à ce dilemme, la réaction de Sánchez a été une défense tiède du gouvernement Rajoy, ce qui démontre les limites réelles d’une politique qui compterait sur lui pour faire naître un bloc constituant œuvrant à une alternative en faveur de la majorité sociale. Cela ne peut que décevoir ceux qui voyaient en lui une option permettant de «reconvertir» le PSOE et d’affronter le PP [2]. Dans cette situation, il apparaît toujours plus évident qu’un nouveau projet pour les classes populaires ne sera possible qu’en promouvant des processus constituants qui vont au-delà du régime de 1978.

En ce moment, il est par conséquent urgent d’impulser un mouvement démocratique qui défende la légitimité des décisions du peuple catalan et qui, en même temps, fasse front à l’offensive réactionnaire du PP. C’est seulement ainsi que nous pourrons construire une majorité sociale à même de faire ce que le régime ne fait pas: dialoguer entre égaux, sans répression ni cadenas, afin de lutter pour construire une cohabitation démocratique libre et solidaire où ceux et celles d’en bas soient les acteurs et où la volonté des parties constitue les éléments des relations mutuelles. (Déclaration publiée le 3 octobre 2017, traduction A l’Encontre)

____

[1] Dans son discours télévisé de six minutes et demie, au soir de l’immense grève et de «l’arrêt du pays» en Catalogne, le 3 octobre, le roi Felipe VI de Bourbon – qui a succédé à son père Juan Carlos Ier, nommé par Franco, ayant régné de novembre 1975 à juin 2014, chef des armées comme son fils – a donné son blanc-seing aux actes et la déclaration de Rajoy, et a confirmé les menaces face à ce qui était, implicitement, qualifié de coup d’Etat anti-constitutionnel de la part de la Generalitat. De plus, la justice espagnole a «convoqué en vue de son inculpation» le chef la police catalane (Mossos), Josep Lluis Trapero, dans le cadre d’une «enquête pour sédition». Les manifestations contre la police nationale et la Garde civile ont mobilisé dans la rue, selon le quotidien La Vanguadia du 3 octobre 2017, plus de 700’000 personnes. (Réd. A l’Encontre)

[2] Cette phrase se réfère à l’orientation adoptée notamment par Pablo Iglesias, dirigeant de Podemos, au début de l’été, soit faire des appels du pied au PSOE en vue de la constitution d’un gouvernement PSOE-Podemos, solution qui avait été proposée lors du congrès de Vistalegre II de février 2017 par Inigo Errejon et combattue alors par Pablo Iglesias. Ce qui a permis à ce dernier d’écarter Errejon et ses partisans, avant de reprendre leur orientation. L’entrée de Podemos au gouvernement de Castille-La Manche doit constituer le «laboratoire» de cette orientation. Voir l’article publié sur ce site. (Réd. A l’Encontre)

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