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avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Gaz de schiste: aussi polluant que le charbon

Publié par Alencontre le 13 - mars - 2012

Par Louis-Gilles Francoeur

Le 11 février 2012, quelque 2000 manifestant·e·s sont descendus dans la rue à Saint-Julien-en-Genevois afin de protester contre des forages pour la recherche de gaz de schiste. Le débat en France – après le Canada et les Etats-Unis – a pris de l’ampleur.

Début mars 2012, la presse helvétique éclairait, à nouveau, les opérations de forage en vue dans la région lémanique, opérations conduites sous la houlette de la société Petrosvibri SA, une «société destinée à la recherche d’hydrocarbure en profondeur».

Petrosvibri SA a comme actionnaire, à hauteur de 66%, la firme Gaznat. Parmi les actionnaires de Gaznat, on trouve les SIG (Services industriels de Genève) pour 37,51%, la Commune de Lausanne pour 26,89%, Holdigaz SA (sise à Vevey), etc. L’autre actionnaire de Petrosvibri SA, à hauteur de 34%, est la société Holdigaz SA de Vevey. A remarquer que nombreux parmi ces acteurs sont des «collectivités publiques» dans lesquelles la «gauche» et les «écologistes» ont «leur mot à dire». Paraît-il.

Or, Petrosvibri SA a des visées, depuis 2009, sur la région du Chablais, après avoir commencé à forer sur la commune de Noville (Vaud), phase préalable à l’obtention d’un permis d’exploitation, si le ratio investissement-rentabilité est confirmé. Ces projets concernant le Chablais vaudois ont comme objectif le gisement «gaz de réservoir compact». Ces gaz sont extraits (d’une roche peu poreuse) par la technique de fracturation et d’acidification. Une technique dont les dégâts sont documentés par des instances scientifiques reconnues. Les risques de pollution pour les eaux du Léman – une réserve d’eau douce exceptionnelle en Europe – seraient grands. La carte ci-dessous permet d’appréhender la zone du Léman directement concernée. Il faut avoir à l’esprit que le Léman «communique» avec le Rhône et ce fleuve avec la Méditerranée…

En plus du débat sur les effets désastreux du mode d’exploitation s’ajoute une seconde controverse. Les arguments avancés par les défenseurs de l’exploitation du gaz de schiste insistent sur une fable: ce dernier émet moins de CO2 que le charbon. Dès lors, son exploitation participe du combat «contre le réchauffement climatique». Des études sérieuses démontrent le contraire. Elles viennent du Canada et des Etats-Unis. Espérons que les «forces de gauche et écologistes» qui forent (avec effort pour la gauche de gauche) leur trou dans les exécutifs de Suisse française prennent connaissance, directement, de ces études. Nous y contribuons en publiant ci-dessous deux articles d’un spécialiste canadien des questions dites écologique. (Rédaction A l’Encontre)

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Les émissions de gaz de schiste [ou «gaz de roche-mère » ou «gaz de shale », est une forme de gaz  extrait à partir de terrains schisteux] sont deux fois plus importantes que ce que rapporte cette industrie au point d’équivaloir celles du charbon, le pire combustible fossile pour le climat planétaire, révèle une étude conjointe de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis et de l’Université de Boulder au Colorado.

L’étude en question, qui est publiée dans la revue Journal of Geophysical Research (VOL. 117, D04304, 19 pp., 2012) faisait aussi   l’objet d’un rapport dans la prestigieuse revue Nature.

C’est la première étude dont les résultats ne proviennent pas d’analyses théoriques ou de modélisation, mais de mesures empiriques au sol à partir d’équipements mobiles et dans des «tours» d’analyse des gaz présents dans l’air.

Les auteurs de cette étude concluent: «notre analyse suggère que les émissions des gaz mesurés sont généralement sous-évaluées dans les inventaires courants et qu’en raison de ces évaluations, il s’agit d’un rapport de deux fois». En clair, les émissions mesurées sont deux fois supérieures à celles des études mises de l’avant par les industriels et certains organismes gouvernementaux.

Sauf une. Il s’agit de celle du professeur Robert Howart, un chercheur de l’Université Cornell dont le quotidien québécois Le Devoir avait publié les conclusions (voir l’article ci-après, publié le 9 septembre 2010) à celles de la combustion du charbon parce que cette molécule est 100 fois plus efficace comme gaz à effet de serre que le CO2 pendant ses premiers 20 ans dans l’atmosphère. A plus long terme, le pouvoir de captage de la radiation solaire par le méthane de schiste est 25 fois supérieur au CO2.

Le professeur Howart, qui a publié il y a quelques semaines une version révisée de son étude du printemps, déclarait hier à la revue Nature qu’en réalité, les mesures de la NOAA se révélaient même légèrement supérieures à ses propres calculs tout en les suivant de près.

L’étude NOAA-Colorado situait les fuites de gaz de schiste entre 2,3 % et 7,7 % selon les sites inventoriés, avec une médiane autour de 4 %, soit plus que celles de l’Université Cornell et plus qu’une autre étude de l’Agence de protection de l’Environnement (EPA) des États-Unis.

Les auteurs de la nouvelle étude NOAA-Boulder insistent aussi sur le fait que leurs calculs n’ont pas tenu compte d’un autre volet des fuites, soit celles provenant des oléoducs et des systèmes de distribution municipaux.

La combustion du gaz naturel émet la moitié des gaz à effet de serre (GES) que le charbon. Mais les nouvelles études tiennent compte non seulement des émissions à la sortie des fournaises industrielles ou domestiques, mais aussi des émissions provenant de la fracturation hydraulique, des liquides entreposés, des fuites aux têtes de puits ou du sol, des équipements de raccordement, etc. C’est ainsi que le bilan des gaz de schiste rejoint celui du charbon.

Ces constats ne tiennent pas pour le gaz naturel provenant d’un puits classique, lequel n’exige aucune des complexes opérations de fracturation. Les conclusions de l’étude NOAA-Boulder pourraient bien compromettre l’image des gaz de schiste comme combustible de transition entre les combustibles riches en CO2 et les énergies vertes.

Réactions

Pour Patrick Bonin, directeur du dossier climat-énergie au sein de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), cette nouvelle étude enfonce un autre clou de taille dans les projets de cette industrie au Québec, un des rares États nord-américains à s’être doté d’un plan de réduction substantielle de ses GES.

«Elle démontre clairement, dit-il, que si le Québec poursuit le développement de l’exploitation des gaz de schiste, il lui sera impossible d’atteindre son objectif de réduction d’émissions de GES pour 2020 et même de respecter ses normes sur la qualité de l’air ambiant», car le méthane est aussi un précurseur d’ozone troposphérique (au sol), qui est particulièrement dommageable pour les humains et les plantes.

Quant au président de l’AQLPA, André Bélisle, il estime que l’étude justifie une réévaluation des 600 puits connus, fermés ou en instance de l’être, car leurs fuites sont fort probablement plus importantes que celles déclarées par l’industrie.

L’ampleur des constats d’un organisme scientifique aussi prestigieux que le NOAA, ajoute-t-il, rend encore plus impérative la nécessité d’un moratoire complet sur cette exploitation au Québec.

L’AQLPA estime que Québec doit trouver dans cette nouvelle étude un motif supplémentaire pour «écouter la population» et pour se concentrer plutôt sur la biométhanisation, soit la production de méthane à partir de déchets domestiques, ce qui règle deux problèmes d’un coup.

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Aussi polluant que le charbon

Le développement accéléré des gaz de schiste pourrait compromettre le bilan des gaz à effet de serre (GES), dont le Québec se vante partout, car la filière du gaz naturel serait aussi polluante et aussi néfaste pour le climat que le charbon, le pire de tous les combustibles fossiles connus jusqu’ici

C’est ce qu’indique une «évaluation préliminaire» des émissions de GES de la filière des gaz de schiste, consacrée aux émissions cumulatives non seulement de la combustion du méthane extrait des schistes souterrains, mais aussi de toutes les étapes fort complexes et nombreuses, y compris les fuites et les émissions fugitives de gaz, de l’exploration jusqu’aux nombreux forages exigés par cette technique.

Cette évaluation préliminaire a été réalisée par une équipe de scientifiques de l’Université Cornell, dans l’État voisin de New York, sous la direction du professeur Robert Howart, un spécialiste en écologie et en biologie environnementale.

Le professeur Howart a précisé hier, dans une entrevue donnée au Devoir, que son étude fera partie du matériel scientifique utilisé par l’Environmental Protection Agency (EPA) dans l’évaluation globale de la filière des gaz de schiste qu’elle a amorcée au cours des derniers mois au niveau fédéral étasunien.

Une étude plus complète, a expliqué le professeur Howart, sera déposée auprès de l’EPA d’ici deux mois. Mais, insiste ce scientifique, ces deux analyses des émissions de GES des gaz de schiste seront toujours basées sur les indices scientifiques présentement disponibles.

«Il faudrait idéalement réaliser une étude en profondeur, qui validerait toutes ces données en les intégrant, a-t-il dit, ce qui prendra du temps et quelques millions de dollars.» Aller de l’avant comme on le fait au Québec dans le cadre de l’audience du BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement), en se basant strictement sur la documentation disponible sans validation supplémentaire par des études plus approfondies, lui apparaît être «pour le moins une position fragile», dit-il.

C’est pourquoi, devant l’ampleur des impacts potentiels d’un développement accéléré de cette filière partout en Amérique, il estime que l’État de New York a fait preuve de «clairvoyance et de prudence» en décrétant un moratoire sur le développement de cette filière, qui pourrait réserver des surprises désagréables.

L’étude entreprise par l’équipe du professeur Howart a calculé que la totalité des émissions associées à l’extraction du méthane des gaz de schiste atteindrait 33 grammes équivalent de CO2 par million de joules d’énergie, comparativement à 20,3 grammes pour des carburants comme le diesel ou l’essence.

Si on ne tient compte que des émissions de GES attribuables à la combustion de ces différents carburants, précise son rapport préliminaire, on obtient des émissions de seulement 13,7 grammes par million de joules pour le gaz naturel, comparativement à 18,6 grammes pour l’essence, 18,9 grammes pour le diesel et 24 grammes pour le charbon. Ces valeurs proviennent du ministère de l’Énergie des États-Unis.

Mais, ajoute le rapport du professeur Howart, le véritable portrait de chaque filière apparaît seulement quand on intègre dans un bilan de synthèse toutes les émissions associées à la recherche, aux différentes et multiples phases de l’exploitation et du transport de chaque combustible.

Or, précise le chercheur, même s’il n’y a pas d’étude exhaustive sur les fuites et les émissions fugitives associées aux multiples forages nécessaires pour extraire les gaz de schiste par la fracturation hydraulique, on estime que ces émissions sont beaucoup plus importantes que celles reliées à l’exploitation des puits et au raffinage du pétrole.

Ainsi, expliquait hier le professeur Howart en entrevue, le méthane extrait des gaz de schiste est 25 fois plus puissant comme gaz à effet de serre que le CO2 si on étale ses impacts sur 100 ans. Mais, dit-il, le dernier rapport du GIEC précise que, si on tient compte des impacts sur un horizon plus court de 20 ans, une période plus compatible avec la vie utile de la plupart des puits de gaz de schiste, on obtient un pouvoir de captage de la chaleur solaire 72 fois supérieur au CO2, plutôt que 25 fois.

Ensuite, si on retient un facteur de fuites de 1,5 % des quantités extraites du sol, soit ce que retient le gouvernement fédéral des États-Unis dans son propre bilan des GES, on obtient alors des émissions moyennes supérieures à celles de l’essence ou du diesel, ce qui va à l’encontre de l’image projetée par les industriels du gaz.

Jusqu’ici, explique l’universitaire, on a répété que le gaz naturel émettait moins de GES que les deux principaux combustibles tirés du pétrole, soit le diesel et l’essence. Mais, dit-il, c’est parce qu’on n’additionne pas les émissions associées à toutes les étapes de l’extraction de ces combustibles, en plus de leur future utilisation.

En somme, conclut l’étude de cette équipe scientifique, «en tenant compte de toutes les émissions provenant de l’utilisation du gaz naturel, il semble probable que son utilisation soit beaucoup moins attrayante que celle du pétrole et elle n’est pas significativement meilleure que l’utilisation du charbon en ce qui a trait au réchauffement du climat.»

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