lundi
26
juin 2017

A l'encontre

La Brèche

Stalin Pérez Borges du mouvement En Luchas

Entretien avec Stalin Pérez Borges

La proposition de convocation d’une Assemblée nationale constituante (ANC) faite récemment par le président Nicolás Maduro a provoqué une énorme polémique. Et comme cela se passe souvent, «l’opinion de la classe des travailleurs et travailleuses est celle que l’on connaît le moins». La Commission de presse du mouvement En Luchas a donc demandé à la journaliste Aurora Gutiérrez de réaliser cet entretien afin de faire connaître ce que pense le courant En Luchas à propos de cet appel à l’ANC.

Aurora Gutiérrez s’est entretenue avec un des membres de cette organisation, militant syndical et politique de longue date au Venezuela. Ce courant socialiste-révolutionnaire est entré dans le PSUV lors de sa création pour y défendre ses positions. Ce qui s’est révélé plus que difficile. Il a d’ailleurs été l’objet de diverses mesures politiques répressives. La position politique de Pérez Borges doit, dès lors, être lue à partir de cette trajectoire et de son analyse du potentiel populaire s’exprimant encore non seulement dans les structures de base – ce qui est partagé par divers courants – mais aussi dans le PSUV, en tant que «parti». Ce dernier point est sujet à des opinions différentes parmi des socialistes révolutionnaires qui le considèrent comme «un parti-Etat». Voir à ce sujet la déclaration collective publiée sur ce site en date du 9 mai 2017. (Réd. A l’Encontre)

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AG: Croyez-vous que cette proposition d’Assemblée nationale constituante soit la solution face à la grave crise que traverse le pays ?

SPB: Bien sûr qu’en soi ce n’est pas une solution. Cette initiative doit être accompagnée d’un ensemble de propositions et de mesures d’urgence économiques qui permettent d’apporter une solution au problème de la pénurie de biens, des prix élevés et du pouvoir d’achat des salarié·e·s. Et en même temps, il faut bien sûr aborder le problème de la crise politique et faire cesser immédiatement la spirale de violence qui s’est élevée à des niveaux très dangereux, ce qui nous a plongé dans en état de chaos et au bord d’une guerre civile.

Dans ce sens, cette ANC peut être un instrument permettant d’ouvrir un espace de débat (un débat qui actuellement n’existe pas) entre tous les secteurs sociaux, afin de trouver le chemin du vivre-ensemble ainsi que les mesures économiques, politiques et sociales qui font aujourd’hui défaut dans le pays. C’est en cela que cette convocation fait sens.

On peut bien sûr supposer que les députés néolibéraux et/ou social-démocrates proposeront des mesures correspondant à leur conception des choses. De leur côté, les travailleurs et secteurs populaires devront donc faire les propositions qu’ils estimeront, eux, en mesure de résoudre leurs problèmes réels. Et nous, les socialistes, proposerons des mesures permettant de s’engager effectivement sur la voie d’un véritable socialisme. Dans le cas particulier de notre courant En Luchas, nous considérons le socialisme comme étant la plus forte expression de la démocratie, comme un système dans lequel ce sont les travailleurs, les travailleuses et les secteurs populaires qui décident. Il est indispensable que cela se fasse sans bureaucratie ni capitalistes. Pour toutes ces raisons, indépendamment du motif pour lequel le président Maduro a convoqué cette Assemblée, nous acceptons le défi qui nous est posé et nous nous battrons pour que les députés qui y siégeront soient élus par les «bases populaires» et non pour les appareils partisans ou de l’appareil d’Etat.

AG: Au regard de cette nouvelle proposition d’Assemblée constituante, pensez-vous que la Constitution qui avait été approuvée en référendum par le peuple en 1999 soit devenue obsolète?

SPB: Bien sûr que non, ce qu’il s’agit de revoir, ce sont les «nœuds», les omissions et les failles qu’elle comporte depuis son origine. En 2007 déjà, le président Chávez insistait sur le fait qu’en dépit de ses énormes avancées (qui font d’elle, au plan formel, l’une des constitutions les plus avancées au monde), celle-ci pouvait encore être améliorée sur de nombreux points.

AG: Pourquoi pensez-vous que la MUD [Mesa de la Unidade democrática/Table de l’unité démocratique] n’accepte pas aujourd’hui cette proposition de convocation?

SPB: D’abord parce que le projet de ces gens a toujours été de chasser par la force le président Maduro, ce qui s’est révélé de façon évidente dans le discours de Henry Ramos Allup, lorsqu’à l’occasion de l’investiture de la nouvelle Assemblée nationale [dont il est le président depuis le mois de janvier 2016], il a affirmé de façon véhémente que dans les six mois ils allaient faire sortir Maduro du gouvernement. Avant cela, ils avaient déjà lancé différentes actions telles que «SALIDA» [sortie] en 2014, et organisé toutes sortes d’actes déstabilisateurs durant l’année 2016 qui ont conduit à une situation de violence toujours plus forte.

Sur le plan de l’économie, les entrepreneurs ont maintenu leur action de sabotage, en n’investissant pas dans le secteur industriel, ce qui a ainsi réduit la production et a contribué à générer une guerre économique, qui par l’incapacité du gouvernement à la mettre en échec, s’est convertie en un chaos économique dans lequel chacun fixe les prix selon son avantage. Avec cette convocation à une ANC, il y a maintenant une chance pour que les secteurs sociaux y obtiennent un haut pourcentage de représentation: il est donc urgent que ces secteurs s’organisent afin de jouer un rôle «de premier rang» dans ce processus.

AG: Croyez-vous que cette proposition à une ANC soit bien accueillie et soutenue par les secteurs populaires qui ont été si durement affectés par la situation économique, le coût de la vie si élevé et la pénurie?

SPB: C’est là que jouent un rôle fondamental les mouvements sociaux, les communes, les Conseils communaux, les UBCH [Unidades de Batalla Bolívar-Chávez], les syndicats, les comités et toutes les formes d’organisation du peuple pour favoriser des espaces de discussion et de dialogue permettant de convaincre la majorité du pays qu’il existe peut-être un chemin vers le vivre-ensemble.

Si nous n’y parvenons pas, nous continuerons à vivre dans ce climat de conflictualité et de violence qui ne contribue en rien au développement et au bien-être du peuple. Et pour finir, je dirai que ceux qui doivent savoir jouer leur rôle, ce sont les partis politiques qui sont d’accord avec la convocation à cette Assemblée et vont se battre pour leur droit à y avoir des députés.

Il y a notamment le PSUV [Parti socialiste unifié du Venezuela], ce qui reste des partis politiques du Pôle patriotique et la Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs qui ne peuvent espérer imposer leurs décisions contre celles de leurs bases. J’en appelle à tous les dirigeants syndicaux et aux militants révolutionnaires à tout faire pour participer à ce débat et œuvrer en faveur de la convocation de cette Constituante. Nous y prendrons part avec le peuple des travailleurs. Nous faisons confiance à ses forces créatrices. Seule son action révolutionnaire nous sortira de l’actuelle situation de risque de violence. (Entretien publié sur le site vénézuélien Aporrea, le 9 mai 2017; traduction A l’Encontre)

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1 commentaire

  1. Fausse constituante au Venezuela : des leçons pour la France ! | Arguments pour la lutte sociale dit:

    […] constituante véritable pour autant. L’opposition « interne » au régime (voir par exemple l’interview de Stalin Perez Borge sur le site A l’Encontre) en est réduite à vouloir faire de la fausse constituante de […]

    Ecrit le 21 mai, 2017 à 2017-05-21T18:36:50+00:000000005031201705

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«Les exilés harcelés à Calais»

Reportage d'Arte, 10 juin 2017

A Calais, entre les riverains et les forces de l'ordre, les tensions sont vives et les exilés ne sont plus les bienvenues. Les associations d'aide aux migrants ont de plus en plus de mal à faire leur travail, et notamment à distribuer les repas. Les exactions des forces de l'ordre sont continues: gazages répétés, blessures, vols, sont le quotidien des migrants de Calais. Ce harcèlement s'intensifie de plus en plus d'autant que le gouvernement a confirmé qu'il allait maintenir cette politique, du renfort est même prévu.

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«Grèce: un système de santé malade»

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