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Ebola. Dans le quartier «72nd SKD Boulevard», à Monrovia

Publié par Alencontre le 14 - octobre - 2014
Mercy Kennedy, âgée de 9 ans, sa mère décédée, réside dans le 72nd SKD Boulevard à Monrovia. Le 2 octobre des «volontaires» viennent dans sa maison. Elle en a peur. Logeait aussi dans ce groupement de maions Thomas Eric Duncan, un Libérien hospitalisé à Dallas et décédé. Il avait été renvoyé par le Texas Health Presbyterian Hospital, malgré des signes de fièvre. Il fut réadmis deux jours plus tard. Il avait été en contact, au Liberia, avec une personne malade: le transport de cette femme qui semblait devoir accoucher à 7 mois de grossesse. Il est entré au Etats-Unis sans le déclarer. L'Etat libérien a ouvert une procédure contre l'ex-Duncan pour «avoir menti»! (Réd. A l'Encontre)

Mercy Kennedy, âgée de 9 ans, sa mère décédée, réside dans le 72nd SKD Boulevard à Monrovia. Le 2 octobre des «volontaires» viennent dans sa maison. Elle en a peur. Logeait aussi dans ce groupement de maions Thomas Eric Duncan, un Libérien hospitalisé à Dallas et décédé. Il avait été renvoyé par le Texas Health Presbyterian Hospital, malgré des signes de fièvre. Il fut réadmis deux jours plus tard. Il avait été en contact, au Liberia, avec une personne malade: le transport de cette femme qui semblait devoir accoucher à 7 mois de grossesse. Il est entré au Etats-Unis sans le déclarer. L’Etat libérien a ouvert une procédure contre l’ex-Duncan pour «avoir menti»! (Réd. A l’Encontre)

Par Florence Richard

L’adolescente apparaît sur le perron de la maison, un tee-shirt vert en guise de foulard noué sur la tête. Sa démarche est hésitante, ses yeux un peu gonflés. Elle se sent fiévreuse depuis la veille, explique-t-elle. A quelques mètres d’elle, dans la cour, Alice, sa mère, entièrement vêtue de noir, lui jette un regard inquiet. Dans ce contexte, que dire pour rassurer son enfant? Cette fois, Alice ne trouvera pas les mots et se contentera d’un soupir. Son mari, pasteur, est mort le 6 octobre, quatre jours après avoir présenté les premiers symptômes d’Ebola. Il avait été en contact avec deux personnes atteinte : une infirmière puis une femme enceinte. C’est lui qui a fermé les yeux de cette dernière quand elle est morte.

Alice vit désormais seule avec ses six enfants. La famille ne peut pas sortir au-delà de la petite cour boueuse pendant les vingt et un jours d’incubation de la maladie. Impossible d’aller au marché acheter de quoi se nourrir, impossible pour les enfants d’aller à l’école. La solidarité semble malgré tout fonctionner dans ce quartier pauvre du nord de Monrovia où pas un seul foyer n’est épargné par Ebola. C’est ici, dans le quartier du «72nd SKD Boulevard», que vivait Thomas Eric Duncan, le premier patient à avoir été diagnostiqué hors Afrique, et qui est décédé sur le sol américain la semaine dernière à l’âge de 42 ans

Avant de s’envoler vers les Etats-Unis, Thomas Eric Duncan logeait avec huit autres personnes dans une maisonnette aux pièces séparées par de minces cloisons. Trois sœurs, leur frère et quatre enfants qui attendent eux aussi la fin de la période d’incubation. «Dieu merci nous sommes vivants, mais nous avons peur», raconte Irène, la mère des quatre enfants. C’est la presse américaine qui a appris à la famille la disparition de leur «ami». «Il allait bien avant de partir, précise le frère, Peter. Nous étions désolés d’apprendre la nouvelle.» Une bouteille en plastique remplie de chlore trône sur le muret de l’étroite terrasse. C’est là leur seul moyen de se protéger d’Ebola, dans un environnement totalement infesté.

Sorti «vivant», comment se réintégrer dans sa communauté?

Dans la maison d’en face, toute la famille a succombé à l’exception du père. «Il est traumatisé, il ne sort plus de chez lui», explique Pewu Wolobah, un des bénévoles de l’association Youth Partnership for Peace and Development (YPPD). Au Liberia, il existe un nombre pléthorique d’associations qui désormais font de la lutte anti-Ebola leur priorité. C’est le cas de YPPD. Ses volontaires sont aujourd’hui le seul lien des habitants avec le monde extérieur. Ce sont eux qui préviennent la Croix-Rouge libérienne si un corps doit être ramassé ou appellent une ambulance si un malade présente des signes de la maladie. Ils travaillent avec peu de moyens, sans véritable protection. «Nous avons besoin de thermomètres, de matériels pour nous protéger», précise Prince Toe, le responsable du groupe. La dévotion de ces bénévoles est totale. Ils espèrent que leur travail de sensibilisation permettra de contenir le virus. «Nous avons peu,  mais si on ne fait rien, le virus va arriver chez nous, dans nos familles», explique le jeune Pewu. Il connaît tous les noms des victimes, toutes les histoires des familles. «Ici, la mère est morte d’Ebola la semaine dernière et le mari est décédé il y a plusieurs années. Les enfants de 9 ans et 17 ans se sont retrouvés seuls, personne ne voulait les approcher. Le plus jeune a finalement été pris en charge par MSF», se désole Pewu en passant devant l’habitation. Au-delà des victimes d’Ebola, il sait la difficulté des survivants à se réintégrer dans leur communauté. «Quand ils sortent de leur période d’incubation, les gens ne veulent pas s’en approcher, les rejettent.»

Les contraintes de la «survie», donc continuer…

C’est ce qui attend la famille qui vivait avec l’Américain. Peter est chauffeur de taxi, il est persuadé que ses clients ne voudront plus monter dans son véhicule en connaissant son histoire. Sa sœur Irène est commerçante sur le grand marché du quartier, elle craint elle aussi de ne plus pouvoir exercer, d’être mise au ban de la communauté.

Ce matin-là, deux nouvelles personnes de «72nd SKD Boulevard» ont été évacuées vers un centre de prise en charge géré par MSF. «Rien que pour la première semaine d’octobre, nous avons recensé 198 personnes qui doivent rester chez elles pendant la période d’incubation», indique Prince Toe. Pourtant, sur le grand axe routier du quartier, les précautions d’usage ne sont pas respectées. Dans des minibus, des dizaines de personnes s’entassent. Malgré l’interdiction du gouvernement. (Publié le 14 octobre 2014, dans Libération)

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