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septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Portugal, le parfum entêtant des œillets

Publié par Alencontre le 26 - mai - 2013

Par la rubrique économique de Libé

Manifestation des fonctionnaires du FESAP: Frente Sindical da Administração Pública (14 mai 2013)

Manifestation des fonctionnaires du FESAP: Frente Sindical da Administração Pública (14 mai 2013)

La révolution du 25 avril 1974 n’est pas morte. Son hymne resurgit à Lisbonne ce printemps. Dans le marasme de la crise, l’ennemi n’est plus le dictateur Salazar mais la troïka européenne et ses coupes budgétaires.

Ce vendredi 15 février 2013, quelque chose d’extraordinaire va se produire dans l’enceinte de l’assemblée de la république, la chambre des députés portugaise. On est en pleine séance parlementaire pour débattre des énièmes coupes budgétaires qui taraudent le pays. Les orateurs se succèdent, puis c’est le tour de Pedro Passos Coelho, le premier ministre conservateur, bon élève de l’Union européenne, lisse et poli. Le voici qui se lance dans un savant exposé chiffré pour justifier «la poursuite des sacrifices» lorsque, soudain, depuis la tribune de l’hémicycle, un air connu de tous est entonné à pleins poumons.

C’est Grandola Vila Morena («Grandôla bourgade brune»), l’hymne de la révolution des œillets qui marqua, de façon pacifique, la fin d’un demi-siècle de dictature. Un certain 25 avril 1974, où cette chanson de Zeca Afonso accompagna, via la radio Renascença, le peuple lisboète en liesse alors qu’il escortait ses capitaines révolutionnaires récupérant un à un les sièges du pouvoir. Depuis lors, Grandola Vila Morena est un totem de la liberté reconquise. Un emblème unitaire, dont le troisième vers dit: «o povo é quem mais ordena» («c’est le peuple qui commande»).

Coup de théâtre parlementaire

Au moment précis où elle s’apprête à chanter ce vers, la trentaine de personnes constituant ce chœur inattendu se lève, solennelle, déterminée, vibrante. La présidente de l’Assemblée s’étrangle: «vous ne pouvez pas vous manifester de cette façon-là». Le premier ministre, le regard longtemps interdit, s’en sort par une habile pirouette: «on ne saurait être interrompu d’une meilleure façon».

Des policiers émus évacuent les trouble-fête patiemment, après qu’ils ont terminé la chanson. Les images ont une répercussion immédiate, immense, via internet, hors des frontières aussi. Au Portugal, toute explication est superflue car chacun saisit instinctivement le message: en 1974, le peuple s’insurgeait contre la dictature de l’Estado Novo, l’Etat nouveau, régime militariste et catholique qui contrôla le pays pendant quarante-huit ans, et dont la figure centrale fut Antonio de Oliveira Salazar. En 2013, il s’époumone contre celle de la troïka, nom donné au tripartite (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne), qui supervise les comptes de la nation depuis qu’en mai 2011 une aide européenne de soixante-dix-huit milliards d’euros la maintient sous perfusion. Hier la répression politique, aujourd’hui le joug financier.

Depuis ce coup de théâtre parlementaire, Grandola Vila Morena s’est invité au cœur de la contestation d’un pays tout entier. Le 2 mars, une marche gigantesque converge sur Terreiro de Paço, au bord du Tage, où, toutes générations confondues, une foule reprend en apothéose les paroles de Zeca Afonso, les plus anciens la connaissent par cœur, les plus jeunes s’aident d’imprimés, beaucoup brandissent des œillets rouges.

Selon Helena Roseta, municipale (exécutif de la ville)  de Lisbonne, responsable du «Développement social»,  plus de 2000 personnes dorment dans les rues, la nuit,  à Lisbonne (Publico 26 mai 2006)

Selon Helena Roseta, municipale (exécutif de la ville)
de Lisbonne, responsable du «Développement social»,
plus de 2000 personnes dorment dans les rues, la nuit,
à Lisbonne (Publico 26 mai 2006)

Les mêmes scènes de communion, le même hymne, la même révolte, se sont depuis répétés un peu partout, réactions émotionnelles d’une population en plein désarroi qui se raccroche aux branches de son histoire alors que les coups pleuvent depuis trois ans, une réduction de dix à trente pour cent des salaires, une récession qui n’en finit pas, un chômage galopant de dix-sept pour cent (qui, en fait, dépasserait le quart des actifs), une pauvreté tenaillant les classes moyennes et une jeune génération qui doit opter entre la précarité ou l’émigration. «On est revenu quarante ans en arrière», dit cette ultra-précaire de trente-quatre ans qui refuse d’avoir des enfants. «Pire même, mes parents ont connu la misère, mais ils avaient la certitude de toucher un jour une retraite. Pas moi».

Si Grandola Vila Morena est invoquée avec autant de force, c’est parce qu’elle renvoie chaque Portugais à un épisode démocratique et social de son histoire. «Le 25 avril 1974, ce n’est pas seulement la liberté et le droit de grève, ce sont aussi les premières conquêtes sociales, le salaire minimum, les retraites pour tous et les vingt-deux jours de congés payés», relève Filipe Luis, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Visao. «C’est pourquoi quand tout cela est mis à mal ou menacé, on se réfugie, apeurés, comme derrière l’ultime bannière protectrice».

Une arme parfaite

D’où, aussi, la puissance de contestation qu’acquièrent les symboles du 25 Avril contre un exécutif perçu comme une marionnette des pouvoirs financiers et de Bruxelles. Grandola Vila Morena est l’arme parfaite, non violente, elle revendique les valeurs d’une démocratie dont les dirigeants eux-mêmes se réclament, les intéressés ne peuvent que s’incliner, se taire ou sourire. Ou bien rire jaune, comme Miguel Relvas, numéro deux du gouvernement (forcé à la démission en avril pour une affaire de fraude), victime à deux reprises d’un de ces chœurs surprise en plein discours officiel. La langue portugaise a même été enrichie d’un nouveau terme: «grandolar», pour signifier aux dirigeants les valeurs du 25 Avril. «C’est entré dans le langage en un rien de temps, c’est même l’objet de blagues, on se moque de quiconque se fait grandôlar»Myriam Zaluar s’en amuse. Dans le marasme ambiant, elle y trouve un réconfort.

Le vendredi 15 février, cette journaliste de quarante-trois ans chantait Grandola dans la tribune du parlement, non loin de son père, José, la soixantaine, professeur de faculté. Avec d’autres, ils avaient ourdi dans le secret cette initiative choc. Chez les Zaluar, la révolution a marqué la famille au fer rouge. En 1965, opposant radical au dictateur Salazar, et dont le frère a été torturé par la redoutable PIDE (la police politique), José s’était exilé à Paris pour ne pas avoir à servir sous les drapeaux dans les colonies portugaises d’Afrique.

Le 25 avril 1974, Myriam a alors cinq ans, son frère lui dit au téléphone, «c’est aujourd’hui». L’année suivante, toute la famille rentre vivre à Lisbonne, «goûter à la liberté et participer à la démocratisation de mon pays». Près de quatre décennies plus tard, José Zaluar est en semi-retraite. Pendant une période, ce prof d’histoire s’était éloigné de la politique, désabusé notamment par «l’ignorance» de ses étudiants sur le passé récent du Portugal. «Grâce à une association pour la mémoire, on a pu éviter de justesse que le siège de la PIDE ne devienne un commerce! On était très seuls dans ce combat».

Mais, ces derniers temps, son militantisme a repris le dessus. Et comme lui, des milliers de gens de sa génération. Motif, «ils sont en train de saper les piliers du 25 Avril, l’éducation se privatise, la santé coûte de plus en plus cher. Il faut réagir». Lui-même est concerné. «Chaque mois, sans qu’on me donne aucune explication, ma retraite baisse. Jusqu’où?» La veille au soir, il participait à un débat télévisé électrique, précisément sur ce sujet. Pour contenter la troïka et continuer à recevoir l’aide de l’Union européenne, Passos Coelho doit tailler à hauteur de quatre milliards huit cents millions d’euros dans les dépenses publiques. «Sa grande idée est d’imposer une sorte d’impôt à tous les retraités, alors que la plupart vivent déjà dans le dénuement. Inhumain, d’autant que désormais beaucoup de familles survivent grâce aux grands-parents».

«Un avenir brillant derrière moi»

A ses côtés, dans cette gargote du Bairro Alto, Myriam acquiesce. Elle aussi s’effraie de la perte graduelle des acquis sociaux. Presque pour rire, elle lâche: «Depuis vingt et un ans, cela va de mal en pis. A l’époque, j’avais un avenir brillant devant moi, j’ai aujourd’hui un avenir brillant derrière moi». Elle tire le diable par la queue. Pas un article publié depuis fin 2011, quelques cours à la fac, du soutien scolaire: c’est très juste pour tenir le coup et élever Sara, sept ans, et Rafael, quinze ans. «Les extras, les voyages, le cinéma, les concerts, c’est fini. Fanatique de la plage, je vais moins loin, l’essence est trop chère. Je pense au jour le jour, le réfrigérateur n’est jamais plein».

A l’image de son père, elle s’est radicalisée. En décembre 2011, elle publie une lettre ouverte au Premier ministre qui aura un certain impact, «Passos Coelho avait conseillé aux jeunes d’émigrer. J’étais indignée. Oser nous demander de quitter le pays, comme la dictature avait condamné mon père à l’exil! L’histoire grimace». En mars 2012, elle inscrit symboliquement des gens précaires à l’agence pour l’emploi, cela lui vaudra un procès, pour prouver que le million de jeunes «auto entrepreneurs» (comme elle) ne sont que des sans-emploi déguisés.

«Délivrez-nous seigneur de ces cochons corrompus»

L’été suivant, avec vingt-huit autres activistes de tous âges, Myriam lance le mouvement «Que se Lixe a Troïka» («Que la troïka aille se faire voir»); sous leur houlette, la mobilisation nationale du 15 septembre sera la plus massive depuis la révolution des œillets. Au point que le gouvernement Passos Coelho devra renoncer à une réforme ultra-polémique, obligeant le salarié à payer autant de charges que le patron. Dans son quartier de Campolide, sur les hauteurs de Lisbonne, Myriam montre d’immenses peintures murales. L’une représente une fillette en prière: «délivrez-nous seigneur de ces cochons corrompus qui dévastent le Portugal»; à côté, Angela Merkel tire les ficelles de deux marionnettes, le Premier ministre et Paulo Portas, l’autre homme fort de l’exécutif: «combien de temps encore allez-vous assister les bras croisés à ce show».

Le collectif «Que se Lixe a Troïka» traduit une radicalisation à la portugaise. Ici, même si la situation n’a rien à envier à celle de la Grèce, pas de pneus incendiés ni de vociférations déchaînées, seulement des actes de violence isolés. De la contention, avant tout. «Notre culture reste très disciplinée, respectueuse des institutions», note Filipe Luis, «cinquante ans de dictature sont passés par là. Et puis, à la différence des Grecs, on tombe de moins haut, depuis longtemps le salaire minimum ne dépasse pas quatre cent soixante-quinze euros».

Certes. «Mais, attention, quand la moutarde nous monte au nez»avertit, l’œil brillant, Vasco Lourenzo, soixante et onze ans. Trapu, le visage large et le ventre généreux, ce capitaine fut un des héros de la révolution des œillets, un des trois leaders de la conspiration des officiers contre la dictature. Personne ne lui demande pour autant d’autographes dans la rue, et cela lui convient. Hier comme aujourd’hui, face à l’Estado Novo ou la troïka, dit-il, le seul protagoniste est le peuple.

Président de l’association du 25 Avril, près du Chiado lisboète, il se réjouit de voir les nouvelles générations se révolter contre la précarisation, un avenir noir, la destruction des droits sociaux. «Ces dernières années, les commémorations de la révolution sont ardentes, indignées. Tous les âges confluent, il y a comme une communion, la révolution est plus d’actualité que jamais». Le 25 Avril, pour la première fois depuis 1974, la radio Renascença a émis Grandola Vila Morena à minuit vingt sonnantes, comme à l’époque, avant d’être repris en chœur en fin d’après-midi devant la prison où fut incarcéré Marcelo Caetano, le dernier dictateur de l’Estado Novo.

Pour Vasco Lourenzo, cet anniversaire gorgé de symboles n’a rien de folklorique. La démocratie est en péril, le tocsin révolutionnaire doit de nouveau sonner. «Aujourd’hui, il faut utiliser les armes de la démocratie. Mais je suis pessimiste. L’Allemagne n’a pas appris des erreurs du passé. J’ai peur d’une guerre en Europe».

Bénévoles ultra-précaires

Nathalia travaille 12 heures par jour et six jours par semaine; elle doit demander de l'aide pour manger  (Publié dans Publico du 26 mai 2012)

Nathalia travaille 12 heures par jour et six jours par semaine; elle doit demander de l’aide pour manger
(Publié dans Publico du 26 mai 2012)

Dans un bar du Largo de Carmo, endroit qu’il affectionne pour sa beauté et sa charge émotionnelle (c’est là que le dictateur Caetano s’était livré aux capitaines le 25 avril 1974), Raimundo Cosme n’a pas une lecture plus réjouissante de la situation. A vingt cinq ans, mince, légère barbe, ce théâtreux fait partie de la génération a rasca (dans la dèche). Ce jour-là, il est venu à pied, il n’a plus un sou vaillant en poche ni même pour un ticket de métro. «Cela ne m’était jamais arrivé. J’ai toujours été raide, mais ces jours-ci, j’ai souvent un budget de deux euros par jour. Heureusement que j’ai un garde-manger bien garni». Raimundo garde le sourire. Il n’a pas toujours été à la peine. Ces sept dernières années, ses jobs comme acteur (telenovela, publicité ou théâtre) et mille petits boulots (boutique de portables ou de chaussures, fabrique de pâtisseries, la boîte de BTP de son oncle) lui permettaient de voir venir, parfois, il atteignait le millier d’euros par mois, un salaire décent au Portugal. Aujourd’hui, entre garçon de café, prof de théâtre dans le primaire et agences de publicité qui ne le paient pas, quatre cents euros est un bon mois. Comme la majorité de sa génération, Raimundo est «auto entrepreneur» contre son gré, astreint à honorer cent cinquante-neuf euros mensuels à la sécurité sociale. Que, bien sûr, il ne peut payer. «J’ai une dette de deux mille cinq cents euros, plus cinq mille euros d’un prêt étudiant jamais remboursé. Je commence fort dans la vie», sourit-il. La compagnie de théâtre qu’il dirige, tous des bénévoles ultra-précaires, s’appelle Plataforma deux cent quatre-vingt-cinq. Ce nombre, c’est le montant en euros du coût de leur première pièce.

A aucun moment, il ne met en doute les conquêtes du 25 Avril, dont il se dit héritier. Sa mère, travaillant dès treize ans à recoudre des filets de pêche, ou son père, tailleur de pierre à l’âge de douze ans, en ont bénéficié. Raimundo va aux manifestations, chante Grandola, mais ne sait pas très bien où tout cela mène. Il perçoit surtout une terrifiante involution. «Récemment, le président de la république parlait de revenir aux tickets de rationnement, ou de faire payer les études secondaires. Cela me fait froid dans le dos». Des solutions, il n’en voit pas plus que les autres. «Ou peut-être celle-ci, abdiquer, ne rien faire, désobéir au pouvoir, fermer les frontières et tout recommencer. Comme en 1974».

«Rester dans le rang, ne pas faire de vagues»

Marco Marques, 29 ans, n’y voit pas plus clair, mais il lutte. Agronome bardé de diplômes, sa génération est la mieux formée de l’histoire récente, il a commencé un potager dans les champs de son institut, d’où la vue est imprenable sur le Tage et le pont du 25 Avril. Venu aussi de mini-jobs (dont vendeur chez Zara pour trois euros de l’heure), il a un contrat d’un an pour évaluer les difficultés du monde rural. «C’est Byzance, intéressant, bien payé. Mais, après juin, je n’ai plus de boulot. De nouveau l’incertitude».

Traits tirés, la nuit fut courte: une réunion interminable du collectif «Que se Lixe a Troika», dont il est un pilier. Il pense que la troïka est sourde au peuple, celui-ci doit se faire entendre de manière chaque fois plus globale, à commencer par toute l’Europe du Sud. Les valeurs du 25 Avril lui servent de boussole. «Plus jeune, je pensais que je ne devais aux révolutionnaires que la liberté d’expression. Venant d’un milieu très modeste, je leur dois aussi d’avoir fait des études poussées et de pouvoir penser».

A chaque manifestation, Marco entonne Grandola Vila Morena avec ferveur. Ses parents ne l’ont jamais fredonné. Le 25 Avril, ils n’étaient pas dans la rue, mais calfeutrés chez eux. Son père est toujours resté fidèle à Salazar. Même s’il doit sa maigre retraite de restaurateur, trois cents euros, aux capitaines d’avril. «A ses yeux, il faut avant tout l’ordre et l’autorité. Les manifs ne servent à rien, il faut rester dans le rang, ne pas faire de vagues». Le père de Marco fait partie de la majorité silencieuse, celle qui a intériorisé un demi-siècle d’Estado Novo et qui faisait dire au philosophe roumain Mircea Eliade, attaché culturel à l’ambassade de Roumanie de Lisbonne entre 1941 et 1945: «la dictature portugaise est la pire, car elle n’a jamais pris fin».

Le père et le fils ne manquent pas d’affection réciproque mais leurs disputes sont houleuses. «Pourtant, peu à peu, lui aussi commence à râler contre la politique d’austérité». Et pour cause. L’an dernier, la mère de Marco est décédée d’un cancer. Réductions budgétaires obligent, il n’y avait plus d’ambulance gratuite pour l’emmener du village à l’hôpital de Coimbra, où elle était en traitement. «Là, dit Marco, mon père s’est rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond.»

«La majorité silencieuse est très perméable»

L’idée que les remèdes de cheval budgétaires sont la seule solution, alors même que le pays s’appauvrit à toute vitesse, donne aussi de l’urticaire à Joana Manuel. Elle appelle cela «la pensée magique à laquelle la majorité silencieuse est très perméable». En début de semaine, les trois représentants de la troïka ont donné leur feu vert à la prochaine tranche de l’aide européenne au pays, deux milliards d’euros. Cavaco Silva, le président de la république, s’en est chaudement félicité, invoquant «l’esprit de Fatima». Joana explose: «Nous y voici! Une génuflexion face aux rois mages, une intervention divine pour mettre fin à nos tourments qui, bien entendu, portent le sceau de notre faute. Une symbolique rétrograde et une sinistre fable catholique, oui». Actrice et chanteuse de trente-sept ans, jolie et brillante, elle s’estime privilégiée car en prêtant sa voix à des spots publicitaires, Joana gagne environ mille euros par mois. Elle vit pourtant aussi chichement, préférant marcher dans Lisbonne pour ne pas payer les transports en commun. «Je me fiche bien de notre dette. Moi, je veux manger demain».

Mais elle ne se plaint pas, elle sait d’où elle vient. «Ma mère vivait dans un misérable village de Beira Alta, des chaussures ouvertes dans la neige des montagnes». A l’époque, émigrer à Lisbonne était la seule issue, à neuf ans, elle travaille comme cuisinière dans une famille, son père, du Baixo Alentejo, en a douze lorsqu’il devient garçon de café. Leur fille a cette phrase, prononcée dans une conférence, qui a ému le Portugal tout entier: «mes parents sont tout de suite devenus adultes, moi je resterai éternellement jeune». Joana est fille du 25 Avril. Littéralement. Ses parents ont attendu la révolution avant de se marier et de la concevoir. «Mon père, communiste, n’aurait jamais fondé une famille sous la dictature, c’était son acte de résistance à lui».

Le 15 février, elle figurait dans le groupe entonnant Grandola au parlement, une chanson dont elle dit qu’elle l’a «toujours sue». De ce jour, Joana retient surtout l’image de ce policier qui lui demandait d’évacuer l’édifice. «Il l’a fait avec une infinie douceur, comme s’il s’excusait d’exécuter une besogne qui le répugnait dans le fond. J’ai alors senti qu’il y avait de l’espoir». (Publié le 24 mai 2013 sur le site du quotidien français Libération)

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