Italie. «Emploi, salaires, pauvreté: des données désastreuses concernant les moins de 35 ans (aggravées par Meloni)»

Il Fatto Quotidiano

Par Diroberto Rotunno

Des générations de plus en plus pauvres que les précédentes, un «ascenseur social» hors service et un gouvernement qui n’a pas su le remettre en marche. Au contraire, certaines de ses mesures ont même aggravé la panne. C’est le contexte social, parmi d’autres facteurs, qui sert de toile de fond aux épisodes de violence et aux affrontements auxquels nous assistons depuis plusieurs jours en Italie. Ce n’est pas forcément la seule explication, mais cela crée un «climat» propice.

Les chiffres de l’Istat  (Istituto nazionale di statistica) publiés il y a quelques jours sont clairs: 12,6 % des ménages dont le chef de famille a moins de 35 ans vivent dans la pauvreté absolue. Cela représente une hausse par rapport aux 11,6% de 2024 et une augmentation plus marquée qu’avant la pandémie, où ce chiffre se situait à 9,7%. Dans les autres tranches d’âge, on observe une légère baisse ou des chiffres stables.

Ces dernières années, l’emploi a surtout progressé chez les plus de 50 ans, notamment en raison du durcissement des conditions d’accès à la retraite. Le taux de chômage s’élève à 20,3% chez les moins de 24 ans et à 9,7% chez les 25-34 ans, contre 3,6% chez les 50-64 ans. En ce qui concerne les salaires, 48,5% des moins de 35 ans ont un revenu annuel inférieur à 15’000 euros (données de l’INPS-Istituto Nazionale della Previdenza Sociale). La mobilité sociale est au point mort: parmi les personnes nées entre 1980 et 1994, 27,1% ont un niveau de vie inférieur à celui de leurs parents.

«Il n’est pas dit que l’instabilité sociale découle de l’augmentation des inégalités et de la pauvreté, mais au cours de l’histoire, ces deux phénomènes ont souvent été corrélés», explique Salvatore Morelli, professeur d’économie à l’université Roma Tre et membre du Forum Disuguaglianze Diversità. «Aujourd’hui – ajoute-t-il –, les jeunes subissent deux formes d’inégalité: l’inégalité économique, qui fait que chaque génération est confrontée à un marché du travail moins favorable que celui de la génération précédente, et l’inégalité de reconnaissance, de prise en compte. À quel point sont-ils peu écoutés? Combien d’entre eux étudient et travaillent sans avoir de droit de citoyenneté? À quel point leur dissidence est-elle criminalisée?»

Les événements de ces derniers jours mettent en scène des adolescents qui s’apprêtent à entrer dans le monde du travail, mais qui perçoivent la précarité au sein de leur famille, transformant ainsi leur frustration en anxiété et en faibles attentes. «L’Italie – explique Salvatore Morelli – connaît une stagnation des revenus; les patrimoines augmentent, contrairement aux revenus.» «Les conditions économiques – ajoute-t-il – ont tendance à se cristalliser de génération en génération, ce qui réduit la mobilité sociale.» Il est difficile de s’émanciper, de se rendre indépendant, avec un seul salaire, ce qui favorise ceux qui vivent dans des foyers disposant d’un patrimoine solide. Le profil type de la pauvreté s’est inversé: «Auparavant, elle était associée au Sud et aux personnes de plus de 65 ans; aujourd’hui, elle gagne du terrain parmi les migrants et les jeunes, surtout dans le Nord», fait remarquer l’économiste. «En 2000, les familles dont le chef de famille avait entre 19 et 30 ans disposaient d’un revenu moyen similaire à celui des plus de 65 ans; aujourd’hui, l’écart est très important en faveur des plus de 65 ans». Plus on est jeune, plus on risque de se retrouver en situation de pauvreté, qui est héréditaire. Le gouvernement de Giorgia Meloni en a fait un motif de sanction, en supprimant les aides telles que le revenu de citoyenneté précisément aux familles les plus jeunes, aux couples sans enfants ou dont les enfants sont déjà majeurs.

Les jeunes de l’âge des protagonistes des affrontements de ces derniers jours perçoivent cette situation comme un frein, un obstacle à leurs aspirations. Une colère difficile à canaliser car les jeunes sont moins nombreux sur le plan démographique et en termes de poids électoral. Ils sont donc moins écoutés: «Ils ont moins contribué au changement climatique – note Morelli – mais ils en souffrent davantage. Quand on parle des jeunes, on ne parle jamais de leurs rêves, de leurs aspirations ou de leurs frustrations; on leur reproche d’agir mal et avec peu de continuité.» (Article publié sur le site du quotidien Il Fatto Quotidiano en date du 22 octobre 2026; traduction par la rédaction de A l’Encontre)

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