Passer à l’étape suivante: le dimanche 19-J, «La rue est à nous. Ne payons pas leur crise»

Par Josep Maria Antentas et Esther Vivas

Cela fait déjà quatre semaines. Quatre semaines que le paysage politique et social dans tout l’Etat espagnol a été bouleversé par l’irruption d’un mouvement que personne n’attendait. Ce mouvement a déjà à son actif quelques victoires politiques face à la Junte Electorale Centrale d’abord [qui voulait interdire l’occupation de la place Puerta del Sol avant les élections municipales et régionales du 22 mai 2011], et face à la tentative d’expulsion du camp de Barcelone ensuite [qui fut un échec, après un jour]. Et, surtout, il a mis fin à la résignation passive face aux attaques contre les droits sociaux.

Après d’intenses journées d’activité, la fatigue et l’épuisement se font sentir dans les campements. Les difficultés de gestion de plusieurs d’entre eux sont connues. Leur temps s’achève. Car ces campements et occupations de places ne sont pas une fin en soi. Ils ont agi à la fois comme des symboles, des références et de bases «opérationnelles», comme des bras de levier pour impulser les mobilisations à venir et comme des haut-parleurs pour amplifier celles d’aujourd’hui. Lever ces camps dans une position de force, volontairement, sans entrer dans une spirale déclinante – ce que certains signes laissaient déjà envisager – tel est le pas à faire maintenant. Et c’est  cette voie qui est actuellement suivie, avec certaines difficultés, dans de nombreux campements.

Le défi est d’être capable de régir le succès afin de passer à la phase suivante; cela en utilisant l’énergie et l’élan des campements pour continuer à avancer. Des campements et occupations des places surgit, dès lors, un calendrier de mobilisations immédiates. Elles doivent permettre, à la fois, de donner un objectif plus élevé à la phase ouverte par le 15 mai et de marquer l’entrée dans la phase suivante, pour commencer à déplacer le centre de gravité du mouvement.

Tout d’abord, il y a les mobilisations qui se déroulent ce samedi 11 juin dans de nombreuses localités à l’occasion de l’entrée en fonction des nouvelles majorités régionales et municipales, et cela à la suite des rassemblements qui ont été durement réprimés devant le Congrès de Valence ce 9 juin, avec l’investiture du nouveau gouvernement régional de droite [Gouvernement de la communauté autonome de Valence].

Ensuite, il y a les mobilisations devant les sièges de plusieurs institutions contre les politiques d’austérité, à la suite des rassemblements du 8 juin face au Parlement à Madrid contre la réforme portant sur les nouvelles modalités de la négociation collective, et celui du vendredi 10 juin face au Ministère du travail. Parmi les mobilisations prévues, celles des 14 et 15 juin devant le Parlement de Catalogne, pour y installer un campement et un blocage du Parlement, sont particulièrement importantes.

Une mobilisation réussie le jour où la session du Parlement commence à discuter du budget [d’austérité] peut constituer un moment décisif dans les luttes contre l’austérité qui secouent depuis plusieurs mois la Catalogne, surtout étant donné les implications dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. Cela pourrait constituer un point de référence pour des mobilisations à venir dans d’autres communautés autonomes, lorsque ces dernières commenceront de même à examiner et préciser les mesures d’austérité qui devront entrer en vigueur l’automne prochain.

Enfin, il est nécessaire de préparer la journée de manifestations du 19 juin (19-J) dans tout l’Etat espagnol. Le thème central proposé par le campement de Barcelone est: «La rue est à nous. Ne payons pas leur crise». Ce rendez-vous devrait permettre de traduire dans la rue les sympathies suscitées par les campements et les occupations et de fortifier, dès lors, la dimension de masse du mouvement. Le défi du 19 juin est de pouvoir faire la démonstration de l’élargissement politique et social du mouvement par rapport à la journée du 15 mai (15-M).

Au-delà de ces mobilisations immédiates, il faut de même établir une feuille de route pour l’étape suivante. Il est aussi nécessaire d’élaborer un ensemble de revendications essentielles qui combinent un discours critique général face au modèle économique actuel et à la coterie des politiciens. Un discours s’inscrivant dans l’esprit du slogan central de la journée du 15M: «Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiciens et des banquiers». Et cela avec des propositions concrètes.

Faute d’un cahier de revendications communes à tous les campements, celui de Barcelone semble le plus consistant du point de vue politique. Il fournit un bon point de départ et de repère au plan revendicatif pour le futur.

Dans cette nouvelle période, on ne peut perdre de vue le caractère de référence emblématique qu’ont acquis les campements et les occupations des places. Maintenir ces emblèmes, en tant que «mémoire» et facteur de continuité, est très important. De là la volonté de nombreux campements qui ont décidé de se dissoudre, tout en maintenant une petite infrastructure sur les places (des lieux d’information) et d’y organiser régulièrement des assemblées [au-delà des assemblées de quartier dans certaines villes].

Les chemins à prendre pour les prochains moins semblent clairs. Tout d’abord, consolider l’enracinement territorial du mouvement, étayer les assemblées locales et établir des mécanismes de coordination stables. Il sera nécessaire de trouver une méthode capable de combiner l’enracinement local et les activités unificatrices, tout en évitant le risque d’une dispersion revendicative. La proposition d’une consultation populaire qu’ébauchent certains activistes de la Plaza de Catalunya pourrait permettre, avec d’autres initiatives, d’atteindre un tel objectif.

Ensuite, établir des liens avec la classe ouvrière, les secteurs en lutte et le courant syndicaliste de combat. Ainsi pourra être maintenue la pression sur les syndicats majoritaires, déroutés par une modification du panorama politique et social qu’ils n’avaient pas pressentie. Le défi consiste à porter l’indignation sur les lieux de travail, où la crainte [liée, entre autres, au chômage] et la résignation prévalent toujours.

Enfin, il s’agit de préparer la journée du 15 octobre, comme une date de mobilisation unifiante, en cherchant à en faire en une journée d’action d’ensemble et un moment clé pour l’internationalisation du mouvement.

Pour conclure, il s’agira d’articuler le développement d’un mouvement ayant une portée générale – le «mouvement des indignées» – et mettant en avant une critique de l’ensemble du modèle politique et économique actuel avec des luttes concrètes contre la politique d’austérité et les options [gouvernementales et patronales] qui visent à faire payer la crise aux travailleurs et aux travailleuses.

Une phase s’achève et une autre commence. Sans que l’on s’en rende compte, nous disposons d’un mouvement dont on commence tout juste à découvrir le potentiel. (Traduction A l’Encontre, article publié le 11 juin 2011 par Viento Sur)

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