dimanche
26
mai 2019

A l'encontre

La Brèche

Par Hafid Azzouzi

La marche à laquelle a appelé la communauté universitaire a drainé des milliers de personnes qui ont battu le pavé, hier [le 13 mars 2019], dans la ville de Tizi Ouzou. Ainsi, la mobilisation pour le rejet des offres de Bouteflika, qui a décidé de reporter l’élection présidentielle et se maintenir à la tête de la magistrature suprême, s’intensifie dans la wilaya (subdivision administrative de quelque 60 communes avec environ 1,2 million d’habitant·e·s) où de nombreuses actions de protestation ont été organisées cette semaine.

La manifestation des étudiants, personnel ATS (aide-soignant) et des enseignants universitaires a enregistré une réussite remarquable. Le cortège s’est formé à l’intérieur du campus de Hasnaoua avant de s’ébranler vers l’extérieur où d’autres marcheurs se sont joints à la foule. Il y avait, d’ailleurs, des médecins, des avocats et des fonctionnaires d’autres secteurs comme la formation professionnelle, l’éducation et les journalistes qui ont constitué un carré tout en mettant en avant une banderole de l’Association des journalistes et correspondants de presse de la wilaya de Tizi Ouzou réclamant la liberté d’expression et une Algérie meilleure.

Les marcheurs scandaient, à gorge déployée, des slogans hostiles au pouvoir. «L’université s’engage, système dégage», «Pouvoir assassin» et «Y en a marre de ce pouvoir». Les manifestants ont également porté des banderoles et plusieurs pancartes avec différents slogans comme «Non à la violation de la Constitution», «Système dégage, assemblée constituante s’engage», «l’Algérie n’est pas une entreprise familiale», «Non à la privatisation de notre pays», «France dégage, 189 ans barakat» et «Le système prolonge le mandat, le peuple prolonge le combat».

Il y avait beaucoup d’autres pancartes écrites en tamazight [langue berbère], en arabe et même en anglais. Tous les mots d’ordre vont dans le même sens: départ du système et non à la violation de la volonté du peuple.

Une étudiante du département de français a choisi de plaider pour la refondation du contrat national, tandis que d’autres marcheurs ont brandi des portraits de Matoub Lounès [chanteur né 1956, mort assassiné le 25 juin 1998 à Thala Bounane, dans la daïra de Ath Dwala dans la wilaya de Tizi Ouzou], Hocine Aït Ahmed [1926-2015, décédé à Lausanne, dès 1963, en minorité dans le FLN, il lance le Front des Forces socialistes] et d’autres personnalités historiques de la région. «Nous sommes fiers de vous», ont-ils mentionné au moment où des marcheurs ont porté des «effigies» de Sidi Saïd [dirigeant de l’UGTA «fidèle» du pouvoir], Ahmed Ouyahia [premier ministre d’août 2017 à mars 2019], Amara Benyounès [originaire de la willaya de Tizi Ouzou, ministre à diverses reprises, secrétaire du Mouvement populaire algérien – MPA – qui salue les décisions de Bouteflika] et Ali Haddad [président Forum des chefs d’entreprise depuis le 27 novembre 2014.] sur lesquelles on pouvait lire : «On a honte de vous.» La foule a poursuivi sa marche avec les mêmes slogans.

Des chants patriotiques sont également repris en chœur par les manifestants qui ont été rejoints par les enseignants des différents paliers du secteur de l’éducation. A son arrivée à la placette de l’ancienne mairie, la foule s’est dispersée dans le calme.

Il faut souligner que la rue n’a pas connu de répit, cette semaine, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Des avocats, des journalistes, des étudiants, des enseignants et des magistrats, entre autres, ont organisé des actions de protestation pour le départ du système. (Publié in El Watan, en date du 14 mars 2019, à 9h15)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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