vendredi
13
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Par Abdelghani Aichoun

La mobilisation n’a pas faibli. Hier encore, vendredi 17 mai, un nombre impressionnant de citoyens, femmes, hommes et enfants, est sorti battre le pavé, à Alger, pour réclamer le «départ du système».

C’est le deuxième vendredi du mois de Ramadhan, au cours duquel les Algériens ont réitéré leurs mots d’ordre habituels s’articulant, entre autres, autour du rejet de l’élection présidentielle du 4 juillet prochain. Le jeûne, en ces temps de chaleur, n’a finalement pas dissuadé les citoyens d’occuper la rue.

Mais, hier, contrairement aux vendredis précédents, du moins les plus récents, la situation était particulièrement tendue, notamment à la Grande-Poste, occupée cette fois-ci, dès la matinée, par des policiers antiémeute qui en ont interdit l’accès aux manifestants.

En effet, arrivés très tôt le matin, les protestataires n’ont pu accéder au parvis de ce lieu hautement symbolique depuis le début du hirak, le 22 février. Des vidéos avaient circulé la veille déjà, montrant des barrières posées sur place par des policiers, comme pour monter que la Grande-Poste ne sera pas occupée par les manifestants ce vendredi.

La wilaya d’Alger a tenté de justifier cette interdiction par un problème de conformité de la construction. Des manifestants étaient restés longtemps sur place face à une «ceinture» constituée de plusieurs camions de la police et des dizaines de policiers. Ces derniers ont d’ailleurs usé de gaz lacrymogène à plusieurs reprises pour disperser la foule qui exerçait de plus en plus une pression sur eux afin de libérer le passage.

Quelques femmes ont pu se faufiler et monter sur le parvis «interdit». Les secouristes bénévoles ont dû intervenir à maintes reprises pour aider les personnes incommodées par les gaz, d’autant plus que c’est un jour de carême. Plusieurs blessés ont été dénombrés. Mais au fur et à mesure que les rangs des manifestants grossissaient, surtout après la fin de la prière du vendredi, les policiers se montraient de plus en plus dépassés.

Finalement, à 14h50, les manifestants ont réussi à forcer le passage et occuper le parvis de la Grande-Poste. Des cris de joie se faisaient entendre de très loin. Ce lieu symbolique venait d’être récupéré.

Rejet de l’élection présidentielle

Bien évidemment, si quelques centaines de manifestants sont arrivés sur les lieux dès la matinée, le plus gros a rejoint la marche après la prière. La mobilisation est restée donc intacte, même si durant le Ramadhan, ce n’est que vers 15h que la présence des manifestants devient plus importante.

Toute la place jouxtant la Grande-Poste et les rues adjacentes, Larbi Ben M’hidi, en allant vers la place des Martyrs, la place Audin, Didouche Mourad et Amirouche étaient noires de monde.

Les manifestants ont repris les slogans habituels de rejet de la présidentielle du 4 juillet: «Makanch intikhabat, ya issabat» (Pas d’élections, bandits) ou contre l’Etat militaire «Dawla madania, machi askaria» (Etat civil et non militaire). Le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a été également ciblé par les manifestants qui réclamaient son départ. Quelques rares manifestants pro-Gaïd se sont incrustés. Ils ont été vite «dégagés» pour certains ou ignorés pour d’autres.

Des banderoles réclamant un Etat civil ont été également brandies par des manifestants. «Non, à la gestion de la République depuis les casernes», lit-on sur l’une d’elles. Face à la Grande-Poste, un slogan de dénonciation du comportement des policiers postés sur place a été scandé par les manifestants, lorsqu’ils se faisaient tabasser ou asperger de gaz lacrymogènes.

En somme, côté slogans, il semble que le rejet de la prochaine élection présidentielle conduite par des symboles du régime, en l’occurrence le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Nourredine Bedoui, fait l’unanimité au sein des manifestants.

Et pas que. Des dizaines d’élus locaux de quelques wilayas du centre du pays, telles qu’Alger, Bouira, Boumerdès et Tizi Ouzou, du Front des forces socialistes (FFS), notamment, portant leurs écharpes en bandoulière ont pris part à la marche. Ils ont tenu, sur place, à réaffirmer leur rejet total de l’organisation de cette élection.

La veille, tous les élus de la wilaya de Tizi Ouzou et Béjaïa, de tous bords politiques donc, ont ré-exprimé leurs positions dans des communiqués communs.

Des présidents d’Assemblées populaires communales (APC) d’autres wilayas ont pris aussi la décision de ne pas organiser la présidentielle du 4 juillet. Un climat de désaffection populaire qui met à mal d’emblée ce rendez-vous électoral.

Vendredi prochain, le 14e, interviendra au lendemain de la fin du délai de dépôt de candidature. Qu’en sera-t-il d’ici là? Les jours à venir nous le diront… (Article publié dans El Watanen date du 18 mai 2019)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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