
Editorial d’Esquerda Online (26.10.2026)
La victoire d’hier [25 octobre: Lula: 51,79%, 64’256’232 suffrages; Flavio Bolsonaro:48,21%, 59’826’041 suffrages; participation: 80,78%] est d’une ampleur sans précédent. Au cours d’une lutte aux allures épiques, le peuple brésilien a vaincu non seulement les représentants locaux du néofascisme, mais aussi les États-Unis, qui n’ont ménagé aucun effort pour tenter d’imposer leur projet de recolonisation. Nous avons vaincu les big techs et l’ingérence de l’empire dans les élections. Nous avons gagné parce que le peuple brésilien a pris son destin en main et a dit non à la voie qui mène à l’abîme. La mobilisation populaire a vaincu les ennemis du Brésil.
Il s’agit d’un exploit sans précédent dans l’histoire du pays. Jamais auparavant un tel revirement n’avait eu lieu lors d’une élection présidentielle [1]. Cela n’a été possible que parce que, en réaction aux résultats du premier tour, des millions de personnes se sont unies et ont agi pour empêcher la barbarie. Le rôle principal a sans aucun doute été joué par ces millions de personnes. Des gens qui se sont lancés dans le défi d’engager des discussions difficiles, d’afficher leur visage sur les réseaux sociaux, d’organiser des groupes et d’assumer la responsabilité de l’avenir du pays. Et qui, en troquant la peur contre l’initiative, l’isolement contre la rencontre, ont découvert la force dont dispose le peuple lorsqu’il s’unit.
La mobilisation a traversé le Brésil, des grandes villes aux petites, a vaincu l’algorithme et les robots pro-Bolsonaro sur les réseaux sociaux grâce à une force numérique coordonnée et centralisée. Nous avons organisé les plus grandes manifestations politiques depuis le mouvement «Diretas Já» [1983-1984: pour rétablir le vote direct pour l’élection présidentielle en 1985], et des centaines de milliers de personnes ont traversé le pays et la planète]. pour aller voter [plus de 900’000 établis hors du pays disposent du droit de vote]. Rien n’est impossible lorsque des millions de personnes s’organisent et luttent ensemble.
Maintenir l’état de mobilisation
La victoire, cependant, ne résout pas encore une impasse: l’extrême droite reste puissante, avec une implantation sociale et une majorité au sein des parlements. Elle a déjà commencé à contester les résultats et pourrait y compris tenter un nouveau coup d’État sur le modèle du 8 janvier. Pour que Lula puisse gouverner, il faudra – comme l’a réaffirmé le président – changer la conception même de la gouvernabilité: il faudra s’appuyer sur la mobilisation populaire. Nous devrons rester actifs et vigilants pour garantir la victoire et soutenir le président dans son combat contre le néofascisme. Lula devra gouverner avec le peuple comme jamais auparavant.
C’est pourquoi nous devons rester en état de mobilisation permanente: ce que nous avons fait jusqu’à présent doit se poursuivre. Seuls des changements structurels et profonds au sein de l’État brésilien pourront vaincre définitivement le néofascisme. Cela signifie dépasser une fois pour toutes les dogmes d’un néolibéralisme sénile et mettre en œuvre une politique économique qui garantisse la justice sociale et une amélioration significative de la qualité de vie pour la grande majorité de la population. Le néofascisme se nourrit du ressentiment et de la frustration. Il faut tirer des ressources positives pour l’avenir, et seule la mobilisation populaire peut y parvenir, dès maintenant.
Les millions de personnes qui se sont engagées pour cette victoire, les groupes qui se sont organisés pour renverser la tendance, les liens qui se sont tissés au cours de ce processus, l’empreinte qui restera dans la conscience de ceux et celle qui ont pris part à cette gigantesque mobilisation, constituent les bases nécessaires à la transformation du Brésil. Cette victoire a ouvert une nouvelle période pour le pays. Tout ce que nous avons accompli doit être développé et renforcé, aujourd’hui et tout au long de ce mandat. Nous avons pris conscience de la force dont nous disposons.
S’organiser et aller de l’avant
Ces trois semaines du second tour résonneront pendant des années dans l’histoire du Brésil et de l’Amérique latine. Le peuple brésilien a prouvé que rien ne peut vaincre la lutte des masses lorsqu’elle mobilise des millions de personnes. Cette leçon doit être gravée dans la pierre pour le monde entier.
Les partis et mouvements sociaux de la gauche brésilienne qui ont contribué à cette victoire ont passé avec succès l’épreuve de l’Histoire. Tel est le sens de notre existence: être utiles dans chaque lutte du peuple brésilien et de la classe ouvrière. De ce point de vue, le PSOL et la Fédération [elle réunit le Partido Socialismo e Liberdade (PSOL) et Rede Sustentabilidade (REDE)] ont joué un rôle exemplaire. Manuela D’Ávila [journaliste et écrivaine connue, candidate au sénat], Guilherme Cortez [député de l’Etat de São Palo], André Janones [député fédéral du Minais Gerais], Sâmia Bomfim [députée fédérale de São Paulo], Jones Manoel [député fédéral de Recife, Pernambuco], Erika Hilton [députée fédérale de São Paulo] et de nombreux autres dirigeant·e·s, chacun et chacune à sa manière, ont joué un rôle décisif pour inspirer, guider et mobiliser des millions de personnes. Le PSOL est un outil indispensable pour l’avenir de la gauche brésilienne. Il doit se renforcer.
Il a été démontré que l’organisation et l’action collectives sont les principales armes du peuple dans la lutte des classes. Chaque groupe qui s’est formé lors du soulèvement de la «virada» (du retournement) doit être maintenu et élargi pour devenir des espaces plus permanents d’organisation et de participation, accueillant les différentes expériences qui se sont exprimées au cours du processus. C’est cette structure qui pourra soutenir ce qui va suivre. C’est le début de la reconstruction du tissu social détruit par le bolsonarisme.
Nous avons renversé le cours des élections. À présent, il s’agit de renverser le cours de l’avenir.
(Déclaration du courant Resistencia du PSOL publiée le 26 octobre 2026 sur son site Esquerda Online; traduction et édition par la rédaction de A l’Encontre)
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[1] F. Bolsonaro avait un avantage lors du 1er tour sur Lula de 2’224’965 votes; au second tour Lula devance F. Bolsonaro de 4’430’191 votes. (Réd.)

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