
Par Jekaterina Jalunina
Magdebourg – Les élections régionales en Saxe-Anhalt pourraient marquer un tournant politique. Si l’AfD venait effectivement à participer au gouvernement régional à l’issue du scrutin, ce serait une première dans l’histoire de la République fédérale. Les observateurs s’attendent dans ce cas à des changements notables, notamment en ce qui concerne les autorités chargées de la sécurité et les structures de défense du Land.
Dimanche, la Saxe-Anhalt se prononcera sur la composition de son nouveau Landtag [parlement]. La question centrale est également de savoir combien de temps la démarcation [Brandmauer, pare-feu] actuelle des autres partis vis-à-vis de l’AfD tiendra encore.
Radtke met en garde contre une coopération avec l’AfD: «Dans ce cas, la CDU est finie»
Le président de l’Association des travailleurs chrétiens-démocrates (CDA), l’aile des salarié·e·s de la CDU, Dennis Radtke, a mis en garde contre la chute de son parti en cas de collaboration avec l’AfD après les élections régionales en Saxe-Anhalt. «Dès l’instant où nous collaborerons avec ce parti, où nous lui confierons des responsabilités, la CDU sera anéantie», a déclaré M. Radtke jeudi soir dans une émission diffusée sur la ZDF. «Cela doit être clair pour tout le monde.»
Concernant les tentatives au sein du groupe parlementaire CDU au Parlement régional de Magdebourg [capitale de Saxe-Anhalt] en faveur d’une coalition avec l’AfD, Dennis Radtke a lancé un avertissement pressant: «Ceux qui le souhaitent et qui mènent une telle initiative à terme» donnent ainsi à l’AfD ce qu’elle souhaite. Le responsable des questions sociales a enjoint ses camarades de parti en Saxe-Anhalt à faire preuve de responsabilité, y compris envers la CDU au niveau fédéral. La «responsabilité vis-à-vis de l’ensemble» ne «s’arrête pas au panneau d’entrée de sa propre commune», a-t-il rappelé. Dennis Radke continue de considérer ce qu’on appelle le «mur coupe-feu» comme une «bonne chose».
La CDU, ses relations avec l’AfD et Die Linke
Friedrich Merz avait déjà laissé entrevoir à quoi pourrait ressembler un gouvernement sans participation de l’AfD, si la CDU, le SPD et les Verts ne parvenaient pas ensemble à obtenir la majorité. Parallèlement, à la veille des élections régionales, une initiative émanant de la section locale de la région de Harz [région montagneuse se situant dans la Basse-Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe] suscite des débats au sein de la CDU: un document interne demande d’exclure par principe toute collaboration avec Die Linke après les élections.
Pour la CDU, un tel engagement pourrait compliquer considérablement la formation d’un gouvernement. Si, après les élections, la CDU ne disposait pas d’une majorité propre, cela éliminerait ainsi une autre option possible pour la formation d’un gouvernement régional. Le président régional de la CDU et ministre-président Sven Schulze rejette toutefois cette initiative. Il a clairement indiqué au magazine Stern qu’il ne s’agissait pas d’une position de l’ensemble du parti régional, mais uniquement de l’opinion d’un seul membre. [Voir sur le site alencontre.org le débat dans Die Linke sur la question gouvernementale publié le 28 août.]
Attitude vis-à-vis de l’AfD: M. Strobl menace de quitter le parti si la CDU coopère avec l’AfD
À quelques jours des élections régionales en Saxe-Anhalt, le débat au sein de la CDU concernant l’attitude future à adopter vis-à-vis de l’AfD s’intensifie. Thomas Strobl trace lui aussi une limite personnelle claire: si la CDU venait à coopérer avec l’AfD, l’ancien ministre de l’Intérieur du Bade-Wurtemberg et actuel président du Parlement régional quitterait son parti.
S’adressant à la SWR (Südwestrundfunk), Thomas Strobl a clairement indiqué qu’il souhaitait empêcher une telle collaboration. Pour lui, cela soulève une question fondamentale: jusqu’où va la démarcation politique de l’Union (CDU) vis-à-vis de l’AfD – et que se passera-t-il si celle-ci est remise à nouveau en question après les élections?
Ulrich Siegmund pose une condition pour un gouvernement avec l’AfD
Le chef de file de l’AfD, Ulrich Siegmund, adopte toutefois une ligne claire: il ne souhaite devenir chef du gouvernement que si son parti dispose d’une majorité absolue et peut ainsi gouverner sans partenaire de coalition. Il exclut donc pour l’instant toute collaboration avec un autre parti. Dans l’émission «Morgenmagazin» de la ZDF, cet homme de 35 ans a justifié sa position en expliquant qu’un gouvernement issu des élections devait également tenir les promesses faites pendant la campagne électorale. Or, il ne voit actuellement aucune base commune avec un autre parti pour y parvenir.
Siegmund a également reproché aux partis traditionnels de ne souvent pas tenir leurs engagements après les élections. «Nous constatons actuellement que, à chaque fois, les partis font exactement le contraire de ce qu’ils avaient annoncé avant les élections», a-t-il déclaré.
La question de la formation du gouvernement reste en suspens
En Saxe-Anhalt, près de 1,7 million d’électeurs sont appelés aux urnes dimanche à l’occasion des élections régionales. Le ministre-président Sven Schulze se bat, au nom de la CDU, pour pouvoir rester au pouvoir. Dans les sondages, l’AfD arrive toutefois largement en tête. Une majorité absolue ne semblait pas se profiler pour ce parti, classé comme étant sans aucun doute d’extrême droite par les services de protection de la Constitution du Land, mais la coalition actuelle composée de la CDU, du SPD et du FDP ne dispose plus non plus de la majorité. Une option après les élections serait la formation d’un gouvernement minoritaire. L’AfD, avec son chef de file Ulrich Siegmund, atteignait plus de 40% dans les derniers sondages [Die Zeit du 4 septembre donne le dernier sondage de la chaîne ZDF-Politbarometer: AfD 41%, CDU 23%, Die Linke 11,5%, SPD 8,5%, Grüne 6%, BSW- Bündnis Sahra Wagenknecht 4%, FDP 3%].
La tête de liste du BSW-Bündnis Sahra Wagenknecht, Claudia Wittig, continue de considérer qu’une collaboration avec l’AfD après les élections régionales reste possible. Si le parti devait effectivement atteindre environ 40%, elle estime qu’on ne pourrait pas simplement l’exclure de toute coopération politique. Pour Claudia Wittig, ce sont avant tout les programmes politiques concrets qui devraient déterminer si une collaboration est envisageable.
Une mission de formation de gouvernement pour l’AfD ? Le politicien de la CDU, Sepp Müller, fait des vagues avant les élections
Avant même le jour du scrutin, une déclaration émanant des rangs de la CDU sème le trouble. Sepp Müller, vice-président du groupe parlementaire de l’Union au Bundestag, estime qu’il est possible qu’après les élections régionales en Saxe-Anhalt, ce soit dans un premier temps à l’AfD de jouer son rôle. «Si les résultats des sondages se confirment, Ulrich Siegmund se verra alors confier, avec l’AfD, la mission de former un gouvernement», a déclaré M. Müller, député au Bundestag, dans le podcast «Berlin Playbook» de Politico. «Cette mission lui incombera alors, ce que je regretterais personnellement beaucoup pour notre Land, car Sven Schulze [de la CDU] fait du bon travail. Mais dans ce cas, la mission de former un gouvernement reviendra à l’AfD.»
La CDU se trouve ainsi confrontée à une situation délicate: malgré un résultat solide de l’AfD, elle pourrait être amenée à se demander comment elle compte elle-même obtenir une majorité en faveur de Sven Schulze. Au sein de la CDU, les opinions divergent quant à la suite des événements après les élections. Une partie du parti souhaite à tout prix empêcher l’AfD d’entrer au gouvernement. Pour cela, elle serait même prête, si nécessaire, à coopérer avec Die Linke.
D’autres responsables de la CDU mettent toutefois en garde contre les conséquences d’une telle alliance. Ils craignent qu’une collaboration avec Die Linke n’entraîne de nouvelles défections au sein de la CDU. Ils proposent plutôt de rechercher à l’avenir des majorités variables en fonction des sujets abordés. Dans ce cadre, les voix de l’AfD pourraient également jouer un rôle au sein du Landtag. Une telle voie devrait toutefois s’avérer difficile à mettre en œuvre. Die Linke refuse toute collaboration avec l’AfD. Le SPD et les Verts ne devraient guère se laisser convaincre par un tel modèle. En fin de compte, la position de Sepp Müller reste donc d’actualité: dans un premier temps, c’est à la force politique la plus importante de tenter de former un gouvernement. (Publié par la Frankfurter Rundschau, 4 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
*****
Des «idiots utiles» pour Trump et Musk? (2)

Dimanche auront lieu les élections en Saxe-Anhalt. À l’approche des élections régionales en Allemagne de l’Est, l’attention se porte sur la montée en puissance de l’AfD. Ce parti, classé par les services de protection de la Constitution comme suspect d’extrémisme de droite, bénéficie également d’un soutien international – notamment en provenance d’Autriche (Freiheitliche Partei Österreichs-FPÖ) ou des États-Unis, de la part d’un réseau d’extrême droite. L’objectif: saper la démocratie aux États-Unis et en Europe.
Le politologue Thomas Greven a examiné de près les liens mondiaux entre populistes de droite, extrémistes de droite et conservateurs radicalisés. C’est de là qu’est né son ouvrage Das internationale Netz der radikalen Rechten. Angriff auf die Demokratie in den USA und Europa (Dietz Verlag, juillet 2026) [«Le réseau international de l’extrême droite. Attaque contre la démocratie aux Etats-Unis et en Europe»]. Selon l’auteur, il ne s’agit en aucun cas d’alliances tactiques de circonstance, mais d’un réseau qui se construit pour devenir un « mouvement social mondial ».
Monsieur Greven, l’AfD serait-elle aussi forte aujourd’hui sans l’aide du réseau international de l’extrême droite?
Probablement oui, ou du moins presque. La scène politique nationale reste déterminante.
Qu’entendez-vous par «extrême droite»?
J’entends par là un éventail d’acteurs allant des conservateurs radicalisés jusqu’aux extrémistes qui ne misent pas uniquement sur la violence, mais qui rivalisent également sur le plan politique.
Qu’est-ce qui unit fondamentalement ces acteurs?
Malgré toutes leurs divergences de fond et leurs nuances, la droite radicale s’articule autour de deux projets politiques liés: d’une part, le renforcement du pouvoir exécutif national par l’affaiblissement de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice et de la fonction publique, des médias et de la société civile. D’autre part, il s’agit de renforcer la souveraineté nationale en affaiblissant les organisations et les traités internationaux, dans le but d’instaurer un ordre mondial post-libéral caractérisé par une souveraineté nationale renforcée.
Qui est le moteur de ce réseau?
Jusqu’à la défaite électorale d’Orbán, j’aurais cité la Hongrie, car le gouvernement du Fidesz avait investi dans un vaste réseau d’organisations. Celles-ci sont désormais à court d’argent. On ignore encore dans quelle mesure des financements privés ou des fonds publics américains pourront combler ce manque à gagner.
L’ancien Premier ministre Orbán a pourtant bénéficié du soutien du camp Maga et de l’administration Trump. Le ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio, a fait campagne sur place. Sa défaite électorale montre-t-elle que l’étiquette «Trump» n’est pas une garantie de succès pour l’extrême droite?
Il existe un risque de «retour de bâton contre Trump», dont profiteraient les adversaires des partis d’extrême droite. Rod Dreher, un réseaueur américain de l’extrême droite actif depuis longtemps en Hongrie, résume la situation ainsi: l’extrême droite mondiale pourrait bien avoir plus de facilité à accepter la défaite d’Orbán que la victoire électorale de Trump. Malgré toute la proximité idéologique et l’admiration qu’elle suscite, la politique de Trump pose un défi particulier à l’extrême droite mondiale: elle est imprévisible, mais Trump dispose en même temps des énormes ressources de pouvoir des États-Unis et, par là même, d’une politique étrangère extrêmement influente. (Publié par la Frankfurter Rundschau le 4 septembre 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
Thomas Greven est maître de conférences à l’Institut John F. Kennedy d’études nord-américaines de l’Université libre de Berlin, auteur et conseiller politique. Depuis 2002, il organise, avec des partenaires d’Amérique du Nord et d’Europe, un réseau international contre l’extrême droite.
*****
Priver l’AfD de son terreau! (3)

Par la Föderation Demokratischer Arbeitervereine-DIDF
Dimanche prochain auront lieu en Saxe-Anhalt les élections régionales tant attendues. Les sondages dressent depuis un certain temps déjà un tableau sans équivoque: selon toute vraisemblance, l’AfD sortira de ce scrutin en tant que premier parti.
Un gouvernement (minoritaire) dirigé par l’AfD n’est pas hors de question et suscite de grandes craintes et appréhensions.
En Saxe-Anhalt, l’AfD se présente comme la solution aux difficultés rencontrées par la population. Dans un «programme gouvernemental» de près de 250 pages, comme elle a baptisé son programme électoral, elle mène une guerre culturelle sur tous les fronts. Les réfugié·e·s, les migrant·e·s et tous ceux qui ne correspondent pas à sa vision raciste et d’extrême droite du monde sont déclarés par elle comme des personnes indésirables. C’est pourquoi l’AfD représente un danger réel qui entraînera des coupes importantes dans la vie de nombreuses personnes en Saxe-Anhalt si elle venait à entrer au gouvernement. Et ceux qui pensent que l’AfD apportera la moindre amélioration à la vie sociale des travailleurs et travailleuses dans le Land devront se rendre à l’évidence. Quiconque ne promet des améliorations qu’en privant les autres de leurs moyens de subsistance ne vise pas de réels progrès.
Ce que l’AfD parvient toutefois à faire, tant à l’Est qu’à l’Ouest de plus en plus, c’est de canaliser les véritables préoccupations sociales de la population au service de sa politique d’extrême droite et raciste. La pénurie de logements, la hausse des prix de l’énergie et des services de base, les coupes budgétaires qui sapent l’éducation et la santé: ce sont là autant de problèmes réels, provoqués depuis des années et qui s’aggravent actuellement de plus en plus. Alors que des milliards sont consacrés à l’armement et que les grandes entreprises enregistrent des bénéfices records, on nous impose de continuer à aller travailler même en cas de maladie ou de nous contenter de moins. La colère suscitée par la politique des gouvernements (tant l’actuel que les précédents) est réelle et justifiée – mais voter pour l’AfD en réponse ne l’est pas. Car ce parti ne fait que veiller à ce que nous, travailleurs/travailleuses et jeunes, qui partageons objectivement les mêmes intérêts, continuions à nous laisser diviser et ne luttions pas ensemble contre ces problèmes.
L’AfD se renforce donc sur le terreau social abandonné par les partis au pouvoir. C’est pourquoi les manœuvres électorales ou les mises en garde de la part de ces partis manquent de crédibilité. Alors que, parallèlement, on réduit les dépenses sociales, que l’on fait des migrant·e·s des boucs émissaires, que l’on sape de plus en plus le droit d’asile et que l’on intensifie les expulsions, les déclarations sur la démocratie et la dignité humaine apparaissent hypocrites. C’est donc à nous, y compris à nous, travailleurs et travailleuses d’origine turque, qu’il revient de participer aux luttes sociales et aux manifestations afin de priver l’AfD de son terreau [selon diverses estimations, la population d’origine turque – les binationaux, les naturalisés et les résidents possédant uniquement la nationalité turque – est d’environ 3 millions]. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons lutter contre les problèmes sociaux et prendre conscience que nos collègues [syndicaux], nos camarades de classe et nos voisins ne sont pas nos ennemis, mais nos alliés. Participons aux manifestations du 6 septembre [à Berlin sur le logement] et affirmons:
Non au racisme et aux partis d’extrême droite
Investissons dans le social, la santé et l’éducation, plutôt que dans l’armement
Pas d’attaques contre nos droits du travail et nos acquis sociaux!
(Publié le 3 septembre 2026 sur le site de la Föderation Demokratischer Arbeitervereine-DIDF; traduction rédaction A l’Encontre)

Soyez le premier à commenter