
Par Saeed Rahnema*
Plus d’un an s’est écoulé depuis la guerre de 12 jours de juin 2025, au cours de laquelle Israël a attaqué des installations militaires iraniennes, tué de hauts responsables militaires et des scientifiques nucléaires, et a été rejoint par les États-Unis qui ont frappé trois sites nucléaires iraniens majeurs. L’Iran a riposté par des attaques de missiles contre Israël et contre une base étatsunienne au Qatar avant qu’un cessez-le-feu ne soit annoncé. Plus de six mois se sont également écoulés depuis la guerre de 39 jours qui a débuté en février 2026. Ce conflit a entraîné la mort d’Ali Khamenei, le dirigeant de la République islamique d’Iran (RII), et de nombreuses personnalités politiques et militaires de haut rang, ainsi que des attaques iraniennes contre des bases américaines dans la région. Il a également donné lieu à des efforts diplomatiques qui ont abouti à un protocole d’accord (MOU) entre les États-Unis et l’Iran, signé par leurs présidents respectifs, Donald Trump et Masoud Pezeshkian.
Comme nous l’avons déjà évoqué ces deux guerres sont nées de trois dynamiques interdépendantes. Premièrement, les États-Unis cherchaient à maintenir et à étendre leur hégémonie mondiale. Deuxièmement, le gouvernement d’extrême-droite israélien et les mouvements sionistes juifs et chrétiens [évangéliques avant tout] cherchaient à promouvoir une vision du «Grand Israël». Troisièmement, l’oligarchie cléricale, militaire et économique de la République islamique cherchait à préserver et à étendre son influence régionale.
Cet article soutient que, confrontée à la guerre et à une instabilité intérieure croissante, la République islamique a mené une stratégie comportant trois volets: des réponses militaires aux affrontements persistants, un engagement diplomatique, tout en intensifiant la répression sur son territoire.
Bien que ces guerres aient fait des milliers de morts, endommagé les infrastructures iraniennes et éliminé une grande partie des hauts dirigeants de la République islamique, elles n’ont pas abouti à un changement de régime. Au contraire, elles ont mis en évidence les limites du pouvoir coercitif, de c ontrainte des États-Unis et d’Israël et ont laissé la région confrontée à des affrontements persistants et à la possibilité d’une nouvelle guerre majeure.
Guerre et diplomatie
Le protocole d’accord en 14 points – qui promettait notamment la fin des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, la levée du blocus maritime imposé par les Etats-Unis, le «projet» d’un plan de reconstruction et de développement économique de 300 milliards de dollars, ainsi que la levée de toutes les sanctions contre la République islamique, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies – a constitué un succès pour le régime islamique et un soulagement pour la politique bâclée de l’administration Trump. En contrepartie, la République islamique d’Iran, tout en maintenant le statu quo actuel de son programme nucléaire, a accepté de ne pas se procurer ni de développer d’armes nucléaires. Elle a également autorisé les navires commerciaux à circuler librement, sans frais, pendant 60 jours entre le golfe Persique et la mer d’Oman, et vice-versa.
Cet accord n’a jamais été mis en œuvre, et le délai de 60 jours imparti aux États-Unis et à l’Iran pour négocier l’accord définitif est désormais écoulé. Le gouvernement Netanyahou, conformément à sa politique de longue date à l’égard de la République islamique, s’est opposé avec véhémence à cet accord et était prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour le faire échouer. Entre autres, le 14 juin, deux jours après la conclusion du protocole d’accord, il a bombardé le quartier à majorité chiite de Beyrouth [1]. Dans le même temps, l’administration Trump semble avoir estimé qu’en retardant la mise en œuvre de l’accord et en accentuant la pression économique sur Téhéran, elle pourrait contraindre la République islamique à faire de nouvelles concessions. Téhéran, pour sa part, semble avoir calculé que le maintien de la fermeture du détroit d’Ormuz ferait pression sur l’administration Trump pour qu’elle fasse de nouvelles concessions, d’autant plus que les élections de mi-mandat approchaient et que le mécontentement de l’opinion publique américaine vis-à-vis de la guerre s’accentuait.
Outre ses capacités offensives en matière de missiles et de drones, qui menacent les pays arabes voisins abritant des bases des Etats-Unis, la plus grande résilience du régime islamique trouve en partie son origine dans son caractère idéologique et dans le mépris de longue date qu’il affiche pour les conséquences de la guerre sur l’Iran et le peuple iranien. Un schéma similaire s’est manifesté pendant les huit années de la guerre Iran-Irak. Après que les forces iraniennes eurent chassé l’armée irakienne envahissante du territoire iranien en 1981 – repoussant ainsi l’invasion de Saddam Hussein en l’espace de quelques mois –, l’Iran aurait pu mettre fin à la guerre. Au lieu de cela, le Guide suprême de l’époque, l’ayatollah Khomeini, et son entourage ont adopté les slogans «la guerre, la guerre jusqu’à la victoire» et «de Bagdad à Quds (Jérusalem)», et ont prolongé le conflit pendant sept années supplémentaires. Finalement, en 1988, après avoir subi d’énormes pertes, ils ont été contraints d’accepter un cessez-le-feu humiliant. Bien que la situation soit différente aujourd’hui, le bloc au pouvoir étant plus divisé que jamais et la République islamique manquant de légitimité aux yeux de la majeure partie de la population, les factions radicales du régime semblent poursuivre une stratégie similaire.
Lutte de pouvoir au sein du bloc au pouvoir
Des divergences au sein du bloc au pouvoir de la République islamique existent depuis le tout début. À différentes époques, les pragmatiques religieux et les idéalistes religieux, désignés sous des étiquettes différentes, se sont affrontés. Sous l’ère de Ruhollah Khomeini [décembre 1979 à juin1989], puis sous celle d’Ali Khamenei [juin1989 à février 2026], le Guide suprême a su gérer ces différends. Cependant, l’actuel guide désigné, Mojtaba Khamenei, qui n’est pas encore apparu en public et dont on ignore l’état de santé, a peu de chances de pouvoir gérer efficacement ces conflits tout en restant à l’écart de la scène publique. Des déclarations sont vraisemblablement publiées en son nom, tout comme les nominations importantes et les changements de personnel dans les secteurs militaire et de la sécurité. Il a également approuvé le protocole d’accord (MOU), qui a été entériné par 12 des 13 membres du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) de l’époque, la plus haute instance décisionnelle iranienne en matière de défense, de sécurité et d’affaires étrangères, bien qu’il ait ajouté qu’«en principe», il avait un avis différent.
Bien que la quasi-totalité des membres du (CSSN) ayant voté en faveur du protocole d’accord fussent des partisans de la ligne dure, et que deux d’entre eux fussent des représentants du Guide suprême, le simple fait de parvenir à un accord quelconque avec les États-Unis a profondément irrité la base des partisans de la ligne dure, qui, depuis plus de quatre décennies, avait été nourrie de propagande anti-étatsunienne. Les principaux décideurs du régime sont pleinement conscients qu’ils ont besoin de cette base et que, sans elle, il leur resterait moins de forces pour faire face à la majorité mécontente de la population, qui a jusqu’à présent lancé six grandes mobilisations anti-régime.
Le conflit entre les conservateurs intransigeants et les pragmatiques a atteint un point tel que certains partisans de la ligne dure influents ont réclamé l’exécution du président Pezeshkian et de Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et chef de la délégation de négociation.
Le remaniement de la direction reflète également l’évolution de l’équilibre des pouvoirs. Mohsen Rezaei, commandant du CGRI pendant la guerre Iran-Irak, a remplacé l’ancien secrétaire du CSSN, tandis que de nouveaux commandants ont été nommés à la tête des forces armées et du CGRI. Tous sont des proches de Mojtaba Khamenei. Dans sa première déclaration, le général Rezaei, du CGRI, a posé des conditions à la réouverture du détroit d’Ormuz: mettre fin à toutes les guerres régionales au Moyen-Orient, à Gaza, au Liban et chez les alliés régionaux de l’Iran; lever le blocus maritime contre l’Iran; débloquer les fonds iraniens; et modifier la conduite des États-Unis.
Cependant, cette impasse – ni guerre, ni paix – ne peut durer indéfiniment et pourrait placer l’Iran dans une situation de plus en plus dangereuse. Si une nouvelle confrontation militaire poserait de sérieux problèmes aux États-Unis et à leurs alliés régionaux, le bombardement des infrastructures iraniennes – notamment le réseau électrique, le réseau d’approvisionnement en eau et les raffineries – pourrait dévaster le pays et avoir des conséquences catastrophiques pour sa population. Les États-Unis ont mené une stratégie similaire lors de leur invasion de l’Irak, où des millions d’Irakiens ont souffert, et rien ne garantit qu’ils n’adopteraient pas des mesures comparables contre l’Iran.
Maintenant que les États-Unis ont échoué à mettre la République islamique à genoux par la voie militaire, ils espèrent qu’en intensifiant le blocus économique et les sanctions secondaires, ils pourront forcer le régime de Téhéran à capituler ou encourager un soulèvement populaire contre ce dernier. Comme pour les autres sanctions, ce sont les populations qui en feront les principales victimes.
La poursuite du blocus maritime et la nouvelle menace de «guerre économique» brandie par Trump exercent déjà de graves pressions économiques. L’Iran perdrait, selon certaines sources, près de 500 millions de dollars par jour et peine à s’approvisionner de manière fiable en importations essentielles, notamment en gaz. C’est pourquoi une partie de l’oligarchie au pouvoir, au-delà de ses préoccupations idéologiques ou de ses promesses «célestes», est également profondément soucieuse de protéger ses intérêts matériels considérables et fait pression pour conclure un accord et revenir au protocole d’entente (MOU)..
On ignore encore quelle faction finira par prendre le dessus. Néanmoins, le récent remaniement des dirigeants militaires et de la sécurité suggère que, bien que le régime soit devenu plus militariste et se prépare à une guerre prolongée et à de nouvelles confrontations, il recherche également une solution diplomatique – en particulier en réponse à la nouvelle menace de guerre économique émanant des États-Unis. Parallèlement, le régime est profondément préoccupé par la menace interne imminente d’un nouveau soulèvement d’une population mécontente.
Faire face à l’«ennemi» intérieur
Entre les guerres de 12 et 39 jours mentionnées plus haut, durant l’hiver 2025-2026, l’Iran a connu son plus grand mouvement de protestation – un mouvement encore plus important que celui de 2022, «Femme, Vie, Liberté». Les manifestations ont débuté au bazar de Téhéran en réaction à la hausse des prix, provoquée par une forte dépréciation de la monnaie nationale et l’escalade du coût des devises étrangères, qui a à son tour entraîné une augmentation des prix des matières premières et des produits importés. Comme pour d’autres mouvements, ces manifestations, malgré leurs origines économiques, ont rapidement pris une dimension politique dans les villes de tout le pays. Divers segments des classes moyennes nouvelles et traditionnelles, des travailleurs et travailleuses, des retraité·e·s, des étudiant·e·s et, dans certains cas, des agriculteurs – qui protestaient contre les pénuries d’eau et le non-paiement de leurs dettes par le gouvernement – ont rejoint le mouvement.
Au cours de ses onze premiers jours, à compter du 28 décembre 2025, ce mouvement spontané ressemblait aux mouvements de protestation précédents, caractérisés par des manifestations pacifiques, des affrontements avec les forces de sécurité et les forces du Basij, ainsi que des actions éclair. Le mouvement a toutefois été par la suite politiquement instrumentalisé par le gouvernement israélien et par l’opposition monarchiste iranienne de droite à l’étranger, opportuniste et entretenant des liens étroits avec Israël.
Le 8 janvier 2026, dans le cadre d’une campagne très manipulée sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, le fils du shah déchu, a annoncé que de l’aide allait arriver. Un nombre croissant de personnes – désespérées à l’idée d’un changement, mais aussi des partisans de Pahlavi – sont descendues dans la rue, souvent accompagnées de leurs familles. Le régime, terrifié, a réagi avec une violence sans précédent, déployant l’Ansar-e Hezbollah [«Partisans du Parti de Dieu»: organisation paramilitaire ultra], les forces Basij et, selon certaines informations, des forces supplétives recrutées dans les pays voisins. L’ampleur exacte des massacres reste inconnue, mais selon certaines estimations, plusieurs milliers de personnes, y compris de jeunes garçons et filles, auraient été abattues en l’espace de deux jours. Internet, qui avait été coupé dès le début, est resté bloqué malgré les énormes pertes économiques et la disparition de millions d’emplois.
Il est largement admis que Netanyahou a persuadé Trump que, suite à l’assassinat du Guide suprême, les Iraniens se soulèveraient et renverseraient le régime. À la grande déception de Netanyahou et de Reza Pahlavi, cela ne s’est pas produit. Au contraire, l’intervention étrangère et la reprise de la guerre en juin 2026 ont porté au mouvement ses coups les plus dévastateurs. [Sur les plans du gouvernement de Benyamin Netanyahou propres à “sa guerre”contre l’Iran voir l’article de Luis Imbert dans Le Monde du vendredi 28 août 2026, pp. 2 et 3. – Réd.]
Cependant, avec l’aggravation de la situation économique, l’inflation galopante et la hausse du chômage, la possibilité d’un nouveau soulèvement majeur est bien réelle. D’où le renforcement des appareils répressifs du régime. La nomination de Hossein Taeb à la tête de l’organisation paramilitaire Basij, liée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et instrument majeur de la répression brutale des mouvements sociaux, doit être considérée comme s’inscrivant dans la stratégie face à d’éventuelles manifestations. Taeb est un haut responsable du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, un proche confident du nouveau Guide suprême et un religieux redouté au sein de l’appareil de sécurité, connu pour avoir supervisé le meurtre et la mutilation de milliers de manifestants. Sa mission déclarée consiste à étendre et à renforcer le Basij en tant que «réseau de renseignement populaire», faisant de «chaque citoyen» un membre du Basij.
Déjà, les rassemblements de quartier organisés chaque soir dans les grandes villes en faveur de la guerre, ainsi que les tribunaux fantômes du régime prononçant des condamnations à mort, ont largement contribué à étendre le règne de la terreur. Selon l’ONG IHRNGO, Iran Human Rights, rien qu’en juillet de cette année, 71 personnes ont été exécutées, certaines d’entre elles étant accusées d’être des agents israéliens. Au total, 444 personnes ont été pendues en 2026. De nombreux avocats, universitaires, journalistes et artistes de renom sont emprisonnés, dont Narges Mohamadi, éminente féministe et lauréate du prix Nobel de la paix. Le régime a également commencé à renforcer le port obligatoire du voile, qui avait été pratiquement abandonné après l’étonnant mouvement «Femme, Vie, Liberté». Le parlement du régime est en train d’approuver un nouveau projet de loi interdisant tout contact avec les médias et les universités étrangers, sauf autorisation des autorités de sécurité.
En guise de conclusion
L’agression militaire israélo-étatsunienne contre l’Iran, loin d’affaiblir la République islamique, a rendu le régime plus radical et plus agressif. Elle a divisé davantage son opposition et a porté un coup sévère aux mouvements sociaux indépendants iraniens.
De nombreuses personnes hors d’Iran, y compris certaines issues des milieux progressistes, ont applaudi la République islamique et l’ont acclamée en tant que force «anti-impérialiste», simplement parce qu’elle est considérée comme le seul pays capable de tenir tête à l’agression israélienne et américaine.
Mais c’est une grave erreur que de négliger le caractère réactionnaire du régime et les dommages considérables qu’il a infligés à l’Iran et à son peuple. C’est précisément la position soulignée par certains intellectuels progressistes hors d’Iran, notamment dans la lettre ouverte signée par des universitaires, journalistes, avocats et militants des droits de l’homme iraniens et non iraniens, qui condamne à la fois l’agression américano-israélienne et la République islamique. De même, dans une lettre récente publiée dans le Guardian et adressée aux prisonniers politiques iraniens, signée par d’éminents universitaires et militants non iraniens, les auteurs font remarquer à juste titre que «d’un côté, vous êtes confrontés à la domination de la République islamique; de l’autre, aux forces impérialistes contre lesquelles la République prétend lutter». (Voir ci-dessous le texte de cette lettre datée du 20 août 2026)
Malheureusement, cette initiative importante lancée par des intellectuels non iraniens éminents, progressistes et largement reconnus a été attaquée par certains qui, s’appuyant sur une conception erronée de la lutte anti-impérialiste, soutiennent un régime répressif tel que la République islamique. Il s’agit là de la même conception désastreuse que celle adoptée par une partie de la gauche iranienne au lendemain de la révolution de 1979: simplement parce que le régime islamique était en conflit avec les États-Unis et en raison de la prise d’otages à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran [4 novembre 1979 au 20 janvier 1981], ils considéraient ce régime comme «anti-impérialiste». En réponse aux attaques contre la lettre publiée dans The Guardian, un large groupe d’intellectuels et d’universitaires iraniens a exprimé son soutien sans équivoque aux signataires de cette lettre [voir ce texte publié sur le site d’Inprecor]
Depuis près d’un demi-siècle, la République islamique s’est attachée à remodeler l’Iran et la société iranienne selon sa propre vision obscurantiste. L’immense mouvement «Femme, Vie, Liberté», qui a attiré l’attention du monde entier et dans lequel les femmes et les jeunes Iraniens ont joué un rôle de premier plan malgré la répression brutale du régime, a constitué une expression puissante de l’échec de son projet réactionnaire. Les mouvements sociaux et soulèvements successifs de ces dernières décennies ont démontré que ce ne sont pas les puissances étrangères, poursuivant leurs propres intérêts hégémoniques, mais le peuple iranien lui-même qui, en fin de compte, remplacera le régime actuel par une république véritablement démocratique, laïque et progressiste. C’est précisément pour cette raison que l’opposition à l’agression impérialiste et l’opposition à la République islamique ne doivent pas être considérées comme des positions mutuellement exclusives. Les deux sont nécessaires si l’objectif est de défendre le peuple iranien et de préserver la possibilité d’un avenir démocratique et émancipateur. (Article publié sur le site New Politics le 27 août 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
Saeed Rahnema est un professeur émérite de sciences politiques et de politiques publiques à l’université York, au Canada, lauréat de plusieurs prix. Parmi ses ouvrages récents en anglais, on peut citer The Transition from Capitalism: Marxist Perspectives (2016, 2019), publié chez Palgrave MacMillan, ainsi que l’article «Lessons of Socialist Reformisms: Revisiting the German, Swedish, and French Social Democracies», paru dans la revue Socialism and Democracy, vol. 36, 2022.
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[1] Depuis le début mars 2026, les attaques diverses de l’armée israélienne au Liban n’ont cessé. L’Orient-Le Jour du 25 août 2026 écrivait à propos du Liban-sud: «Israël semble avoir accéléré le rythme de ses démolitions et destructions dans la «zone tampon» occupée au Liban-Sud, avec une journée de mardi marquée par des dynamitages en série et des incendies provoqués dans plusieurs secteurs. Selon notre correspondant Mountasser Abdallah, les forces israéliennes se sont particulièrement acharnées dans les secteurs ouest de la bande frontalière sur Mansouri, un village du caza de Tyr divisé par la «Ligne jaune» qui établit la limite de la zone dans laquelle l’armée israélienne empêche tout accès, tandis que dans le secteur central, plusieurs attaques ont été signalées entre Hariss et Haddatha, qui se trouvent juste à la limite nord de la zone tampon.» (Réd.)
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Lettre ouverte «Aux prisonniers politiques iraniens, piégés “entre deux lames d’un ciseau”»

D’un côté, vous faites face à la domination de la République islamique; de l’autre, les forces impérialistes contre lesquelles la république prétend se tenir
Le mois d’août marque l’anniversaire des exécutions de masse de 1988 en Iran, une horreur qui fait écho à la montée actuelle des condamnations à mort du pays. Il marque également l’anniversaire du 19 août du coup d’État organisé par le Royaume-Uni et les États-Unis contre le Premier ministre Mohammad Mosaddegh en 1953. Au milieu des vagues actuelles aveugles d’assauts militaires américano-israéliens contre l’Iran, cette lettre de solidarité dénonce la répression du peuple iranien et de ses prisonniers politiques par les forces tant au pays qu’à l’étranger.
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À nos collègues militants, étudiants, penseurs, travailleurs, artistes et autres prisonniers d’opinion détenus derrière les murs de tous les centres de détention à travers l’Iran:
Nous vous écrivons à partir d’un lieu de solidarité profonde, notre cœur lourd avec la connaissance de la lutte que vous rencontrez dans les prisons iraniennes: la torture, la négligence systématique, le silence forcé et la réalité brutale des procès et des exécutions simulées. En tant que prisonniers politiques, militants et universitaires anciens et actuels engagés dans le projet mondial d’abolition, d’anti-autoritarisme et d’anti-impérialisme, nous vous voyons à travers les distances de la géographie et le silence de la censure et des pannes d’Internet. Et nous sommes solidaires avec vous, comme vous êtes à l’intersection de deux sources d’oppression.
D’un côté, vous affrontez la République islamique qui, dès sa création, a imposé un contrôle social et politique absolu fondé sur une idéologie d’exclusion. C’est un système qui prétend contrer le pouvoir impérial tout en utilisant sa logique même de domination et de systèmes de carcéralité, de torture et d’exécution. De l’autre côté, vous faites face à l’agression et à la violence des forces impérialistes et sionistes contre lesquelles la République islamique prétend se tenir debout. Les États-Unis et Israël déclenchent des guerres brutales, détruisent des infrastructures civiles, tuent des écolières innocentes et vous traitent comme des dommages collatéraux dans leur poursuite de la domination régionale. Nous nous souvenons de l’horreur du 23 juin 2025, lorsqu’Israël a frappé le complexe pénitentiaire d’Evin, aplatissant son service hospitalier, sa section transgenre et son centre d’accueil. Vous auriez mieux exposé cette double oppression quand vous avez exprimé que vous «vous sentez coincé entre les deux lames d’un ciseau, le régime maléfique qui emprisonne et torture [vous] et une force étrangère larguant des bombes sur [vos] têtes au nom de la liberté».
Au cours de l’année écoulée, nous avons vu les deux lames du ciseau affûter. Nous voyons les arrestations arbitraires et la vague horrible d’exécutions d’État. Nous voyons l’aggravation de la criminalisation de la classe ouvrière et des chômeurs, le ciblage des Kurdes, des Arabes et des Baloutches, et le bouc émissaire des migrants afghans: toutes les tentatives désespérées de tuer l’esprit de personnes qu’ils ne peuvent pas contenir. C’est la logique des États carcéraux partout: lorsqu’ils ne parviennent pas à faire face aux crises auxquelles les gens sont confrontés, ils tentent simplement de criminaliser ou de disparaître les personnes elles-mêmes.
Nous voyons la même logique de domination quand Israël utilise la « détention administrative» pour détenir des prisonniers politiques palestiniens pendant des années sans inculpation. Nous le voyons lorsque les autorités israéliennes célèbrent une nouvelle loi qui leur permet d’exécuter les prisonniers politiques palestiniens qu’elles ne peuvent pas dominer. Nous le voyons dans les centres de détention de l’ICE où le gouvernement américain emprisonne notre peuple dans la poursuite d’un programme politique d’exclusion raciste ou détient nos militants politiques pour avoir osé parler contre le génocide israélien soutenu par les États-Unis. Nous le voyons dans l’histoire des États-Unis ciblant les combattants de la liberté, en particulier les Noirs, les Autochtones, les Portoricains et d’autres organisateurs anticoloniaux, les enfermant pendant des décennies pour écraser les mouvements de libération nationale et de souveraineté. Et nous voyons les liens entre ces systèmes carcéraux partager des techniques de renseignement et de gouvernance, comme lorsque la prison USP Marion dans l’Illinois est devenue un plan pour les prisons construites en Iran et en Israël dans les années 1960. Qu’il s’agisse d’un mur frontalier ou d’une porte de prison, le but est le même: faire taire les gens par la peur, la domination et l’isolement.
Votre combat est aussi global que nos rêves collectifs de liberté et de dignité. Nous sommes avec vous, et nous rejetons le faux binaire de l’impérialisme et de l’anti-impérialisme creux. Nous invitons la société civile mondiale et les militants et organisations anti-impérialistes à étendre leur soutien inconditionnel et leur solidarité à tous les enfants incarcérés qui luttent pour notre libération collective, à nouer des relations avec les prisonniers politiques iraniens et à élever leur voix, à faire pression sur la République islamique en contestant son récit, et à appeler ce gouvernement à cesser immédiatement toutes les exécutions et à libérer tous les prisonniers politiques.
Les autorités iraniennes doivent maintenant mettre fin à leur pratique inhumaine de la mort et de l’incarcération. Et les États-Unis et Israël doivent mettre fin à leurs guerres barbares et à leurs sanctions brutales qui dévastent sciemment nos communautés.
Par solidarité et par l’amour,
Alberto Toscano, professeur émérite de théorie critique, Goldsmiths, *Université de Londres
Angela Davis, ancienne prisonnière politique, professeure distinguée émérite, *Université de Californie, Santa Cruz
Bernardine Dohrn, professeure de droit à la retraite, *Northwestern University
Bill Ayers, professeur, *Collège Unbound
Cherríe L Moraga, professeure distinguée émérite, Université de Californie, Santa Barbara, écrivaine féministe et militante de Chicana
Dan Berger, professeur d’études ethniques comparatives, *Université de Washington Bothell
Jairus Banaji, historien, professeur de recherche, SOAS, *Université de Londres
Jason Stanley, professeur de philosophie, *Université de Toronto
Judith Butler, professeure distinguée à la Graduate School, *Université de Californie, Berkeley
Keeanga-Yamahtta Taylor, auteur, De #BlackLivesMatter à Black Liberation, professeur d’études afro-américaines, *Princeton University
Michael Löwy, directeur de recherche émérite de sociologie au* Centre National de la Recherche Scientifique, Paris
Michael Mansfield, droits de l’homme et libertés civiles Barrister
Mumia Abu-Jamal, prisonnière politique actuelle, éducatrice, journaliste et militante
Ricardo Jiménez, militant social, ancien prisonnier politique portoricain
Ruha Benjamin, professeur d’études afro-américaines, *Université de Princeton
Ruth Wilson Gilmore, Centre des diplômés, *CUNY
Walden F. Bello, professeur adjoint international de sociologie, *Université d’État de New York à Binghamton
Yasin al-Haj Saleh, écrivain syrien, dissident politique et ancien prisonnier politique en Syrie
* Organisations à des fins d’identification seulement
** Les signataires sont classés par ordre alphabétique

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