
Par Farhang Morady
Les États-Unis et l’Iran se retrouvent à nouveau au bord du conflit après un échange de frappes le 7 juillet, trois semaines seulement après que les deux parties eurent signé un accord-cadre visant à mettre fin à leurs hostilités. Dans des déclarations faites en marge du sommet de l’OTAN en Turquie, Donald Trump a déclaré que le cessez-le-feu était «terminé» et a ajouté que la poursuite des négociations serait «une perte de temps».
Cette évolution sera saluée par certains membres de la sphère politique iranienne qui se sont opposés à cet accord. Le vice-président de la Commission de la sécurité nationale du Parlement iranien, Mahmoud Nabavian, a par exemple averti en juin que cet accord transformerait l’Iran en une «colonie des États-Unis».
Le député iranien Kamran Ghazanfari, quant à lui, a qualifié de «mensonge flagrant» les affirmations du gouvernement selon lesquelles l’Iran aurait remporté la guerre. Il a accusé le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, d’avoir maintenu le Parlement suspendu afin de protéger le gouvernement et les négociateurs des critiques.
Mahmoud Nabavian et Kamran Ghazanfari font partie de ce que l’on appelle en Occident la faction «dure» de la politique iranienne.
Les partisans de la ligne dure sont généralement définis comme des membres de l’élite iranienne qui défendent les principes religieux de la révolution de 1979 et rejettent la libéralisation sociale ainsi que tout engagement diplomatique avec les nations occidentales. Cependant, en réalité, la position des partisans de la ligne dure est plus variée que ne le laisse supposer cette étiquette.
Les partisans de la ligne dure constituent un regroupement informel de plusieurs groupes d’intérêts. Parmi ceux-ci figurent le Front Paydari (Front pour la stabilité de la révolution islamique) au Parlement, auquel appartiennent Nabavian et Ghazanfari, ainsi que certaines factions du puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et les conglomérats économiques qui y sont liés.
On y trouve également le réseau des imams de la prière du vendredi, nommés par l’État, ainsi que des membres du pouvoir judiciaire iranien et des cercles politiques gravitant autour de Saeed Jalili et d’autres personnalités influentes. Saeed Jalili a occupé le poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, la plus haute instance décisionnelle en matière de sécurité en Iran, de 2007 à 2013.
Ces groupes défendent des intérêts économiques et politiques distincts parallèlement à leurs engagements révolutionnaires. Les cercles économiques du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), par exemple, ont joué un rôle clé dans les filières de contrebande, l’arbitrage monétaire et les réseaux de commerce informel qui se sont développés alors que l’Iran était coupé des systèmes financiers internationaux.
Une coalition, pas un bloc
C’est sur le dossier nucléaire que les partisans de la ligne dure sont le plus unis, estimant que l’Iran doit se doter d’une force de dissuasion nucléaire. Ils se sont également traditionnellement opposés à tout engagement direct avec Washington. Mais sur diverses autres questions de politique étrangère et intérieure, les partisans de la ligne dure ont fait preuve de souplesse.
Le rapprochement de l’Iran avec l’Arabie saoudite, négocié par Pékin en 2023, par exemple, a été approuvé et mis en œuvre par le gouvernement d’Ebrahim Raïssi [3 août 2021-19 mai 2024], dominé par les partisans de la ligne dure. Ce rapprochement a rétabli les relations diplomatiques entre les deux pays après sept ans de rupture et de confrontation par procuration.
Les commandants du Corps des Gardiens de la Révolution islamique ont également accepté cet accord, malgré leur hostilité idéologique de longue date envers la monarchie sunnite saoudienne, alignée sur les États-Unis. À l’époque, ils avaient estimé qu’une désescalade régionale servait mieux leurs intérêts que la poursuite du conflit par procuration au Yémen et dans l’ensemble du Moyen-Orient.
En matière de politique sociale, les partisans de la ligne dure sont ouvertement divisés. La police des mœurs iranienne a été dissoute en décembre 2022 à la suite de manifestations provoquées par le décès, en garde à vue, de Mahsa Amini, qui avait été arrêtée pour avoir prétendument enfreint les lois rendant le port du hijab obligatoire. Cette dissolution a été annoncée par le procureur général d’Iran, Mohammad Jafar Montazeri [à cette fonction d’avril 2016 à août 2023, puis dirigeant de la Cour suprême], lui-même un religieux intransigeant.
En l’espace de quelques jours, cependant, les médias d’État iraniens ont rapporté qu’aucune décision officielle de dissolution de la police des mœurs n’avait été prise. Sous la direction du chef du système judiciaire iranien Gholam-Hossein Mohseni-Ejei [en fonction depuis juillet 2021], le pouvoir judiciaire a continué à poursuivre des femmes et des entreprises en vertu de la loi sur le hijab tout au long de l’année 2023. Et les parlementaires du Front Paydari ont publiquement exigé que l’application de cette loi se poursuive.
En avril 2024, les autorités ont ensuite lancé le plan Noor avec le soutien explicite de Mohseni-Ejei et du Front Paydari. Ce plan a intensifié l’application de la loi sur le hijab [en avril 2024]. Cependant, sa mise en œuvre a été inégale. Les mesures de répression ont duré plusieurs semaines avant de s’assouplir, les villes de province ont appliqué le plan de manière incohérente et les procureurs locaux ont donné des instructions contradictoires aux entreprises.
Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique s’est également divisé. Certains éléments des services de renseignement et des forces de l’ordre iraniens, dont l’autorité a été officiellement étendue en vertu de la loi de 2023 sur le hijab et la chasteté, ont soutenu une application rigoureuse de la loi. Mais certains commandants, actuels et anciens, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux limites opérationnelles de ces campagnes de répression musclées.
Augmenter le coût
C’est en restreignant la marge de manœuvre de l’Iran pour négocier avec les États-Unis que les partisans de la ligne dure se sont historiquement montrés les plus efficaces – que ce soit par le biais de la législation, de vetos institutionnels ou en rendant tout engagement politiquement difficile.
En 2015, par exemple, l’Iran a signé le plan d’action global conjoint (JCPOA) avec les États-Unis et d’autres puissances internationales. En vertu de cet accord, l’Iran s’est engagé à limiter son programme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions.
Le Conseil des gardiens de l’Iran, un organe clérical et juridique composé de douze membres chargé de contrôler l’ensemble de la législation du pays, a par la suite bloqué la ratification de deux conventions du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme mondial de surveillance du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme. Ses membres estimaient que le respect des règles internationales visant à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme affaiblirait l’influence régionale de l’Iran.
Cette décision a empêché les banques internationales de traiter les transactions iraniennes, même après la levée des sanctions, privant ainsi le JCPOA d’une grande partie de l’allègement économique que le président iranien de l’époque, Hassan Rohani [août 2013-août 2021], un homme pragmatique, avait promis.
Les partisans de la ligne dure ont également contribué à la rupture des relations diplomatiques entre l’Iran et les États-Unis en 2024 et 2025. Kayhan, un journal proche du bureau du Guide suprême iranien, a publié des éditoriaux accusant l’équipe de négociation de trahison. Le pouvoir judiciaire a également maintenu la pression sur les conseillers impliqués dans les pourparlers.
Cependant, certains signes indiquent que l’équilibre est en train de changer. Le Conseil suprême de sécurité nationale aurait approuvé le récent accord de paix avec les États-Unis avant même qu’il ne soit autorisé par le Guide suprême Mojtaba Khamenei. Selon certaines informations, l’accord a été adopté à une majorité bien supérieure au seuil requis des trois quarts. Certaines sources indiquent que tous les membres, sauf un, ont voté en faveur de cet accord.
La situation au Parlement a également évolué. Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a mené les négociations, a obtenu 235 voix pour prolonger son mandat de président de l’Assemblée en mai. Son adversaire, soutenu par le mouvement Paydari, n’a recueilli que 29 voix. La question n’est plus de savoir si les partisans de la ligne dure feront échouer la diplomatie, mais quelles factions ont conclu que l’obstruction coûte plus cher qu’elle ne rapporte. (Publié sur le site The Conversationle 8 juillet 2026; traduction rédaction A l’Encontre)
Farhang Morady, maître de conférences en développement international, Université de Westminster.

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