«L’Iran au bord du précipice. Le tambour de la guerre, le glas de la mort du peuple!»

Tagesschau, 2 mars 2026. A Minab, un collège de jeunes filles bombardé: 165 tuées.

Par Houshang Sepehr

Au-dessus du territoire iranien, l’odeur de poudre et de sang flotte dans l’air. Aucun parfum de liberté, aucune senteur d’aube. Seule persiste l’odeur des dépôts de munitions qui, à la moindre étincelle, feraient d’abord s’effondrer les toits des maisons – jamais ceux des palais du pouvoir.

La scène se répète, implacable: menaces venant de Washington, aventurisme depuis Téhéran, machine de guerre à Tel-Aviv, et clameurs des cercles monarchistes et ethnicistes. Chacun parle sa propre langue, mais le message est universel: c’est la société iranienne qui paiera le prix du sang.

Donald Trump, avec son ton bravache, depuis quelques jours avertissait: «de graves conséquences frapperont l’Iran» si aucun accord n’est conclu. Les États-Unis se disent prêts à intervenir militairement face à ce qu’ils jugent une menace imminente. Des responsables militaires confirmaient: l’armée est «prête pour tous les scénarios». Dans le langage militaire, ce n’est pas une simple mise en alerte: c’est l’ombre d’une catastrophe qui plane.

De l’autre côté, (feu) Ali Khamenei, avec une obstination frôlant la criminalité politique, plongeait depuis des années le pays dans la répression, les sanctions, la pauvreté et l’isolement. Dans ce mouvement, il a ensuite poussé la nation vers une guerre dévastatrice, utilisant le climat de peur pour étouffer toute contestation sociale et politique.

Entre ces deux pôles de danger, Benyamin Netanyahou était aux aguets, à la tête d’une machine de guerre prête à frapper, tandis qu’une partie de l’opposition de droite, les yeux brillants, transformait un possible fracas des explosions en illusion de liberté.

Voici l’alliance tacite des forces réactionnaires: un conglomérat dont les bénéfices nourrissent les puissants, et dont le prix est payé en sang par le peuple.

Quand la guerre frappe, tout se brise

La guerre n’est pas seulement une explosion. Elle est l’effondrement progressif de la vie. Un ouvrier qui, demain, n’aura plus d’usine. Une mère qui hésite entre la file pour le pain et celle pour les médicaments. Un enfant qui mémorise le hurlement des sirènes au lieu de la sonnerie de l’école. Une ville dont les nuits s’éclairent des éclairs de la défense antiaérienne, jamais de la lumière des foyers.

Dans les cénacles stratégiques, on parle «d’option militaire» sans jamais sentir l’odeur des hôpitaux saturés. On ignore que des générations entières vivront, des années durant, avec les traumatismes, la pauvreté et l’absence d’horizon.

La guerre, même brève, laisse des cicatrices durables. Lorsqu’elle s’installe, elle fracture la société de l’intérieur.

L’histoire sanglante de la région

Pas besoin de prophétie pour comprendre: il suffit de regarder autour de soi. En Irak, on parlait de «frappe chirurgicale»: la société fut démembrée. En Libye, la «protection du peuple» n’empêcha pas l’effondrement de l’État. En Syrie, l’«opportunité de changement» ensevelit des générations sous les décombres.

Partout où la machine de guerre des classes dominantes est intervenue, ce sont les infrastructures de la vie qui ont été détruites. La classe ouvrière dispersée, les mouvements sociaux étouffés, de nouvelles forces réactionnaires promues: telle est la loi non écrite des guerres contemporaines.

Scénario noir: l’Iran au bord de la pente descendante

Le danger dépasse actuellement quelques frappes isolées. L’Iran est entré dans un spirale destructrice qui pourrait plonger rapidement la société dans une situation comparable à celle de la Syrie.

Aujourd’hui, l’économie épuisée, le profond mécontentement social, la crise de l’eau, le chômage massif rendent la société iranienne extrêmement vulnérable face à un conflit régional.

Dans ces conditions, la guerre pourrait:

  • Précipiter la débâcle économique dans une chute vertigineuse;
  • Accélérer la militarisation de la société;
  • Attiser les fractures ethniques et régionales;
  • Plonger la vie quotidienne sous l’emprise des mouvements terroristes islamistes, des suprémacistes perses et autres forces ethnicistes;
  • Et surtout, écraser sous le poids du sécuritarisme la lutte du peuple pour la liberté.

Alors, il ne s’agira plus de savoir qui détient le pouvoir, mais de mesurer ce qui reste vivant dans la société.

Marcher sur le sang du peuple

Parmi les scènes les plus sombres, certaines franges de l’opposition de droite battent le tambour de la guerre plutôt que d’alerter la population. Conscients qu’ils n’ont aucun rôle à jouer dans le renversement du régime par le bas, ces acteurs parient sur un changement de régime imposé par le haut.

La société iranienne n’est pas un terrain d’expérimentation militaire. Chaque missile transperce d’abord la vie du peuple. Chaque sanction accrue réduit d’abord le pain sur la table du travailleur et de la travailleuse. Et chaque guerre déclenchée jette le deuil sur les mères de cette terre.

Combien de fois ce peuple devra-t-il payer? Combien de générations encore seront ensevelies sous les décombres des «nécessités géopolitiques»? Combien de fois faudra-t-il qu’ils confondent la liberté avec le hurlement des sirènes?

La résistance humaniste contre la mort planifiée

Face à ce tumulte guerrier, il faut affirmer, sans hésitation, une position profondément humaniste:

  • Non aux entreprises meurtrières de l’islamisme et «des dirigeants» du régime;
  • Non à la politique d’intimidation guerrière de Donald Trump;
  • Non à l’aventurisme guerrier d’Israël;
  • Non aux paris dangereux et criminels des monarchistes et des forces ethnicistes.

Le peuple iranien n’est ni le combustible d’une guerre, ni un pion sur l’échiquier des négociations. La liberté, si elle doit être réelle, ne surgira ni d’un canon, ni d’un missile, ni des propos de Trump déclarant: «Nous sommes prêts [à vous soutenir]».

La liberté ne jaillit que du cœur d’une société qui survit, s’organise et prend son destin en main. Tout cela exige beaucoup de sacrifices. (2 mars 2026)

Houshang Sepehr, éditeur de L’Echo d’Iran

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