
Par Chicago Tempest
Les membres du Chicago Tempest Collective ont compilé ces entretiens d’histoire orale avec des activistes anti-ICE à Chicago.
L’invasion de Chicago [et de ses environs dans l’Illinois] par l’ICE – nom de code «Opération Midway Blitz» – a commencé le 9 septembre 2025 et a officiellement duré deux mois. Pendant cette période, les agents fédéraux ont procédé à des arrestations en série, ont appréhendé des personnes dans la rue, ont semé la terreur dans des quartiers et ont lancé des gaz lacrymogènes sur des habitants des communautés et même sur la police de Chicago. Ils ont également suscité une résistance massive de la part des citoyens et citoyennes ordinaires – il s’avère que la plupart des gens n’apprécient pas que leurs voisins disparaissent.
La résistance a pris de nombreuses formes: formations sur les droits, création de comités de réaction rapide dans les quartiers, manifestations devant un centre de détention pour immigrants [voir sur ce site l’article en date du 21 janvier https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-lice-mene-une-guerre-de-classe.html ] et un tribunal d’immigration tristement célèbres, porte-à-porte pour informer et recruter, protection des écoles et des écoliers, manifestations devant les hôtels et les sociétés de location de voitures utilisés par l’ICE, sifflets d’alerte communautaires et face-à-face.
Les militants pour les droits des immigrant·e·s à Chicago savaient que cela allait arriver et ont organisé une campagne d’information dans les quartiers immigrés plusieurs mois avant l’invasion de l’ICE. Au fur et à mesure que le Midway Blitz progressait, des leçons ont été tirées et les tactiques ont été affinées. Alors que l’ICE kidnappait, tirait, lançait des gaz lacrymogènes et brutalisait, de plus en plus de gens se demandaient pourquoi l’ICE pouvait se permettre ce genre de terreur dans une ville et un État sanctuaires [pour les immigrants sans papiers: ils prennent des mesures pour limiter leur coopération – ou même la refuser – avec les agences fédérales dans leur politique d’expulsion des immigrants sans papiers – réd.].
Parmi les milliers de citoyens ordinaires de Chicago qui ont rejoint les groupes de surveillance/observation de l’ICE, beaucoup n’avaient jamais participé à des mouvements sociaux auparavant et ont appris en s’organisant. Des quartiers entiers se sont mobilisés pour manifester dans les rues lorsqu’ils ont été informés que l’ICE harcelait leurs voisins. Les enseignants syndiqués des écoles ont tenu tête aux agents fédéraux et ont refusé de laisser leurs élèves ou leurs parents être enlevés. Chicago a été avertie par Trump qu’il fallait s’attendre à un déploiement de troupes de la Garde nationale pour protéger l’ICE des citoyens de la ville. Cette menace ne s’est pas concrétisée à Chicago et a été bloquée par les tribunaux.
Bien que les raids contre les immigrant·e·s n’aient jamais cessé à Chicago, le département de la Sécurité intérieure [Homeland Security dirigé par Kristi Noem] devrait revenir en force au printemps. L’ICE continue de recruter [objectif récent: plus de 23’000 membres avec un revenu de 50’000 dollars; la Border Patrol compte, elle, 45’000 membres; les deux collaborent fort souvent]. Elle utilise des tactiques toujours plus agressives et étend ses raids à d’autres villes. Tirer des leçons des résistances semble urgent. Nous avons rassemblé ici quelques témoignages d’activistes de cette résistance, nouveaux et chevronnés. Les membres du Tempest Collective à Chicago estiment que la compilation de ces récits oraux captivants sur la résistance à l’ICE dans notre ville servira notre mouvement partout, car nous réfléchissons, apprenons et grandissons ensemble.
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Eric Ruder échange avec Hongmin
Hongmin est bénévole au sein de l’équipe d’intervention rapide de Chinatown/Bridgeport [dans le South Side de Chicago] depuis septembre 2025. Eric Ruder est un socialiste de longue date à Chicago.
ER: Vous surveillez donc les activités de l’ICE autour de Chinatown et de Pilsen. Quelles sont vos observations?
H: Je peux résumer le travail ainsi. Chaque week-end, je fais du porte-à-porte dans les quartiers de Bridgeport et de Chinatown auprès des habitants. Et cette semaine, nous faisons du porte-à-porte auprès des commerces. En dehors de cela, j’ai également reçu une formation pour intervenir rapidement, mais comme je n’ai pas de voiture, je ne suis jamais assez rapide pour me rendre sur les lieux où l’ICE procède à des arrestations. J’ai également aidé une fois dans le sud-ouest de la ville, il y a quelques semaines, lorsque la situation était particulièrement grave. En dehors de cela, je surveille chaque samedi les activités de l’ICE dans toute la ville pour le compte de mon équipe. Il existe un grand forum de discussion auquel participent tous les responsables des équipes d’intervention rapide (RRT-Rapid Response Teams), et ils envoient des messages sur les activités de l’ICE que d’autres ont signalées à la hotline ou sur les réseaux sociaux. Ensuite, si cela se trouve dans la zone attribuée à mon équipe, je le transmets au forum de discussion dédié aux activités. Voilà le genre de travail que j’ai fait jusqu’à présent.
ER: Il semble que vous ayez fait du porte-à-porte auprès des commerces, mais vous avez également contacté des particuliers?
H: Oui. Principalement des personnes parlant cantonais et espagnol. Ce sont les deux langues principales.
ER: Parlez-vous le cantonais et l’espagnol?
H: Non, je parle mandarin et cantonais, et le cantonais m’a été très utile.
ER: Comment cela s’est-il passé? Je suis vraiment curieux de savoir: les gens sont-ils reconnaissants? Ont-ils entendu parler des activités de l’ICE? Diriez-vous que les gens ont peur ou autre chose? Quel genre d’interactions avez-vous eues?
H: Cela varie vraiment. Cela va des personnes qui n’ont aucune idée de ce qu’est l’ICE à celles qui ont entendu parler de tous les raids. Les personnes que nous avons contactées lors de nos démarches ont pris connaissance de leurs droits et ont reçu de la documentation. Une fois, nous avons fait du porte-à-porte dans le quartier chinois, où il y a beaucoup de personnes âgées qui parlent cantonais, comme des grands-pères et des grands-mères, et beaucoup d’entre elles ne savent pas ce qu’est l’ICE, alors nous leur avons donné les informations nécessaires. Et parmi les personnes qui connaissent un peu l’ICE, beaucoup pensent que si elles ont un statut légal, elles n’ont rien à craindre. Je pense que cela montre les idées fausses que les gens ont sur l’ICE et leur confiance aveugle dans les agences gouvernementales, même s’il s’agit d’agences fédérales déployées par Trump.
Nous devons donc d’abord expliquer que l’ICE pratique le profilage racial, donc si vous n’êtes pas blanc, vous pouvez être et serez ciblé. Ensuite, plus ils détiendront de personnes, plus ils gagneront d’argent. Ils gagnent donc littéralement de l’argent en détenant plus de personnes. Et les gens sont choqués quand ils apprennent que les agents veulent détenir autant de personnes que possible [par gain matériel], car ils se disent: «À quoi ça sert de détenir des personnes qui sont en situation régulière?» Beaucoup de gens pensent que l’ICE est là uniquement pour cibler et détenir les immigrants dits «illégaux». Et quand ils découvrent qu’ils essaient de détenir autant de personnes que possible, ils sont vraiment choqués.
ER: Il y a aussi l’idée que l’ICE ne s’en prend qu’aux «pires des pires», uniquement aux «criminels». Mais hier encore, un reportage national a révélé qu’environ 83% des personnes détenues jusqu’à présent n’avaient aucun antécédent criminel. Dans certaines régions, ce chiffre est encore plus élevé.
H: Oui, ils sont même très actifs à Evanston. Evanston n’est pourtant pas une ville très métissée, c’est plutôt une banlieue de classe moyenne. Je pense que cela montre en partie que nous n’avons pas su raconter notre histoire de manière très efficace. Je pense que beaucoup de choses que nous faisons ne sont pas assez proactives. Et raconter ce qui se passe ici en est un élément important.
Je pense qu’il existe de nombreuses possibilités pour en faire un mouvement similaire à Black Lives Matter. Évidemment, le contexte est très différent. Les immigrant·e·s, en particulier les immigrants dits «illégaux», ne sont pas considérés comme états-uniens. Cela s’étend parfois aux Noirs, mais d’une manière différente, car c’est un pays raciste. Cette question de l’«américanité» rendra plus difficile la transformation de ce mouvement en un mouvement à l’échelle nationale, mais je pense qu’il y a encore du potentiel, ne serait-ce que parce que l’ICE a tiré et tué des gens.
Comme nous n’avons pas su bien raconter notre histoire, nous avons manqué certaines occasions. Et comme toutes les réactions des quartiers s’organisent indépendamment les unes des autres, certaines occasions ont été manquées. Mais on pourrait dire que c’est aussi une force. La décentralisation facilite la réactivité au niveau local. Mais je pense qu’à terme, si l’ICE reste ici pendant longtemps et que nous voulons faire un mouvement de la résistance, nous devrions réfléchir à la manière de mieux coordonner nos efforts et de raconter nos propres histoires. Je vois de plus en plus de gens se joindre à cet effort, donc je vois beaucoup de potentiel, honnêtement.
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Geoff Guy s’entretient avec Rosemary
Rosemary est une organisatrice de la défense communautaire de Rogers Park [secteur situé à l’extrémité nord-est de Chicago]. Rosemary est un pseudonyme. Geoff Guy est un militant pour les droits des travailleurs et travailleuses et des locataires à Chicago.
GG: Quel a été l’impact de l’invasion de l’ICE sur vous et votre communauté?
R: Lire 200 messages, essayer de savoir où ils ont emmené mon ami, essayer de faire mon travail… Que pourrions-nous construire si nous n’étions pas constamment en train de réagir à des crises? Nous nous organisons et nous résistons, nous construisons quelque chose de beau ici, mais c’est terrifiant: une invasion militaire dans mon quartier. Le fait qu’une personne lambda ne puisse pas quitter son domicile car elle risque d’être expulsée, ou toute personne de couleur ne puisse pas sortir sans risquer d’être arrêtée.
Mais je tiens également à être claire sur la manière dont nous ripostons. Je déteste tous les articles qui disent que tout le monde a peur de quitter son domicile et est terrifié. Oui, nous avons peur, mais nous sommes dans la rue. Chicago s’organise et réagit, en transformant la peur en solidarité. À Rogers Park, le premier jour, l’ICE a vraiment frappé notre quartier: des centaines de personnes étaient dans la rue avec leurs sifflets orange, pour rappeler de manière visible que nous allons protéger nos voisins, et les gens en prennent conscience. Ce n’est pas seulement quelque chose que les gens voient aux informations ou sur les réseaux sociaux; cela se passe dans leur rue. Notre groupe d’intervention rapide compte désormais 1000 membres. Nous avons formé beaucoup de personnes. Protect Rogers Park forme des centaines de personnes chaque semaine. Nous transformons l’impuissance et le désespoir en action.
Les nouveaux arrivants se mobilisent simplement en voyant cela, en parlant à des inconnus dans la rue qui surveillent l’ICE. C’est ce qu’il faut: nous n’avons pas d’équipes SWAT [unités d’élite!], nous avons besoin de gens ordinaires. Les nouveaux arrivants disent qu’ils se sentent désespérés et veulent faire partie d’une communauté qui agit. Et nous expliquons constamment pourquoi nous faisons cela, pas seulement contre l’ICE, mais contre toutes les formes d’oppression: la Palestine, les contrôles policiers… Le nombre de personnes qui voient des policiers en civil dans notre quartier, que l’on n’avait jamais vus auparavant, parce qu’on ne les cherchait pas. Elles commencent à voir le nombre de caméras et la surveillance, et une fois qu’elles commencent à chercher, elles les voient partout.
GG: Parlez-nous du travail que vous avez accompli. Du tribunal de l’immigration au début de l’année au centre ICE de Broadview, en passant par les interventions rapides. Comment tout cela s’est-il mis en place et a-t-il formé une infrastructure pour le mouvement?
R: En juin, les agents de l’ICE ont procédé à des enlèvements de personnes au 55 E. Monroe (tribunal de l’immigration) pendant quelques semaines, puis les manifestations ont commencé. Une fois la mobilisation suffisante, il y a eu une situation gênante où ils ont enlevé un citoyen américain (manifestant) de manière peu conventionnel. La manifestation a porté ses fruits. Ils ont effectivement cessé les enlèvements au tribunal, du moins pendant un certain temps. Le moment où les gens ont bloqué l’entrée des voitures a été un signal d’alarme qui a montré que la résistance fonctionnait. Cela ne fonctionne pas à chaque fois, et il est impossible de prédire quand cela fonctionnera et quand cela ne fonctionnera pas, mais dans ce cas, l’ICE a calculé que ce n’était plus une proie facile. Cela a inspiré le quartier de Broadview et une riposte rapide. Plus nous pouvons les ralentir et leur faire perdre du temps, plus nous pouvons sauver une personne.
Je pense que l’organisation de quartier est la forme d’organisation la plus efficace: travailler avec les personnes que vous côtoyez et que vous connaissez. Il s’agit en grande partie d’une stratégie proactive plutôt que réactive. La réponse rapide du quartier est à bien des égards la dernière ligne de défense; tout cela doit fonctionner ensemble. Nous surveillons le tribunal de l’immigration (lieu de nombreux enlèvements par des agents de l’ICE et de manifestations), Broadview (un centre de traitement transformé en centre de détention illégal) et les hôtels qui hébergent l’ICE et tous les points névralgiques des opérations de l’ICE. Nous sommes en mesure de partager des informations et d’alerter les gens de manière beaucoup plus rapide et efficace. Le simple fait de montrer que nous ne consentons pas à cette invasion est très significatif.
Il est important que des personnes se rendent régulièrement à Broadview pour dénoncer ces pratiques et se rapprocher de la source des opérations de l’ICE. Pendant longtemps, personne n’y a prêté attention. Certains groupes y ont prié le rosaire pendant les douze dernières années, mais il a fallu que quelqu’un s’assoie devant la voiture d’un agent de l’ICE pour que ce lieu devienne le point central des manifestations. À bien des égards, ce site est un goulot d’étranglement pour l’ICE. C’est un établissement horrible qui est censé servir uniquement au traitement des dossiers, mais qui est désormais utilisé pour la détention. Il ne devait s’agir que de séjour de douze heures, mais les personnes y restent désormais pendant des jours, dormant sur place avec de la nourriture froide et peu d’eau. Nous n’autorisons pas les centres de détention dans l’Illinois. Ils s’en servent avant de transférer les personnes vers des centres de détention dans d’autres États. C’est un entonnoir, avec des conditions horribles. Alors qu’ils intensifient leurs opérations, les élus ne peuvent même pas visiter et inspecter les lieux.
Lorsque Jay Robert Pritzker [gouverneur démocrate de l’Illinois depuis 2019] a envoyé la police de l’État de l’Illinois, nous avons vu la véritable raison d’être de la répression policière, à savoir que la police existe pour réprimer la dissidence et non pour protéger les gens. Elle facilite clairement les opérations de l’ICE en dispersant les foules. Elle a battu et arrêté des manifestant·e·s.
Nous n’avons pas encore vu la police locale ou d’État arrêter l’ICE, même si un juge a récemment statué que si l’ICE tentait d’arrêter des personnes dans un tribunal fédéral, la police de Chicago pourrait arrêter l’ICE. Les tensions entre la police fédérale et la police locale atteignent un niveau de guerre civile, et tout le monde en a très peur. Ils veulent empêcher ces forces de travailler ensemble. Ils préfèrent la répression d’État au conflit interétatique.
GG: Qu’est-ce qui vous a inspiré dans ce travail? Quelles sont vos ambitions pour ce que vous aimeriez construire? Qu’avez-vous appris, ou que partageriez-vous avec d’autres villes? Quelles difficultés ou obstacles avez-vous rencontrés?
R: Construisez maintenant! N’attendez pas. Ce sont les rapports humains qui comptent. On peut avoir l’impression que les patrouilles sont une perte de temps: est-ce qu’on tourne en rond en distribuant des tracts et que l’ICE ne viendra peut-être jamais? Deux choses: chaque action que vous entreprenez doit contribuer à construire une communauté, par exemple distribuer des tracts dans les commerces permet de rencontrer des gens, de partager des informations. Il ne s’agit pas seulement de s’asseoir à un coin de rue et d’observer les gens, mais d’avoir l’occasion de leur expliquer pourquoi nous sommes là. Apprenez à connaître votre communauté, apprenez à connaître les organisations, essayez de vous mettre d’accord sur ce qui va se passer. Tout doit être localisé. N’attendez pas qu’un système municipal soit mis en place, n’attendez pas que tout le monde se mette d’accord sur ce qu’il faut faire: organisez votre immeuble, organisez votre quartier, puis organisez la ville.
Ce qui est possible dans le cadre d’une organisation autonome est différent de ce qui est possible dans le cadre d’une organisation à but non lucratif. Les organisations à but non lucratif (OBNL) peuvent fournir des ressources matérielles, mais ne peuvent peut-être pas prendre de risques. Nous devons analyser ce que les OBNL peuvent et ne peuvent pas faire. L’organisation autonome doit également reposer sur des principes de responsabilité. Par exemple, l’organisation Broadview est autonome, tandis que les OBNL jouent un rôle de défense des intérêts.
GG: Que pensez-vous qu’il faille pour gagner? Quels sont les camps? Qu’est-ce que gagner?
R: Le succès consiste à amener les gens à comprendre les racines de la crise actuelle dans son sens le plus radical, afin de les éradiquer, en leur faisant comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’une lutte contre l’ICE ou contre Trump, mais contre l’État policier plus large dans lequel nous vivons. Je pense que beaucoup de gens croient que si nous élisons une nouvelle personne, si nous formons mieux les policiers ou si nous modifions les pouvoirs de l’ICE, nous gagnerons. Mais mon objectif est de mettre fin aux expulsions, toutes les expulsions. Mon objectif est d’abolir la police, pas seulement l’ICE. Je suis un futuriste: je pense au monde que nous créons, pas à celui que nous détruisons.
Nous avons un groupe de discussion de mille personnes prêtes à réagir à tout moment. Le défi actuel consiste à faire comprendre au grand public ce qui se passe dans notre monde et à l’éduquer sur la direction que nous prenons. Alors que nous construisons de nouvelles relations dans cette crise, nous devons réfléchir à la direction que cela prend. C’est ce que j’espère que cette crise nous poussera à comprendre: lorsque nous aurons un nouveau président, nous continuerons à nous battre pour mettre fin aux expulsions et continuer à loger nos voisins.
GG: Que pouvons-nous faire en tant qu’organisations pour assurer l’après-crise?
R: L’analyse politique est primordiale. Certains groupes ne sont pas suffisamment organisés pour faire ce que font les grandes organisations en matière de mobilisation. Nous pouvons assurer l’éducation politique des gens ordinaires et être leur porte-parole, non pas en les réprimandant ou en les traitant avec condescendance, mais en essayant de rétablir la normalité. Beaucoup de gens ne savent pas quoi faire face à cette situation. Beaucoup de gens, y compris les libéraux [les gens de gauche], doivent désormais faire des choses auxquelles ils ne sont pas habitués, comme s’organiser contre la police. Les organisations plus radicales ont la responsabilité et l’expérience nécessaires pour partager leur analyse en ce moment.
Nous ne savons pas exactement comment intégrer beaucoup de nouvelles personnes et des consciences diverses – il ne s’agit pas nécessairement d’«accueillir autant de personnes que possible», mais nous devons faire savoir aux gens qu’ils sont des organisateurs et qu’ils doivent prendre des initiatives et faire preuve d’autonomie. Il n’existe pas d’organisation parfaite. Je suis relativement novice en la matière, et le fait d’avoir un espace politique sur lequel m’appuyer a fait la différence.
GG: Que souhaiteriez-vous voir à l’issue de cette situation?
R: Je voudrais voir mille expériences sur le type de nouvel avenir que nous voulons construire et voir ces réseaux de communication et ces infrastructures utilisés à des fins libératrices, afin que, quoi qu’il arrive, nous n’attendions pas qu’une organisation ou un leader prenne soin de nous, mais que nous ayons réellement ce dont nous avons besoin, que nous soyons autant que possible autosuffisants et que nous trouvions de la joie et un sentiment de communauté dans cette autosuffisance. Nous ne pouvons pas nous contenter de nous battre tout le temps. Nous devons construire, et construire est un acte réparateur. Ce n’est pas seulement un travail difficile, c’est une source de vie. Créez un jardin communautaire! Mais si vous voulez faire quelque chose, faites-le avec une analyse politique. Si vous voulez créer une organisation à but non lucratif, faites-le en comprenant que tout cela vient du capitalisme. Les organisations à but non lucratif ne nomment pas ces choses et ne travaillent pas à partir de cette analyse politique – même les organisations à but non lucratif progressistes ne disent pas ouvertement «nous devons abolir le capitalisme». (Entretiens publiés sur le site de Tempest le 22 janvier 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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