
Par David Smith à Washington et Robert Mackey
Donald Trump a nommé le secrétaire d’État américain Marco Rubio et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blairau sein d’un «conseil de paix» nouvellement créé pour Gaza, un organisme qui, selon lui, dirigera la prochaine phase de reconstruction et de gouvernance dans ce territoire ravagé par la guerre.
La Maison Blanche a déclaré que le «conseil d’administration exécutif» composé de sept membres comprendra également l’envoyé spécial de Trump, le promoteur immobilier Steve Witkoff [qui intervient aussi dans le «dossier Russie-Ukraine» et dans «l’acquisition du Groenland»], le président de la Banque mondiale, Ajay Banga [citoyen des Etats-Unis d’origine sikh], et le gendre et conseiller de longue date du président, Jared Kushner. Trump lui-même en sera le président, et d’autres nominations sont attendues dans les semaines à venir. [Le Financial Times du 16 janvier ajoute à la liste décidée par Trump: le patron du fonds d’investissement Apollo Global Management Marc Rowan; et le conseiller à la Sécurité nationale Robert Gabriel, qui fut aussi un proche collaborateur du suprémaciste blanc Stephen Miller qui a dicte la stratégie de la police des frontières ICE pour l’expulsion brutale des immigré·e·s – réd.].
«Chaque membre du conseil exécutif supervisera un portefeuille défini essentiel à la stabilisation et au succès à long terme de Gaza, comprenant, entre autres, le renforcement des capacités de gouvernance, les relations régionales, la reconstruction, la recherche des investissements, le financement à grande échelle et la mobilisation de capitaux [sic!]», a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.
«Les États-Unis restent pleinement engagés à soutenir ce cadre de transition, en étroite collaboration avec Israël, les principaux pays arabes et la communauté internationale.»
La participation de Tony Blair risque de susciter la controverse dans la région. L’ancien leader travailliste reste une figure controversée au Moyen-Orient en raison de son rôle dans l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis en 2003 [sous la direction de George W. Bush].
Peu après avoir quitté ses fonctions en 2007, Blair est devenu le représentant spécial du Quartet, un groupe composé des États-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et des Nations unies qui œuvre pour la paix entre Israël et les Palestiniens. Mais il a été perçu comme trop proche des Israéliens et a démissionné en 2015.
Reconnaissant que Tony Blair reste une figure controversée, Donald Trump a concédé en octobre dernier: «J’ai toujours apprécié Tony, mais je veux m’assurer qu’il est un choix acceptable pour tout le monde.»
Le président a également nommé Aryeh Lightstone [CEO of the Abraham Accord Peace Institute et ancien conseiller de l’ambassadeur des Etats-Unis David Friedman qui est ouvertement em faveur de la colonisation et de l’annexion par Israël des territoires palestiniens sous occupation] et Josh Gruenbaum [un responsable de la Federal Acquisition Service chargée, entre autres, des achats d’équipements militaires] comme conseillers principaux du conseil d’administration afin de superviser «la stratégie et les opérations quotidiennes». Nickolay Mladenov, homme politique bulgare et ancien envoyé des Nations unies au Moyen-Orient, occupera le poste de haut représentant pour Gaza [il fut ministre de la Défense et des Affaires étrangères de la Bulgarie, une de ses tâches sera officiellement de désarmer le Hamas et de superviser la «sécurité» dans la bande de Gaza]. [1]
La liste a été rendue publique au lendemain de l’annonce par Trump de la formation du «conseil de paix» dans le cadre de la deuxième phase du plan négocié par les États-Unis pour mettre fin au conflit à Gaza. Avec son enthousiasme habituel, le président l’a décrit comme «le conseil le plus prestigieux jamais réuni, à quelque époque et en quelque lieu que ce soit».
Sa création fait suite à la formation d’un comité technocratique palestinien de 15 membres chargé de gérer les affaires courantes dans la bande de Gaza d’après-guerre. Cet organe sera dirigé par Ali Sha’ath, originaire de Gaza et ancien vice-ministre de l’Autorité palestinienne [2].
La Maison Blanche a déclaré: «Le Dr Sha’ath apporte une grande expérience dans l’administration publique, le développement économique et l’engagement international, et il est largement respecté pour son leadership pragmatique et technocratique et sa compréhension des réalités institutionnelles de Gaza.»
Trump a également nommé l’ancien chef des forces spéciales états-uniennes, le général de division Jasper Jeffers, à la tête d’une force internationale de stabilisation (ISF), chargée de superviser la sécurité sur l’ensemble du territoire.
Le plan de paix soutenu par les États-Unis, lancé le 10 octobre, a permis la libération de tous les otages encore détenus par le Hamas et la cessation des combats entre Israël et le Hamas. La deuxième phase est désormais en cours, même si les informations faisant état de pénuries d’aide et de violences sporadiques continuent de jeter une ombre sur le processus [3].
Depuis le cessez-le-feu, Israël a également démoli des milliers de structures qui avaient survécu à la guerre, notamment des maisons et des serres, dans la partie de Gaza qu’il contrôle encore.
Le Hamas ne s’est pas encore engagé officiellement à procéder à un désarmement complet, une exigence clé d’Israël et l’un des éléments les plus controversés du règlement à long terme.
Rosa DeLauro, membre démocrate du Congrès, a déclaré vendredi: «Le succès de la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza dépend de la mise en œuvre complète de la première phase, qui fait encore défaut dans plusieurs domaines clés, notamment la livraison de l’aide humanitaire, la cessation des frappes militaires israéliennes et le retour du dernier otage détenu par le Hamas, Ran Gvili… La guerre doit enfin prendre fin avant que la paix puisse être instaurée.»
Seth Masket, politologue à l’université de Denver, a suggéré que le nom du conseil avait été discrédité par les actions belliqueuses de Trump. «J’espère qu’il trouvera le temps d’assister aux réunions du Conseil de paix en plus des réunions sur les invasions du Venezuela, de l’Iran, du Groenland, du Canada et de Minneapolis», a observé Masket sur les réseaux sociaux. (Article publié par le Guardian le 17 janvier 2026; traduction-édition et titre de la rédaction A l’Encontre)
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[1] Le Financial Times du 16 janvier indique qu’aux côté de Nickolay Mladenov se trouvent le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, Sigrid Kaag, coordinatrice spéciale des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, et le milliardaire israélo-chypriote Yakir Gabay (qui fait l’immobilier et dirige la société luxembourgeoise Aroundtown cotée à la bourse de Francfort. (Réd.)
[2] Selon le site Le Grand Continent du 16 janvier 2026, un des tâches de ce technocrate issu de la collaboratrice Autorité palestinienne consistera à assurer «l’élargissement du territoire de la bande de Gaza en poussant les décombres [provoqués par les bombardements et les destructions falites par bulldozers] dans la mer “pour créer de nouvelles îles, de nouvelles terres”». En effet, la «ligne jaune», qui avance lentement, assurera plus de 50% du territoire à Israël, ce qui ne laisse comme possibilité pour le territoire de Gaza qu’une avancée sur la mer, ce qui reste un projet mis en concurrence avec les opérations hôtelières à la Trump.
Les «technocrates» palestiniens, choisis par la coalition coloniale ont préparé leur plan en Egypte sous la surveillance de la dictature du général Sissi, qui n’est pas prêt à recevoir sur le territoire égyptien des réfugiés en masse de Gaza. (Réd.)
[3] Le 16 janvier, l’OCHA (Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires), avec sa tonalité réservée, souligne toutefois que «plus d’un million de personnes dans la bande de Gaza ont toujours besoin d’une aide d’urgence pour se loger et de solutions durables en matière d’hébergement, notamment la réparation des maisons endommagées et des kits d’hébergement d’urgence». (Réd.)

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