Suisse. Des tunnels alpins, ferroviaires et routiers… au labyrinthe des initiatives

Spectacle de l'inauguration du tunnel de base le 1er juin 2016
Spectacle de l’inauguration du tunnel de base le 1er juin 2016

Par Urs Zuppinger

L’inauguration du tunnel ferroviaire de base du Gothard a Ă©tĂ© fĂȘtĂ©e le 1er juin en grande pompe car concrĂ©tisant une avancĂ©e de la politique des transports Ă  l’échelon europĂ©en.

Pour rappel, la votation du 28 fĂ©vrier sur la construction d’un 2e tunnel routier au Gothard a Ă©tĂ© largement plĂ©biscitĂ©e par le peuple suisse, le oui l’a massivement emportĂ© Ă  l’exception du canton de Vaud et de GenĂšve (voir l’article publiĂ© sur ce site en date du 17 fĂ©vrier).

A l’occasion de l’inauguration du 1er juin – en prĂ©sence de Matteo Renzi, Angela Merkel, François Hollande et Johann Schneider-Ammann – il nous paraĂźt utile de tirer quelques enseignements de la votation du 28 fĂ©vrier dernier en abordant les deux questions suivantes.

1° Comment en est-on arrivĂ© Ă  ce rĂ©sultat 20 ans aprĂšs le vote populaire en faveur de l’Initiative des Alpes qui stipule que sur sol suisse le trafic de marchandises Ă  travers les Alpes soit transfĂ©rĂ© de la route au rail ?

2° Les leçons que l’on peut tirer de ce vote sont-elles conformes aux pratiques politiques et institutionnelles qui permettent Ă  la bourgeoisie suisse de s’accommoder de l’existence institutionnelle de l’initiative populaire fĂ©dĂ©rale en en retirant mĂȘme de substantiels avantages ?

Revanche tardive suite à une défaite non digérée

Au lendemain de la votation du 28 fĂ©vrier dernier Fabien Renz du quotidien suisse alĂ©manique Tages-Anzeiger tirait un bilan dĂ©sabusĂ©: « Ne nous voilons pas la face : la dĂ©cision du peuple de votants en faveur du 2e tunnel routier du Gothard reprĂ©sente une cĂ©sure dans la politique suisse des transports. Pendant deux dĂ©cennies on vivait sous l’impĂ©ratif de l’initiative des Alpes : transfĂ©rons un maximum de trafic de la route sur le rail ! – pas question de construire de nouvelles routes Ă  travers les Alpes ! Cette Ă©poque est aujourd’hui rĂ©volue (
) Des sondages effectuĂ©s au cours des derniĂšres semaines ont privilĂ©giĂ© une autre hypothĂšse : en 2016 l’argument de la protection des Alpes ne permet plus de gagner la bataille. Il est par contre rĂ©vĂ©lateur pour notre Ă©poque frileuse que l’argument de la sĂ©curitĂ© routiĂšre martelĂ© par les promoteurs a Ă©tĂ© entendu au cours de la campagne de votation (
) Manifestement, la population de ce pays est prĂȘte Ă  payer le prix pour ce surplus de sĂ©curitĂ©, Ă  savoir la mise en question de la politique de transfert en vigueur (
) Avec la dĂ©cision d’hier, nous avons lĂ©guĂ© Ă  nos successeurs un cadeau empoisonnĂ© aux consĂ©quences non nĂ©gligeables. »

Le 2 mars, soit deux jours plus tard, le Conseil national acceptait un postulat en faveur du dĂ©plafonnement du nombre de passages de poids lourds Ă  travers les Alpes, alors que l’obligation d’aboutir en Suisse Ă  une rĂ©duction substantielle des charges de trafic poids lourds en transit Ă  travers les Alpes est inscrite dans la Constitution fĂ©dĂ©rale depuis le vote populaire de 1994.

A premiĂšre vue, la dĂ©sinvolture des Ă©lus de la Chambre basse du parlement fĂ©dĂ©ral semble confirmer l’apprĂ©ciation de Fabien Renz. Mais un examen plus attentif du cours des Ă©vĂšnements montre que l’irrespect des autoritĂ©s Ă  l’égard de cette initiative et au peuple qui l’avait acceptĂ©e ne date pas d’aujourd’hui : dans les faits la ConfĂ©dĂ©ration a ciblĂ© dĂšs le dĂ©part un autre objectif que celui prĂ©conisĂ© par l’initiative en misant sur l’usure du temps pour gagner l’opinion publique Ă  ses vues.

En 1994 deux facteurs pouvaient expliquer la victoire de l’initiative des Alpes : en Suisse les Alpes ont Ă©tĂ© placĂ©es au cƓur de «l’identitĂ© nationale» et dans les annĂ©es 90 la protection de l’environnement Ă©tait une prĂ©occupation majeure de la population.

Mais pour la bourgeoisie suisse cette victoire populaire n’a jamais Ă©tĂ© plus qu’un accident de parcours auquel il fallait remĂ©dier mĂȘme si cela devait prendre du temps et de l’habiletĂ© pour dĂ©tourner Ă  son avantage le mandat constitutionnel issu de cette votation.

Voilà comment elle s’y est prise

Les « Nouvelles lignes ferroviaires Ă  travers les Alpes » acceptĂ©es en votation populaire le 27 septembre 1992 avaient Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es par la ConfĂ©dĂ©ration en rĂ©ponse Ă  l’exigence europĂ©enne d’accroĂźtre la capacitĂ© gĂ©nĂ©rale de transit Ă  travers les Alpes en mettant l’accent sur les tunnels ferroviaires de base du Lötschberg, du Gothard et du Monte Cenerci. L’initiative des Alpes acceptĂ©e deux ans plus tard a instaurĂ© une obligation constitutionnelle d’exploiter cette capacitĂ© ferroviaire accrue pour accroĂźtre sur territoire suisse le transfert du trafic de marchandises de la route au rail sur les axes de transit Ă  travers les Alpes.

Partant de cette option, la dĂ©cision de complĂ©ter ces trois tunnels «écologiques» par la rĂ©alisation par dĂ©finition non Ă©cologique d’un deuxiĂšme tunnel routier sous le Gothard a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e par une majoritĂ© des perdants du scrutin du 28 fĂ©vrier dernier comme un changement d’orientation. C’est la lecture que Fabien Renz du Tages-Anzeiger fait au lendemain du vote dans son article citĂ© plus haut.

L’historique de ce qui s’est passĂ© pendant les 22 ans qui sĂ©parent ce scrutin de l’acceptation de l’initiative des Alpes montre pourtant que les autoritĂ©s politiques suisses se sont contentĂ©es de respecter l’Initiative des Alpes dans leurs dĂ©clarations d’intentions et par des dĂ©cisions formelles. Les mesures concrĂštes mises en Ɠuvre – ainsi que celles qui ne l’ont pas Ă©tĂ© alors qu’elles auraient dĂ» l’ĂȘtre si cette initiative avait Ă©tĂ© prise au sĂ©rieux [1] – obĂ©issaient par contre Ă  une logique diffĂ©rente en tous points conforme aux besoins du capital: pour pouvoir produire toujours et partout avec un maximum de profits les transnationales (en s’appuyant sur leur reprĂ©sentation politique) ont besoin d’un rĂ©seau de transport qui permette le dĂ©placement des matiĂšres premiĂšres et des produits intermĂ©diaires, semi-finis et finis, au moindre coĂ»t et dans les meilleurs dĂ©lais, entre tous les lieux de production et de vente du monde. Assurer une capacitĂ© de transit maximale Ă  travers les Alpes s’impose dĂšs lors comme un objectif majeur de sa politique des transports au niveau europĂ©en (et donc suisse) et cet objectif inclut par nĂ©cessitĂ© autant le rail que la route en relĂ©guant la protection de l’environnement Ă  une prĂ©occupation secondaire.

ConformĂ©ment Ă  cette orientation, l’administration fĂ©dĂ©rale et le parlement fĂ©dĂ©ral Ă  majoritĂ© bourgeoise et pro-bagnole n’ont jamais renoncĂ© Ă  l’objectif d’accroĂźtre un jour Ă©galement la capacitĂ© de transit Ă  travers les Alpes pour les transports de marchandises par la route, pour autant que ce soit acceptable du point de vue technique et politique. Mais comme cet objectif est contraire Ă  l’initiative des Alpes adoptĂ©e en 1994, les dirigeants de la politique des transports de la ConfĂ©dĂ©ration, les organisations patronales et les partis politiques bourgeois ont empruntĂ© une dĂ©marche pragmatique axĂ©e sur une rĂ©ussite Ă  moyen terme.

Pour prendre la tempĂ©rature de ladite opinion publique, ils ont lancĂ© dans un premier temps l’initiative Avanti qui Ă©tait clairement contraire Ă  l’initiative des Alpes en proposant la rĂ©alisation de deux tunnels routiers Ă  deux voies pleinement carrossables. Cette premiĂšre tentative a Ă©chouĂ© en votation populaire en 2004. Le dossier a donc Ă©tĂ© repensĂ© au niveau du concept et de l’argumentation. En acceptant le 28 fĂ©vrier 2016 la rĂ©alisation d’un deuxiĂšme tunnel routier les Ă©lecteurs ont acceptĂ© une solution qui offre au trafic de marchandises une version « camouflĂ©e » d’augmentation de la capacitĂ© de transit Ă  travers les Alpes par la route. Cela dans le sens oĂč cette solution aboutira Ă  l’existence de deux tunnels Ă  deux voies, dont chacun ne sera utilisable que sur une seule voie soi-disant pour des raisons de sĂ©curitĂ© routiĂšre. La ministre des transports Doris Leuthard a rĂ©ussi Ă  convaincre les Ă©lecteurs qu’il en sera ainsi jusqu’à la nuit des temps. Mais la soif de dĂ©placements des hommes et des marchandises n’a pas de limites en rĂ©gime capitaliste et lorsque la limite de capacitĂ© du dispositif autorisĂ© sera atteinte et que les bouchons grossiront Ă  nouveau aux entrĂ©es nord et sud de ces deux tunnels routiers, le Conseil fĂ©dĂ©ral pourra se contenter de faire appel au bon sens populaire pour convaincre les Ă©lecteurs de modifier la Constitution


Campagne pour l'Initiative des Alpes
Campagne pour l’Initiative des Alpes

Pendant 20 ans l’initiative des Alpes avait fonctionnĂ© comme un garde-fou face Ă  cette soif de dĂ©placements, nous fait croire Fabien Renz dans son article. Mais Ă  voir de plus prĂšs il apparaĂźt que ces derniers temps cette fonction Ă©tait en perte de crĂ©dibilitĂ© pour deux raisons faciles Ă  identifier aprĂšs coup:

1. Avec la « bourse des Alpes » (voir article publiĂ© le 17 fĂ©vrier), l’Initiative des Alpes avait proposĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000 une modalitĂ© technico-juridique viable et peu coĂ»teuse pour obtenir un plafonnement du flux routier des camions sous le Gothard. Les Chambres fĂ©dĂ©rales avaient fait mine de prendre cette mesure Ă  leur compte en adoptant un article de loi qui fournit une base lĂ©gale Ă  la mise en Ɠuvre de cette mesure. Cependant, la ConfĂ©dĂ©ration a fait dĂ©pendre son introduction effective de l’accord des autres pays alpins, une condition qui, Ă  l’évidence, ne sera jamais remplie.

Les auteurs de l’Initiative des Alpes n’ont pas eu le courage ou la capacitĂ© politique d’exiger que la ConfĂ©dĂ©ration se donne les moyens d’honorer ses obligations constitutionnelles en fixant aux autres pays alpins un dĂ©lai pour accepter la mise en place effective d’une bourse des Alpes associĂ©e Ă  l’annonce que, passĂ© ce dĂ©lai, la Suisse sera prĂȘte Ă  introduire cette bourse le cas Ă©chĂ©ant en solitaire.

2. La vague Ă©cologique, sur ce thĂšme, est retombĂ©e 20 ans plus tard. De plus, Ă  force de ne pas se concrĂ©tiser dans les faits, les motifs de fond de l’Initiative des Alpes sont devenus inaudibles pour les Ă©lecteurs et le 28 fĂ©vrier 2016 ils ont plĂ©biscitĂ© l’argument de la sĂ©curitĂ© routiĂšre mis en avant par les dĂ©fenseurs du tunnel routier.

GrĂące Ă  cette dĂ©cision, la politique bourgeoise des transports de marchandises de l’UE et de la Suisse s’est dĂ©barrassĂ©e d’une hypothĂšque sur l’avenir du transit Ă  travers les Alpes suisses : dans un premier temps, la ConfĂ©dĂ©ration finalisera les deux tunnels ferroviaires de base et s’efforcera ensuite d’exploiter leurs potentialitĂ©s en termes de transport de marchandises. En parallĂšle, elle rĂ©alisera le deuxiĂšme tunnel routier. Et puis, lorsque les limites de capacitĂ© du dispositif lĂ©galisĂ© se feront sentir dans 20, 30, 40 ans, les Ă©lus et les milieux Ă©conomiques feront valoir que l’infrastructure capable d’offrir une augmentation de la capacitĂ© de transit pour le trafic de marchandises par camions est dĂ©jĂ  lĂ , et le changement d’orientation que les Ă©lecteurs voulaient imposer Ă  la ConfĂ©dĂ©ration en votant oui Ă  l’initiative des Alpes en 1994, ne sera rapidement plus que le souvenir d’un autre temps.

Cet Ă©chec prĂ©visible de l’initiative des Alpes est d’autant plus instructif que, conscients du risque, ces auteurs avaient transformĂ© aprĂšs la victoire de 1994 leur comitĂ© d’initiative en une association pĂ©renne chargĂ©e de prĂ©venir et d’empĂȘcher la rĂ©cupĂ©ration de leur combat.

L’association « Initiative du Gothard » n’arrĂȘtera pas son «combat» suite au vote du 28 fĂ©vrier dernier, mais il sera encore plus difficile d’enrayer la dynamique qui s’est mise en place ces derniers temps. En effet, ses adversaires ont Ă©tĂ© de tout temps majoritaires au sein des Chambres fĂ©dĂ©rales. Depuis deux, trois ans ils ont rĂ©ussi Ă  tirer l’avantage Ă  eux, grĂące au soutien de la conseillĂšre fĂ©dĂ©rale Doris Leuthard (plus exactement de son administration liĂ©e aux diverses firmes intĂ©ressĂ©es). Ils ont rĂ©ussi, Ă  l’approche de la votation populaire, de dĂ©placer le centre de gravitĂ© des dĂ©bats au cours de la campagne de votation du 28 fĂ©vrier en assurant au «peuple suisse des automobilistes» qu’ils disposeront grĂące Ă  l’acceptation du deuxiĂšme tunnel routier, dans quelques annĂ©es, d’un trajet sĂ©curisĂ© et sans file d’attente Ă  travers les Alpes lors de leurs dĂ©parts en vacances et de leurs dĂ©placements professionnels du cĂŽtĂ© ensoleillĂ© des Alpes. Et les adeptes de l’initiative des Alpes ont Ă©tĂ© perçus en dĂ©calage avec des besoins populaires Ă©lĂ©mentaires, avec  leur discours  sur la nĂ©cessitĂ© Ă©cologique de concrĂ©tiser le  transfert du trafic des marchandises de la route au rail.

Le Parti socialiste et les Verts – qui avaient pris position contre le nouveau tunnel routier – ont fait profil bas pendant la campagne de votation. Soucieux de ne pas perdre les dits acquis de leur travail parlementaire sur d’autres dossiers des transports, ils ont limitĂ© leur investissement en faveur d’une campagne de votations au succĂšs improbable.

Une issue surprenante?

Pour apprĂ©cier le sort de l’Initiative des Alpes Ă  sa juste valeur, il vaut la peine d’examiner ce qui se passe en rĂšgle gĂ©nĂ©rale dans ce pays lorsqu’une initiative fĂ©dĂ©rale est lancĂ©e, reçue et Ă©valuĂ©e par les autoritĂ©s Ă©lues et pour finir soumise le cas Ă©chĂ©ant au vote populaire.

Mais au prĂ©alable il est utile de rappeler que l’initiative populaire fĂ©dĂ©rale a Ă©tĂ© instaurĂ©e sous une forme opĂ©rationnelle en 1891, peu de temps avant le rĂ©fĂ©rendum fĂ©dĂ©ral facultatif, et que ces deux innovations n’avaient rien d’une concession arrachĂ©e Ă  la bourgeoisie suisse par une mobilisation populaire en faveur d’un surplus de droits dĂ©mocratiques. La revendication de ces nouveaux droits populaires avait Ă©tĂ© portĂ©e en avant par le parti conservateur suisse afin de briser la position hĂ©gĂ©monique occupĂ©e sur la scĂšne politique nationale depuis 1848 par le Parti radical suisse. Et le parlement fĂ©dĂ©ral est entrĂ© en matiĂšre parce que la campagne en faveur de ces nouveaux droits a rencontrĂ© une audience forte et que ce succĂšs a permis au parti conservateur, confinĂ© auparavant dans les cantons Ă  majoritĂ© catholique, de se hisser pour une longue pĂ©riode, aujourd’hui rĂ©volue, au rang de deuxiĂšme grand parti bourgeois de la Suisse ; cela au moment oĂč Ă©mergeait le Parti socialiste.

Si ces instruments sont restĂ©s en place depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, on peut en dĂ©duire que la bourgeoisie suisse y trouve son compte. Mais il y a plus que cela : leur existence et la maniĂšre dont elles ont Ă©tĂ© utilisĂ©es et vĂ©cues jusqu’à prĂ©sent par les citoyens et citoyennes, les partis politiques et les autoritĂ©s font partie des facteurs qui ont permis aux forces politiques et Ă©conomiques dominantes de ce pays d’exercer leur domination sur la sociĂ©tĂ© depuis plus de 100 ans sans susciter des confrontations sociales et politiques d’envergure, Ă  quelques exceptions prĂšs dont la grĂšve gĂ©nĂ©rale de 1918. En d’autres termes, sur le plan institutionnel ces instruments jouent en Suisse un rĂŽle comparable Ă  celui que la « paix du travail » joue dans le domaine des rapports de travail, officiellement depuis 1937.

Les pratiques de l’initiative populaire fĂ©dĂ©rale: mise en perspective

Un examen succinct des pratiques que l’initiative populaire fĂ©dĂ©rale a engendrĂ©es au cours des 125 ans de son existence de la part des pouvoirs politiques d’une part, de promoteurs d’initiatives d’autre part, permettra de comprendre comment la bourgeoisie suisse s’y prend pour faire en sorte que ce « surplus de dĂ©mocratie » tourne en fin de compte Ă  son avantage dans la plupart des cas.

Au cours de la phase de lancement, les auteurs d’une initiative populaire jouissent d’une libertĂ© quasi absolue, car la Suisse n’a pas de Cour constitutionnelle. L’intervention des pouvoirs politiques est discrĂšte en se limitant Ă  un examen de conformitĂ© juridique essentiellement formel des textes d’initiatives qui doivent lui ĂȘtre soumis avant le lancement de la rĂ©colte des signatures.

Pour les forces politiques et Ă©conomiques dominantes cette phase est pourtant «tout bĂ©nĂ©fice». Elle lui rĂ©vĂšle des prĂ©occupations collectives potentiellement problĂ©matiques, en offrant aux mĂ©contents et Ă  celles et ceux qui veulent marquer des points dans le dĂ©bat politique national la possibilitĂ© de proposer une modification quelconque d’une quelconque politique publique fĂ©dĂ©rale. De plus, elle oblige les auteurs d’une initiative Ă  tester son audience d’emblĂ©e et Ă  leurs propres frais au cours de la rĂ©colte de signatures.

Le droit initiative populaire agit Ă  ce stade Ă  la maniĂšre d’une soupape de sĂ©curitĂ©. En effet, les propositions portĂ©es en avant par une initiative qui Ă©choue au stade de la rĂ©colte des signatures sont discrĂ©ditĂ©es pour un bon bout de temps en rĂšgle gĂ©nĂ©rale. La dĂ©compression de la conflictualitĂ© politique qui rĂ©sulte de cet impact n’est pas nĂ©gligeable, puisque 26% des initiatives fĂ©dĂ©rales enregistrĂ©es ont Ă©chouĂ© au stade de la rĂ©colte de signatures depuis 1891 (voir tableau 1).

Tableau 1
Bilan d’ensemble des initiatives lancĂ©es entre 1891 et mars 2016

Tableau1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Dans la phase qui s’étend du dĂ©pĂŽt d’une initiative populaire Ă  la Chancellerie fĂ©dĂ©rale munie des 100’000 signatures validĂ©es ou plus Ă  la votation populaire Ă©ventuelle, le dĂ©roulement du processus et les issues possibles sont verrouillĂ©s afin de permettre aux forces politiques et Ă©conomiques dominantes de garder le processus sous contrĂŽle, et l’histoire prouve que la dĂ©marche est efficace.

L’atout premier des forces politiques et Ă©conomiques dominantes est qu’il est extrĂȘmement difficile de gagner avec une initiative fĂ©dĂ©rale en votation populaire, pour les trois raisons suivantes:

1. Les Chambres fĂ©dĂ©rales ont le droit d’élaborer, face Ă  toute initiative qui leur est soumise, un contre-projet direct ou indirect de leur cru.

2. L’acceptation d’une initiative rĂ©digĂ©e (soit formulĂ©e sous forme de texte constitutionnel rĂ©digĂ©) exige la double majoritĂ© des votants et des cantons. Or, plus de 50% des cantons suisses sont petits ou trĂšs petits [2] et se situent en plus Ă  l’écart des rĂ©gions urbaines dynamiques. L’obstacle est quasi infranchissable pour les propositions un tant soit peu progressistes. Quant aux initiatives formulĂ©es en termes gĂ©nĂ©raux qui exigent uniquement la majoritĂ© des votants, elle est rarement choisie, car ce n’est un secret pour personne qu’en cas d’acceptation d’une initiative de ce type lors de la votation populaire, le parlement n’a jamais hĂ©sitĂ© Ă  dĂ©naturer par la suite son sens en profitant du fait que sa traduction en texte de lois est de sa compĂ©tence.

3. Tout changement d’une politique publique a un coĂ»t et perturbe les usages. Les forces dominantes du pays se servent de cet argument lors de chaque campagne de votation sur une initiative populaire fĂ©dĂ©rale pour inciter une part maximale de citoyens potentiellement favorables Ă  l’initiative Ă  renoncer au vote ou Ă  voter pour le statu quo.

Fort de ces atouts, le parlement peut examiner les initiatives fédérales en toute sérénité en étant placé à chaque fois devant le choix entre trois solutions:

  • ReconnaĂźtre la validitĂ© du ou des problĂšmes soulevĂ©s et des solutions prĂ©conisĂ©es par les « initiants » parce qu’elles estiment que les deux sont compatibles avec le projet politique en vigueur en la matiĂšre ou mĂȘme souhaitables du point de vue de leurs intĂ©rĂȘts. Cela est arrivĂ© de temps Ă  autre et conduit le parlement en rĂšgle gĂ©nĂ©rale Ă  demander au comitĂ© d’initiative de retirer son initiative au profit d’un contreprojet allant dans son sens. Dans quelques cas rarissimes, il a pris la dĂ©cision de soumettre l’initiative au peuple avec un prĂ©avis favorable des Chambres.
  • ReconnaĂźtre l’existence ou peut-ĂȘtre mĂȘme la pertinence du ou des problĂšmes soulevĂ©s par l’initiative en Ă©tant en dĂ©saccord plus ou moins profond avec la ou les solutions prĂ©conisĂ©es par l’initiative. Ce cas de figure est courant. Il amĂšne le Parlement Ă  repenser la politique publique fĂ©dĂ©rale en la matiĂšre et Ă  Ă©laborer sur cette base un contre-projet. Dans une majoritĂ© des cas, le comitĂ© d’initiative retire ensuite sa proposition au profit du contreprojet. Au besoin, celui-ci est ensuite mis en votation et gĂ©nĂ©ralement acceptĂ©. En cas de non-retrait de l’initiative le contre-projet est soumis au vote populaire en alternative Ă  l’initiative.
  • Refuser de reconnaĂźtre l’existence du problĂšme soulevĂ© ou de modifier la politique fĂ©dĂ©rale en la matiĂšre. C’est ce qui se passe dans une majoritĂ© de cas et amĂšne le Parlement Ă  soumettre l’initiative au vote populaire sans contre-projet en comptant sur les organisations dominantes du monde politique et Ă©conomique pour mener la campagne contre son acceptation.

Quant Ă  celles et ceux qui lancent une initiative populaire fĂ©dĂ©rale, leur attitude est imprĂ©gnĂ©e de la conscience de l’existence de ces verrouillages. Mais elle dĂ©pend Ă©galement du but qu’ils poursuivent en lançant une initiative.

Ainsi, les nombreuses organisations qui se servent de cet instrument dans un but avant tout propagandiste ne rĂ©flĂ©chissent pas forcĂ©ment en termes de rĂ©sultats concrets obtenir. L’expĂ©rience prouve cependant qu’un Ă©chec cuisant lors du vote populaire peut engendrer la marginalisation des idĂ©es propagĂ©es et des organisations qui les ont portĂ©es en avant, une consĂ©quence qui, Ă  nouveau, n’est pas pour dĂ©plaire aux forces Ă©conomiques et politiques dominantes


Le fait que les initiatives fĂ©dĂ©rales sont rarement acceptĂ©es en votation populaire a pour consĂ©quence que la majoritĂ© des groupements et organisations qui lancent une initiative fĂ©dĂ©rale, dans le but d’obtenir dans un domaine prĂ©cis un changement politique, socio-Ă©conomique ou Ă©cologique rĂ©el, sont d’emblĂ©e ouverts au compromis, d’autant plus si leur poids politique est faible ou incertain.

La possibilitĂ© d’aboutir en fin de compte au moins Ă  un contre-projet bienveillant fait souvent dĂšs le dĂ©part partie de la stratĂ©gie des promoteurs de telles initiatives «rĂ©formistes».

Or un tel contre-projet ne se nĂ©gocie jamais directement avec les auteurs de l’initiative. AprĂšs une prĂ©paration dans les «commissions extraparlementaires», Il s’élabore au sein des Chambres fĂ©dĂ©rales entre Ă©lu·e·s hostiles et Ă©lu·e·s favorables Ă  l’initiative, dans un contexte politique qui est le plus souvent hostile au changement du statu quo. Cette particularitĂ© a trois consĂ©quences non nĂ©gligeables :

  1. Les contre-projets vont rarement au-delĂ  de quelques corrections des pratiques en vigueur, compatibles avec les intĂ©rĂȘts et projets de la bourgeoisie suisse en la matiĂšre.
  2. Les promoteurs de telles initiatives «réformistes» finissent trÚs souvent par devenir tributaires de la ou des politiques bourgeoises en vigueur dans leur domaine de prédilection.
  3. Leurs adeptes au sein du parlement se convertissent le plus souvent en adeptes du contre-projet au moment de la campagne de votation, ce qui pose problĂšme si les auteurs de l’initiative dĂ©cident en fin de compte de ne pas retirer cette derniĂšre. Il arrive alors que leurs anciens adeptes au sein du parlement se battent pendant la campagne de votation en premiĂšre ligne contre l’initiative et pour le contre-projet.

L’efficacitĂ© de cette mĂ©canique complexe ressort du tableau N°1 ci-dessus :

  • En mars 2016, 440 initiatives fĂ©dĂ©rales avaient Ă©tĂ© enregistrĂ©es par la Chancellerie fĂ©dĂ©rale depuis la mise en place de l’instrument en 1891.
  • Si on dĂ©duit de ce chiffre les initiatives dont le sort est en suspens pour des raisons administratives et celles qui n’ont pas encore abouti au stade de la rĂ©colte des signatures, il apparaĂźt que 297 initiatives auraient pu ĂȘtre soumises Ă  une votation populaire entre 1891 et fin mars 2016.
  • De ce total 94 initiatives, ou en gros un tiers, ont Ă©tĂ© retirĂ©es dont 65 au profit d’un contre-projet.
  • Des 203 initiatives restantes 6 ont Ă©tĂ© classĂ©es ou dĂ©clarĂ©es nulles et 181 ont Ă©tĂ© refusĂ©es en votation populaire.

Ce palmarĂšs met en Ă©vidence la fonction premiĂšre de l’initiative populaire fĂ©dĂ©rale : amortir la contestation sociale et politique et rĂ©cupĂ©rer les revendications issues du mĂ©contentement populaire dans l’intĂ©rĂȘt des classes dominantes. Et malgrĂ© cela elle permet d’entretenir sur la scĂšne internationale et chez la plupart des citoyens et citoyennes suisses, de par son existence, la comprĂ©hension que la «volontĂ© populaire» est prise en compte dans ce pays.

Quid des initiatives fédérales victorieuses ?

Le dispositif de dissuasion n’est cependant pas infaillible, puisque 22 initiatives fĂ©dĂ©rales ont Ă©tĂ© acceptĂ©es en votation populaire au cours des 125 ans de son existence, ce qui reprĂ©sente tout de mĂȘme un respectable 7% du total.

Le tableau 2 ci-aprĂšs permet de se faire une idĂ©e des sujets et thĂšmes concernĂ©s et de leur signification. L’initiative des Alpes en a fait partie.

Tableau 2
Les 22 initiatives fédérales ayant été acceptées en votation populaire

Tableau2

Légende

La colonne « Parlement » mentionne les recommandations du Parlement, à savoir :

+ = acceptation de l’initiative
–  = rejet de l’initiative
c = avec contreprojet direct
ci = avec contreprojet indirect

La colonne « Evaluation» caractérise les initiatives, en conformité avec le texte :

>  = Initiative plutît ‘progressiste’
+ = Initiative à but sécuritaire
< = Initiative UDC

En examinant ce tableau en dĂ©tail on remarque d’abord l’extrĂȘme hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des thĂšmes abordĂ©s et ensuite que les initiatives qui ont passĂ©es entre les mailles du filet du dispositif de dissuasion mis en place ne comprennent pas que des propositions rejetĂ©es par le Parlement : 6 des 22 initiatives fĂ©dĂ©rales acceptĂ©es ont Ă©tĂ© soumises au vote populaire avec une recommandation favorable des Chambres fĂ©dĂ©rales ou du moins sans recommandation de rejet.

A part cela, ce tableau permet de faire les observations suivantes.

Jusqu’à la fin des annĂ©es 1970, l’acceptation d’une initiative fĂ©dĂ©rale Ă©tait un Ă©vĂšnement exceptionnel, puisqu’une seule a Ă©tĂ© acceptĂ©e avant le dĂ©but du XXe siĂšcle, 6 entre 1900 et 1949 et aucune entre 1950 et 1979. Depuis lors, la frĂ©quence des initiatives acceptĂ©es en votation populaire a augmenté : 5 l’ont Ă©tĂ© dans les 20 ans avant la fin du siĂšcle et 10 dans les 15 ans qui ont suivi.

L’examen du contenu thĂ©matique des initiatives acceptĂ©es permet de faire les observations suivantes :

‱ Entre 1980 et 1999, les initiatives fĂ©dĂ©rales acceptĂ©es en votation populaire, dont celle des Alpes, visaient toutes un but plutĂŽt ou manifestement «progressiste». Quatre autres initiatives «progressistes» ont par la suite encore Ă©tĂ© acceptĂ©es entre 2000 et 2014.

Il n’est pas possible d’aborder ici le sort que ces initiatives ont connu suite Ă  leur acceptation en votation populaire, mais celui-ci a ressemblĂ© dans une majoritĂ© des cas Ă  celui de l’initiative des Alpes : le contenu a Ă©tĂ© « recyclé» par les instances chargĂ©es de leur mise en Ɠuvre et au final elles ont perdu l’essentiel de leur substance. La majoritĂ© parlementaire de droite n’a pas l’habitude de se laisser intimider par des verdicts populaires qui s’écartent du mainstream nĂ©olibĂ©ral.

‱ La diffĂ©rence est frappante entre le sort des initiatives victorieuses dites progressistes et celui des initiatives victorieuses depuis 2000 qui Ă©manent de milieux et organisations de droite et ont comme dĂ©nominateur commun d’engendrer un durcissement de l’Etat fort.

Dans trois des six cas concernĂ©s (internement Ă  vie pour dĂ©linquants graves, imprescriptibilitĂ© d’actes pĂ©dophiles, non au travail auprĂšs des enfants pour les pĂ©dophiles condamnĂ©s) il s’agit de propositions prĂ©cises de durcissement du droit pĂ©nal qui n’ont laissĂ© aucune marge d’interprĂ©tation au lĂ©gislateur.

Les trois autres initiatives victorieuses de droite (contre la construction de minarets, pour le renvoi des Ă©trangers criminels et contre l’immigration de masse) Ă©manent de l’Union dĂ©mocratique du centre (UDC). Ce parti de droite ultralibĂ©ral, nationaliste et conservateur se sert depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990 de l’initiative populaire fĂ©dĂ©rale pour promouvoir son audience de masse et utilise l’audience acquise pour imposer ses thĂšmes et solutions souverainistes, xĂ©nophobes et antimusulman Ă  tout l’échiquier des partis politiques suisses.

Sa dĂ©marche a suscitĂ© dans un premier temps la constitution d’un front anti-UDC rĂ©unissant tous les autres partis ayant des Ă©lus au niveau fĂ©dĂ©ral, une dĂ©marche vaine dont le seul effet tangible Ă©tait d’avoir contribuĂ© Ă  parachever la transformation du Parti socialiste et du parti des Verts en partis «bourgeois progressistes». Suite Ă  la victoire de 3 initiatives UDC en votation populaire, le front anti-UDC s’est effondrĂ©, l’UDC s’est imposĂ© en tant que composante incontournable du camp bourgeois et ses positions sont devenues des repĂšres reconnus du dĂ©bat politique suisse.

Quant au sort que ces initiatives victorieuses connaissent au stade de leur mise en Ɠuvre, il est diamĂ©tralement opposĂ© Ă  celui des initiatives dites «progressistes»: le parlement s’est contentĂ© d’intĂ©grer leur contenu dans les politiques publiques en vigueur, l’unique souci de la majoritĂ© des Ă©lus ayant Ă©tĂ© de contenir les effets secondaires prĂ©judiciables que le respect scrupuleux du contenu de ces initiatives pourrait engendrer au plan des relations internationales.

L160604c«Otage du droit d’initiative populaire»?

Des dĂ©veloppements rĂ©cents il peut se dĂ©gager l’impression d’une prise en otage du droit d’initiative populaire par la droite extrĂȘme suisse. Rien n’est plus faux. La dĂ©marche accomplie par l’UDC depuis 1990 ressemble en tous points Ă  celle qui a abouti Ă  la fin du XIXe siĂšcle Ă  l’instauration du droit d’’initiative populaire fĂ©dĂ©rale. Dans les deux cas, un parti bourgeois conservateur s’est servi de cet instrument, avec succĂšs, pour faire sa place au sein du camp bourgeois.

La diffĂ©rence entre le sort qu’ont connu et que connaĂźtront les initiatives victorieuses dites «progressistes» et les initiatives victorieuses de l’UDC dĂ©montre simplement que cet outil dĂ©ploie sa pleine efficacitĂ© lorsqu’un parti bourgeois dĂ©cide s’en servir en s’appuyant sur des campagnes de masse.

Pour les forces qui se nourrissent de la contestation sociale le prĂ©sent survol semble indiquer que le droit d’initiative fĂ©dĂ©ral a toutes les caractĂ©ristiques d’un piĂšge. Ce dispositif institutionnel est venu Ă  bout de toutes les tentatives de rĂ©former les politiques publiques suisses par son intermĂ©diaire dans un sens plus social et Ă©cologique et ceci mĂȘme dans les cas oĂč les propositions ont Ă©tĂ© acceptĂ©es en votation populaire.

MalgrĂ© ce bilan objectivement trĂšs nĂ©gatif, la majoritĂ© de celles et ceux disposant du droit de vote reste attachĂ©e au droit d’initiative et son usage ne faiblit pas. D’aprĂšs le tableau 1 ci-dessus, 21 initiatives fĂ©dĂ©rales sont aujourd’hui en attente d’ĂȘtre soumises au vote populaire et 9 sont en examen prĂ©liminaire Ă  la Chancellerie fĂ©dĂ©rale. Il faudrait y ajouter celles pour lesquelles la rĂ©colte de signatures est en cours et celles dont le lancement est en prĂ©paration.

Reconnaissons donc que la problĂ©matique est d’une difficultĂ© redoutable. D’autant que l’initiative fĂ©dĂ©rale n’est qu’un des outils de la dite dĂ©mocratie semi-directe suisse. Le bilan ne serait probablement pas tout Ă  fait le mĂȘme si on Ă©tendait l’examen Ă  la pratique du rĂ©fĂ©rendum fĂ©dĂ©ral [3] et Ă  celle des initiatives et rĂ©fĂ©rendums cantonaux et communaux. Mais les conclusions ne seraient pas nĂ©cessairement plus faciles Ă  tirer. D’autant que toutes ces pratiques ont lieu en Ă©troite interdĂ©pendance avec d’autres Ă©lĂ©ments fondateurs de la stabilitĂ© politique et sociale suisse, tels que la paix du travail ou le principe de la collĂ©gialitĂ© rĂ©gissant dans ce pays les processus de dĂ©cision des autoritĂ©s exĂ©cutives Ă  l’échelon communal, cantonal et fĂ©dĂ©ral.

Contentons-nous donc de tirer une seule conclusion Ă  l’issue de cet examen: les militants et organisations qui continuent de se battre en Suisse pour l’essor d’un courant vĂ©ritablement socialiste ne peuvent faire l’économie d’une Ă©tude et d’un dĂ©bat approfondi sur la stratĂ©gie Ă  adopter pour Ă©viter d’ĂȘtre soit phagocytĂ© par le systĂšme institutionnel en place, soit marginalisĂ© sur la scĂšne politique.

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[1] en assurant p.ex. que les rampes d’accĂšs permettant le ferroutage des camions soient prĂȘtes en mĂȘme temps que les tunnels de base


[2] Le plus petit demi-canton, Appenzell intĂ©rieur, n’a mĂȘme pas 16’000 habitants. Le 50% des cantons et demi-cantons les plus petits comptent moins du quart des habitants du pays.

[3] Dans 176 votation rĂ©fĂ©rendaires fĂ©dĂ©rales accomplis depuis 1848, le oui l’a remportĂ© 98 fois et le non 78.

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