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La Brèche

Migrations: étau mortel en mer Méditerranée

Publié par Alencontre le 13 - mai - 2011

Par Migreurop

Depuis janvier 2011, environ 1000 personnes sont mortes en mer en essayant d’atteindre les côtes fortifiées des rives sud de l’Union européenne [UE]. Des centaines de boat people ont été tués par l’in-action de la coalition internationale

Elles sont venues s’ajouter aux quelque 15’000 morts victimes d’une «guerre aux migrants» qui atteint actuellement des sommets d’inhumanité. Ainsi, selon des informations concordantes, depuis plusieurs jours un bateau transportant plus de 600 personnes est en perdition au large des côtes libyennes [voir ci-dessous, l’article de W.G. Dunlop du 11 mai 2011], dans l’indifférence générale.

Cette indifférence tue. Dans son édition du 8 mai, le quotidien britannique The Guardian rapporte qu’au début du mois d’avril 2001 une soixantaine de boat people sont morts de faim et de soif après avoir dérivé des journées entières. Sous la menace des patrouilles chargées d’empêcher l’approche des côtes italiennes et maltaises, ils étaient aussi sous le regard des bâtiments de la coalition internationale engagée en Libye.

Une enquête impartiale doit rapidement déterminer les responsabilités de l’ensemble des acteurs qui ont manqué à leur devoir d’assister les bâtiments et les personnes en détresse, violant les lois les plus élémentaires du droit maritime international.

Au-delà de ces événements, symptomatiques des contradictions d’une coalition garante de la «responsabilité de protéger» défendue par la communauté internationale, c’est l’ensemble de la politique européenne d’immigration et de contrôle des frontières qui est en cause.

Depuis le début des années 2000, les régimes des pays d’Afrique du Nord jouent le rôle de gardes-frontière de l’Europe, en pourchassant et en enfermant les personnes qui souhaitent mettre en œuvre leur droit à émigrer (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme). La sous-traitance des contrôles migratoires aux régimes dictatoriaux est au cœur de la politique de voisinage de l’UE. Face aux événements historiques que connaît le monde arabe, la réaction des pays européens a été de faire pression sur les forces politiques issues des soulèvements populaires (Gouvernement provisoire tunisien, Conseil national de la transition libyen) pour qu’elles assument pleinement l’héritage répressif et liberticide des dictateurs-partenaires de l’UE.

Pour empêcher quelques milliers de personnes qui, se saisissant de l’opportunité offerte par l’affaiblissement des appareils policiers, tentaient de se rendre en Europe, l’agence Frontex a déployé ses moyens militaires (navires, avions, hélicoptères…) autour de l’île de Lampedusa et face aux côtes tunisiennes et libyennes. L’objectif de cette opération Hermes est de dissuader tout départ vers le nord, au mépris de la convention de Genève de 1951 et du principe de non-refoulement des demandeurs d’asile.

Les exilés partant d’Afrique du Nord et en recherche de protection en Europe sont aujourd’hui pris dans un étau mortel. D’un côté, le régime du colonel Kadhafi les pousse sur de véritables épaves des mers; de l’autre des navires battant pavillon des pays de la coalition internationale refusent d’assister ces boat people en péril.

Les Etats européens et l’agence Frontex ne peuvent pas continuer de violer impunément les conventions internationales en matière de sauvetage en mer et de protection des réfugiés. Une intervention solidaire de l’UE en Méditerranée est possible [voir ci-dessous l’Appel de Migreurop] et doit mettre fin à l’attitude inhumaine des pays européens à l’encontre des migrants partis d’Afrique du Nord. Tant que ces hostilités n’auront pas cessé, la coalition engagée au nom de la « responsabilité de protéger » continuera de tuer au mépris du droit international qu’elle est supposée incarner.

*****

Les migrants africains, victimes collatérales
de la guerre en Libye (par W.G. Dunlop)

TRIPOLI — La guerre civile en Libye a pour victimes collatérales les migrants africains, contraints de quitter le pays à bord d’embarcations de fortune dont certaines sombrent avant d’atteindre les côtes européennes.

Un bateau transportant plus de 600 personnes, parti de Libye pour l’Italie, a disparu et aurait fait naufrage le 6 mai à l’aube au large des côtes de Tripoli. Le dernier d’une série de drames impliquant des bateaux surchargés de migrants rêvant d’un avenir meilleur en Europe.

Avant le conflit en Libye et les combats qui durent depuis bientôt trois mois entre forces loyales au dirigeant contesté Mouammar Kadhafi et les forces rebelles, les autorités empêchaient le départ de ces migrants vers l’Europe.

«Avant, il n’y avait aucune possibilité. Il y avait des patrouilles partout sur la côte», explique, sous couvert de l’anonymat, une assistante sociale basée à Tripoli.

Aujourd’hui, ce sont les forces de sécurité libyennes «qui organisent tout cela», dit-elle parlant des dangereux voyages par bateau qui coûtent aux migrants des centaines voire des milliers de dollars.

Farah Mohamed, une Somalienne de 28 ans enceinte de neuf mois, et son mari Mohammed Abdel Samed Ahmed étaient sur le bateau qui a sombré le 6 mai. Il y avait «trop de monde», raconte-t-elle. Et 30 minutes après le départ, le bateau s’est couché sur le côté.

Comme des dizaines de naufragés, le couple somalien a pu regagner le rivage. D’autant que des navettes du régime sont arrivées sur les lieux 15 minutes après le chavirage pour secourir les migrants.

Mais selon les deux naufragés, environ 250 personnes se trouvaient sous le pont, auquel ils ne pouvaient accéder que par deux portes «très étroites». Pour eux, «ces gens sont tous morts».

Parmi les Somaliens qui étaient à bord, trois enfants, trois femmes et 10 jeunes hommes ont péri, 38 sont portés disparus et environ 210 ont survécu, a déclaré Abdulghani Waeis, un diplomate somalien à Tripoli, qui n’avait pas de bilan pour les autres nationalités.

Mary-Anne, une Nigériane de 35 ans installée en Libye depuis 10 ans, connaît beaucoup de monde ayant tenté l’aventure. Tout comme Adam, un ouvrier du bâtiment nigérian de 31 ans venu avec sa femme pour faire quelques économies en Libye avant de retourner dans son pays et lancer sa propre affaire. «Il n’y a plus de travail en raison du conflit», se lamente-t-il.

Pour l’assistante sociale, 75% des migrants africains arrivant en Libye sont en transit, avec l’Europe pour objectif final. Mais même si Mary-Anne et Adam rêvent l’un et l’autre de pouvoir quitter le pays en guerre, ils assurent qu’ils ne prendraient jamais le risque de monter à bord d’un de ces bateaux.

Pour Khaled Kaïm, le vice-ministre libyen des Affaires étrangères, «tout le monde sait bien que l’armée est débordée, et la police aussi». «Nous sommes toujours prêts et avons toujours la volonté de travailler à nouveau avec les pays européens concernant ce problème», explique-t-il, ajoutant que la Libye avait besoin de l’aide de l’Europe pour cela.

Selon l’assistante sociale, deux autres embarcations chargées de migrants ont disparu. «Le premier bateau avec 350 Erythréens et Ethiopiens» est parti aux alentours du 23 ou 24 février pour l’Italie et personne ne sait ce qu’il est devenu.

Un autre parti aux environs du 23 mars avec à son bord 72 Ethiopiens et Erythréens «s’est perdu, retrouvé à court de carburant, puis a dérivé vers la Libye trois semaines plus tard», selon elle. «Ils ont été abandonnés sans aucune aide.»

*****

Appel pour une intervention solidaire de l’Union européenne en Méditerranée
(13 mars 2011)

Alors que des changements politiques majeurs, annonçant la fin de régimes autoritaires, sont amorcés au sud de la Méditerranée, les gouvernements et les instances de l’Union européenne (UE) se montrent avant tout préoccupés de se protéger contre «les flux migratoires incontrôlables» que pourraient entraîner ces bouleversements. Les experts et les services diplomatiques, qui n’ont rien vu venir des mouvements politiques en cours, ne craignent pas aujourd’hui d’affirmer que des milliers de migrants risquent de déferler sur les territoires européens.

L’UE a adopté en 2001 un dispositif dit de  «protection temporaire» pour les ressortissants d’Etats qui, victimes d’une catastrophe naturelle, de troubles politiques dans leur pays ou de conflits armés, auraient besoin en urgence de trouver un abri en Europe. Mais «à l’heure actuelle, il n’y a pas de flux de réfugiés en provenance de Libye», s’est empressée d’indiquer la Commission européenne. Dans le même temps, elle envoie des patrouilles sur ses frontières maritimes, via Frontex, pour empêcher les réfugiés potentiels, assimilés à des migrants clandestins, de traverser la Méditerranée!

Pendant ce temps, la situation s’aggrave de jour en jour en Libye et à ses frontières. En Tunisie, où affluent des dizaines de milliers de réfugiés, le dispositif est saturé, malgré les efforts déployés par les autorités locales. L’Europe ne peut pas continuer à faire comme si elle n’était pas concernée par le sort des dizaines ou centaines de milliers de personnes qui ont besoin de protection dans les pays actuellement troublés, ni par celui des migrant.es, originaires de divers autres pays arabes, africains, asiatiques, qui y résident.

Il n’y a pas si longtemps, l’Europe se targuait de déployer «une politique euro-méditerranéenne». Cette ambition aurait-elle volé en éclats, au moment même où plusieurs des nations potentiellement partenaires de cette «Euro-Méditerranée» sont en voie de devenir des démocraties?

Nous en appelons solennellement à tous les gouvernements européens, aux instances de l’UE, à tous les partis politiques pour que soient prises, en concertation avec les partenaires du pourtour méditerranéen, les mesures qui s’imposent d’urgence:

• mettre à disposition des avions pour permettre le rapatriement non seulement des nationaux des pays européens mais de tous ceux qui peuvent et veulent rentrer dans leur pays, tels les Egyptiens qui sont actuellement en Tunisie;

• permettre l’évacuation par air ou par mer, à partir des portions de territoire libyen qui ne sont plus aux mains de Kadhafi, des étrangers bloqués en Libye et dont leurs gouvernements sont dans l’incapacité de les évacuer;

• prévoir l’accueil, sur le territoire européen, des réfugiés qui ne peuvent rentrer dans leurs pays;

• mettre en œuvre sans plus attendre le dispositif permettant d’accorder la protection temporaire à tous ceux qui, dans la situation d’urgence où nous sommes, peuvent légitimement s’en prévaloir;

• mettre un terme aux patrouilles de Frontex qui empêchent l’arrivée des réfugiés par mer.

Il faut cesser de nourrir la peur des populations européennes en brandissant systématiquement le spectre de l’«invasion». Il faut cesser de considérer comme une priorité d’empêcher l’émigration en provenance de territoires troublés.

Nous refusons cet égoïsme criminel. Nous voulons une Europe de la solidarité et de l’accueil.

* Cet appel a été lancé par Migreurop. Il a été signé, entre autres, par un grand nombre d’organisations.

 

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