Lordon ou le syllogisme de la défaite

Par Michel Husson

Frédéric Lordon est cohérent : l’espace national étant le champ privilégié des luttes sociales et des alternatives possibles, il ne servirait à rien d’exprimer sa sympathie pour l’espoir soulevé par Syriza en Grèce. Dans une longue diatribe sur son site[1], Lordon déroule un argumentaire qu’il est assez facile de résumer sous forme d’un syllogisme :

1. Syriza ne veut pas sortir de l’euro ;

8 Commentaires

  1. Michel Husson en veut beaucoup à Lordon d’avoir lâché le projet européen. Question de génération.
    Seulement, le défaitisme de Lordon n’a rien à voir avec son « nationalisme » supposé mais plutôt avec sa culture d’extrême gauche. On retrouve la dénonciation du crétinisme parlementaire, du capitalo-parlementarisme chère à Badiou.

    Un nationaliste se serait réjouit au contraire de l’alliance avec la droite souverainiste.

  2. Merci à Michel Husson. Je retiens notamment la notion de contribution modeste au soutien de Syriza et aux mobilisations populaires en ce sens. Taxer FL d’atrabilaire et son style de boursouflé est sans doute de bonne guerre par rapport à qui, comme moi-même, se console parfois de la monotonie éditoriale en lisant ses diatribes. Elles sont peut-être usantes en frisant la routine à la longue, mais ont tout de même l’avantage de nous mettre en garde contre un optimisme régulièrement déçu jusqu’ici. Jorion nous incite ce matin à persévérer tout en dépeignant les sept années à combattre l’ultra-libéralisme comme ostensiblement perdues.

    J’ajouterais toutefois que la nécessaire modestie se base sur la conviction que malgré des trésors d’intelligence qui me dépassent, le trou théorique reste béant, et pas seulement en matière d’anthropologie économique, et les appels à dépasser la social-démocratie en l’accusant de tous les maux largement inopérants. il n’y a qu’à voir le spectre des analyses de l’après-Charlie et les élucubrations d’Alain Badiou pour s’en convaincre.

  3. Le moins qu’on puisse dire est qu’il faut relire ce texte … pour prendre la mesure de la justesse de ce qu’écrivait Lordon il y a quelques jours.
    Aucune politique favorable aux travailleurs de Grèce sans rupture avec l’impérialisme, en premier lieu le couple UE-BCE… Quelle évidence !

  4. Michel, nous avons toi et moi (au moins) un point commun; avoir été militants de la ligue. Bien que de formation essentiellement philosophique ( nobody’s perfect), j’essaie de me soigner et je lis régulièrement tes papiers, ceux des économistes atterrés, et ceux de…Frédéric Lordon. Je n’avais pas lu ce papier quand il est paru. C’est l’article de Lordon paru le 18 juillet qui m’y renvoie. Désolé de te dire que Lordon a raison sur toute la ligne depuis janvier. Et la soumission de Tsipras au mémorandum eurocratique est effectivement la pire nouvelle qui soit pour la gauche radicale. J’ai du mal à comprendre qu’un chercheur de ton niveau, ayant de plus et surtout une expérience politique, se refuse à admettre que, les choses étant ce qu’elles sont, il n’y a pas d’autre issue qu’une sortie de l’Euro. Et qu’il fallait que Syriza, dès son arrivée au pouvoir, préparât le peuple grec à cette perspective. Nous avons assisté à une défaite sans combat, qui peut être le prélude à une défaite continentale. Tu parles d' »ânerie stratégique majeure » à propos de la sortie de l’euro. Pourrais-tu m’éclairer sur ce que tu entends, à l’opposé, par « génialité stratégique » de Tsipras? Bien à toi camarade.

  5. Michel n’a pas l’air de vouloir engager le fer avec Lordon sur le sujet « C’est la faute à l’euro » (sous-entendu à une monnaie unique gérée par des institutions esclaves du capitalisme financier) plutôt que « C’est la faute à la Troika » (sous-entendu à ses politiques austéritaires récessives). Ce qu’à mon avis ni Lordon, ni Sapir, malgré leurs talents d’imprécateurs, ne démontrent pas mais postulent, c’est que le cadre national (ou plutôt des monnaies nationales) est plus propice à combattre le capitalisme financier que le cadre européen offert par les institutions, et que le retour à ces monnaies est par conséquent le seul préalable qui vaille. Au lieu de le démontrer ou tout au moins le rendre plausible au vu des conjonctures politiques nationales ils prétendent avec un talent pour la tautologie qu’infléchir les politiques de l’UE est impossible parce qu’elles ont été construites pour l’empêcher.

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