jeudi
25
avril 2019

A l'encontre

La Brèche

GDLPar Manuel Kellner

La presse internationale s’était réjouie de la fin de la grève du GDL (Gewerkschaft Deutscher Lokomotivefüher) du syndicat des conducteurs de locomotive le 10 mai 2015. Les grands médias allemands avaient fait croire que le GDL était à bout de forces, avec «seulement encore» 6000 conducteurs de train et d’autres salarié·e·s du personnel roulant en grève, le dernier jour de l’action précédente, soit après six jours de la plus longue grève dans l’histoire de la Deutsche Bahn AG. Donc le mouvement s’était essoufflé, selon eux. Mais les négociations avec la Deutsche Bahn AG n’ont pas abouti. Dès lors l’action est relancée.

Ce mardi 19 mai 2015, à partir de 15 heures, la nouvelle grève démarre dans le secteur des transports de marchandises. Mercredi, à partir de 14 heures, s’ajoute la grève dans le secteur des trains de voyageurs. Le GDL ne parle pas de grève illimitée. Mais il annonce que la fin de l’action ne sera annoncée que 48h avant son terme. Le président de la GDL, Claus Weselsky, a déclaré que de toute façon l’action sera d’une durée plus longue que la dernière. Donc, l’action touchera aussi les jours fériés de la Pentecôte.

Les négociations avaient été interrompues samedi 16 mai, parce que la direction de la Deutsche Bahn AG n’était pas disposée à faire des concessions, surtout dans le domaine des conditions de travail et de la réduction du temps de travail. Donc, il ne pouvait plus être question pour le GDL de se soumettre à une procédure de médiation («Schlichtung»). Le GDL accuse la direction de la Deutsche Bahn AG d’attendre la décision législative du vendredi 22 mai 2015. Elle doit entériner la Tarifeinheitsgesetz, soit la loi visant à mettre «hors jeu» les syndicats minoritaires dans leurs entreprises. Si cette loi est adoptée, les syndicats minoritaires combatifs, comme le GDL, perdraient leur droit de signer des conventions collectives, donc la base matérielle de leur existence reconnue et dès lors une grande partie de leur capacité d’action.

La Bundesvereinigung der Deutschen Arbeitgeberverbände (BDA, une des deux associations patronales les plus influentes en Allemagne) dénonce le GDL comme une organisation agissant de manière irresponsable afin d’accroître son pouvoir au détriment de son rival syndical, l’EVG (Eisenbahn- und Verkehrsgewerkschaft), membre de la centrale syndicale DGB, majoritaire. Selon le BDA, le GDL nuit à l’économie allemande avec son action «égoïste et irresponsable». Il va de soi que les organisations patronales militent pour le «Tarifeinheitsgesetz»…

Mais même si le Tarifeinheitsgesetz passe les procédures législatives, cela sera mis en question par divers appels interjetés au Bundesverfassungsgericht, à la Cour suprême. Cette dernière jugera si ce projet de loi est conforme au Grundgesetz, à la Constitution allemande. Et le parti des Verts (Die Grünen) vient de déclarer – conformément à des prises de position semblables de la gauche politique et syndicale – que ce projet de loi, de fait, porte atteinte au droit de grève, défendu par la Constitution allemande. Tout n’est donc pas joué. L’action du GDL pourrait même pousser à l’action l’EVG qui n’a, jusqu’à nouvel ordre, pas pu imposer sa revendication de 6% d’augmentation salariale.

____

Manuel Kellner est membre de la rédaction de la Sozialistische Zeitung (SoZ)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire




Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org