Trump prétend virer Anthony Fauci… après l’élection

Par Chris Walker

A l’occasion d’un rassemblement électoral dimanche 1er novembre, le président Donald Trump a laissé entendre qu’il virerait [«fire» en anglais-[1] l’expert en maladies infectieuses Anthony Fauci de son poste au sein du groupe de travail «coronavirus» de la Maison Blanche, et peut-être même de sa fonction de directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses [2].

Au cours de la manifestation à Opa-Locka, en Floride, des partisans de Trump ont commencé à scander «Fire Fauci». La réponse du président a suscité les applaudissements de la foule: «Ne le dites à personne, et laissez-moi attendre un peu après les élections», a déclaré Trump. «Et merci pour le tuyau.»

Trump a ajouté que Fauci était un «bon type», mais que l’expert en maladies infectieuses «s’était beaucoup planté» pendant la pandémie. A plusieurs reprises par le passé, Trump avait déjà formulé de tels propos, mentant ou exagérant l’importance des erreurs de Fauci.

L’insinuation de Trump peut surprendre. Les sondages concernant Anthony Fauci montrent régulièrement que le public tient l’expert en maladies infectieuses en haute estime et qu’il fait confiance à son action contre le coronavirus.

L’intervention de Trump suit la publication au cours du week-end [31 octobre-1er novembre] d’une interview de Fauci qu’a publiée le Washington Post, dans laquelle le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, qui s’est toujours efforcé d’éviter l’affrontement politique avec Trump, a pointé du doigt dans ses critiques l’échec de l’approche de l’administration face à la pandémie.

Fauci a expliqué que les États-Unis seront confrontés à «beaucoup de souffrances» dans les semaines à venir en raison de la flambée du taux d’infection au coronavirus. Il a également déclaré que la nation «ne pouvait pas être plus mal placée» pour faire face au Covid-19 au cours des mois les plus froids de l’automne et de l’hiver qui arrive. Il a indiqué que seul un «changement radical» des procédures de santé publique pourrait endiguer la propagation du virus.

Les cas quotidiens de coronavirus ont dépassé 99 000 samedi 31 octobre, selon l’information sur le Covid-19 que documente l’Université Johns Hopkins; chiffre le plus élevé pour une seule journée depuis le début de la pandémie, le record précédent avait eu lieu la veille, avec plus de 88 000 cas annoncés ce jour-là.

L’augmentation des taux de mortalité suit généralement celle des taux quotidiens élevés. Plus de 9,2 millions d’Américains ont été diagnostiqués comme atteints par le coronavirus depuis le début de la crise, et plus de 230 000 sont morts du Covid-19 à ce jour.

L’expert en maladies infectieuses s’est prononcé sur l’élection présidentielle dans son entretien, félicitant le candidat démocrate à la présidence Joe Biden pour «avoir pris [le coronavirus] au sérieux d’un point de vue de santé publique». Trump, d’un autre côté, «regarde les choses sous un angle différent», a déclaré Fauci.

Fauci a également sévèrement critiqué Scott Atlas, l’un des membres les plus écoutés par Trump au sein du groupe de travail, une personnalité controversée, qui a promu auprès du président une approche contraire à l’éthique, celle de l’«immunité collective». Cette stratégie consistant essentiellement à permettre au virus de se propager de manière incontrôlée pour créer suffisamment d’anticorps parmi la population en général, et, théoriquement, freiner sa propagation dans le futur. Les experts avaient prévenu qu’une telle approche signifierait la mort de centaines de milliers, voire de millions d’Etatsuniens au cours du processus. Néanmoins, Trump semble avoir pris à cœur les idées de Scott Atlas, malgré la catastrophe que sans aucun doute elle entraînerait.

«J’ai un vrai problème avec ce type. Il est malin, mais il parle de choses sur lesquelles je pense qu’il manque de maîtrise, de connaissance ou d’expérience», a déclaré Anthony Fauci au Washington Post, faisant référence à Scott Atlas. «Il fait des discours, mais lorsque vous les disséquez pour les analyser ils n’ont aucun sens.»

Trump et Fauci se sont déjà affrontés. En avril, Trump a retweeté un message contenant le hashtag #FireFauci. La Maison Blanche a également tenté de discréditer Fauci en juillet, tentant de mettre en doute la fiabilité de ses informations. Cette manœuvre a cependant échoué, ce qu’Anthony Fauci lui-même a relevé. «Je pense qu’ils ont maintenant compris qu’il s’agissait d’une action peu prudente, parce qu’elle ne faisait que se retourner contre eux», a-t-il déclaré en réponse à la campagne de dénigrement ratée. (Article publié sur le site Truthout, en date du 2 novembre 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

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[1] «To fire», virer. Trump se sert comme d’un logo du cliché qui a aidé à bâtir sa posture d’homme d’Etat alors qu’il en usait et en abusait dans son rôle d’animateur de l’émission de téléréalité The Apprentice, créé et produit par Mark Burnett Productions, en association avec Trump Productions LLC. Trump jouait l’entrepreneur au centre de l’émission, filmée dans un local aménagé de la Trump Tower. Le gagnant remporte un contrat d’un an dans une des sociétés du groupe Trump, avec un salaire de départ de 250 000 dollars. La phrase fétiche de Donald Trump éliminant les candidats, était «You’re fired!». (Réd.)

[2] Anthony Stephen Fauci est un immunologue étatsunien. Directeur depuis 1984 de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses (NIAID-National Institute of Allergy and Infectious Diseases), son travail a permis des avancées importantes dans le domaine du sida et d’autres cas d’immunodéficience. Durant la pandémie de Covid-19, il est nommé à la cellule de crise de l’administration Trump sur le coronavirus (White House Coronavirus Task Force), jouant un rôle de premier plan tant en termes de communication sur le virus qu’en termes de stratégie et de conseil pour le combattre. Très respecté, ce scientifique et responsable de premier plan a exercé sa fonction sous les présidences Reagan, Bush père et fils, Obama et Trump. (Réd.)

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