samedi
18
novembre 2017

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La Brèche

Lula et Dilma Rousseff, quand ils prenaient appui sur Petrobras...

Lula et Dilma Rousseff, quand ils prenaient appui sur Petrobras…

Par Nicolas Bourcier

Un tremblement de terre politique vient de frapper le Brésil (voir à ce sujet l’entretien avec Ricardo Antunes publié sur ce site en date du 5 mars 2015). Un séisme aux conséquences encore imprévisibles, né dans les profondeurs insondables de l’Etat et où nul dirigeant ne semble épargné. En rendant publique, vendredi 6 mars, la liste complète des 54 personnalités visées par le procureur général de la République, Rodrigo Janot, dans l’affaire de corruption du géant pétrolier Petrobras, la Cour suprême de justice lève le voile sur l’ampleur des ramifications et circuits financiers occultes organisés de façon quasi institutionnalisée au sein des principales sphères du pouvoir brésilien.

Jamais autant d’hommes politiques de tous bords n’avaient été ainsi exposés à la vindicte publique. Pour la première fois également, les quatre plus grands partis du Congrès sont directement concernés par une même affaire en cours. Dans l’ordre: le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff et de son prédécesseur Luiz Inacio Lula da Silva (PT, au pouvoir depuis 2003); le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, pilier de la coalition gouvernementale); le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, principale formation de l’opposition); le Parti populaire (PP, coalition gouvernementale). Tous sont soupçonnés d’avoir reçu des commissions pharaoniques venues alimenter leurs caisses noires.

Dans le détail,la dénommée «liste Janot» pointe 22 députés, 14 sénateurs – soit près de 18 % de l’effectif total du Sénat –, une quinzaine de gouverneurs et anciens dirigeants politiques. Pêle-mêle, on y trouve Eduardo Cunha, président de la Chambre des députés, et Renan Calheiros, président du Sénat, tous deux du PMDB. Le sénateur de Rio de Janeiro aussi, Lindbergh Farias (PT). L’ex-chef de la Maison civile (équivalent local de premier ministre) et proche de la présidente, Gleisi Hoffmann (PT). L’ancien ministre de l’énergie Edison Lobão (PMDB) encore et le sénateur et ex-président Fernando Collor (PTB, coalition gouvernementale).

Système généralisé de pots-de-vin

Une liste digne du Bottin mondain, avec la certitude désormais que 48 de ces personnalités feront l’objet d’une enquête fédérale avec le feu vert de la Cour suprême, qui pourrait prochainement lever leur immunité. Six d’entre elles ayant vu leur dossier archivé à la demande du parquet. Comme le cas Aécio Neves, candidat malheureux de l’opposition (PSDB) au second tour de la présidentielle d’octobre 2014. Un des délateurs aurait mentionné son nom au cours de sa déposition, selon les médias. « Une mention jugée toutefois insuffisante par le parquet pour ouvrir une enquête », avait affirmé le quotidien Globo avant même l’annonce de la Cour suprême. En revanche, Dilma Rousseff, que certains journaux avaient fait figurer ces derniers jours sur la «liste Janot», également dans la rubrique «archive», n’apparaît pas dans le document final.

Les langues se délient. S’ensuit un grand déballage. Plusieurs prévenus collaborent avec la police dans l’espoir d’une réduction de peine

Pour un des dirigeants du PMDB, il s’agit là de la plus grave crise gouvernementale depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985), plus importante même que celle qui avait entraîné la chute, précisément, du président de la République Fernando Collor, en 1992. «Une crise qui affecte d’ores et déjà les trois pouvoirs [exécutif, législatif et judiciaire] et non plus seulement les partis», insiste le politologue Roberto Romano.

L’origine même du scandale de corruption du groupe public Petrobras remonte à mars 2014. A l’époque, les enquêteurs découvrent un système généralisé de pots-de-vin versés depuis plusieurs années par les principales entreprises de construction du pays à des responsables du géant pétrolier en échange de contrats juteux. L’opération prend le nom de code « lava-jato » (nettoyeur haute-pression). Une vingtaine de personnes sont arrêtées. Les langues se délient. S’ensuit un grand déballage. Plusieurs prévenus collaborent avec la police dans l’espoir d’une réduction de peine.

De fil en aiguille, les enquêteurs découvrent l’existence de commissions occultes oscillant entre 1 % à 3 % du montant des contrats. Des sommes destinées ensuite aux formations politiques. Pendant des mois, l’affaire Petrobras entraîne dans son sillage des scandales en série. Encore ce vendredi, un des délateurs aurait affirmé que l’entreprise du BTP Camargo Corrêa avait versé 100 millions de réis (30 millions d’euros) au PT et au PMDB pour qu’ils soutiennent le projet du barrage controversé de Belo Monte.

Au-delà même des chiffres vertigineux, cette nouvelle étape dans l’affaire Petrobras fragilise encore un peu plus le pouvoir. Allié clé du gouvernement de la présidente, le PMDB a immédiatement réagi en exigeant un rééquilibrage des postes ministériels en sa faveur. «Ou le PT partage ou il perd tout», prédit un responsable de la formation centriste.

Dilma Rousseff sait qu’elle risque gros

Jeudi, à la veille même de l’annonce de la Cour suprême, les membres de la Commission parlementaire (CPI) chargée d’enquêter sur le scandale Petrobras se sont livrés à une foire d’empoigne en direct devant les caméras. Sur les 27 membres que compte la CPI, 12 auraient reçu, lors de la dernière campagne électorale, des dons d’entreprises suspectées d’être impliquées dans le système de pots-de-vin. Parmi eux, le président de ladite commission, Edmilson Motta (PMDB), celui-là même qui a imposé que l’investigation se limite aux années Lula et Dilma.

La présidente a annoncé qu’elle allait s’exprimer dimanche, à l’occasion de la journée de la femme. Critiquée au sein même de son parti sur sa façon de gérer les affaires, Dilma Rousseff sait qu’elle risque gros. Au plus bas dans les sondages (23 % d’opinions favorables), celle qui aurait dû profiter d’une autorité renouvelée après sa réélection affronte au contraire une crise économique, fiscale et politique d’envergure inégalée.

Le 15 mars, près de deux millions d’internautes ont indiqué sur les réseaux sociaux qu’ils descendraient dans les rues pour exiger sa destitution. Dilma Rousseff avait siégé en tant que ministre de l’énergie, entre 2003 et 2005, au conseil d’administration de Petrobras.

Sur le plan judiciaire, les enquêtes concernant les personnalités de la « liste Janot » devraient durer un an. Selon les spécialistes, la partie procédurale à la Cour suprême pourrait ensuite nécessiter deux ans d’audiences. Une instruction qui laisse présager une première vague de jugements en 2018, année électorale. (Publié dans Le Monde, p.2, 8-9 mars 2015)

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